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Mehmet Shehu

Homme politique albanais

5 min01/01/2024
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Mehmet Shehu est né le 10 janvier 1913 à Çorrush, un petit village d'Albanie, dans un pays alors sous domination ottomane déclinante puis sous monarchie. Fils de cette terre des Balkans forgée par des siècles de résistance, il deviendra l'un des hommes les plus puissants de l'Albanie communiste, numéro deux du régime d'Enver Hoxha, avant de connaître une fin tragique qui illustre mieux que toute autre la paranoïa d'un système totalitaire.

Sa formation militaire commence à Naples, en Italie, dans les années 1930, à l'Académie militaire. Cette expérience lui inculque une discipline rigoureuse et des compétences tactiques qui trouveront bientôt à s'employer sur les champs de bataille d'une Europe en conflit. En 1937 ou 1938, Shehu rejoint les Brigades internationales en Espagne pour combattre le fascisme lors de la guerre civile espagnole. Il sert comme officier dans le 4e bataillon des brigades Garibaldi, formation italienne antifasciste qui combattait sous la bannière républicaine. Cette expérience espagnole, partagée par de nombreux futurs dirigeants communistes européens, est fondatrice pour Shehu.

Après la victoire des forces nationalistes de Franco en 1939, Shehu rejoint la France où il est interné de 1939 à 1942, comme de nombreux combattants républicains étrangers. Le régime de Vichy le remet alors aux autorités royales albanaises, mais il parvient à s'échapper et à rejoindre la résistance communiste dans son pays natal. Cette capacité à échapper à ses geôliers deviendra emblématique d'un homme à la fois déterminé et habile.

À partir de 1943, Mehmet Shehu prend le commandement de la première brigade de l'Armée de Libération Nationale albanaise. Sa coopération avec des officiers britanniques du SOE, notamment le lieutenant-colonel Neil McLean, le commandant David Smiley et le capitaine Julian Amery, lui permet de bénéficier d'un soutien logistique et de renseignements qui renforcent considérablement l'efficacité de ses opérations. À l'automne 1944, il conduit la reconquête du pays par le nord. Le 8 novembre 1944, il organise la libération de Tirana, événement capital qui consacre la victoire des partisans communistes sur les forces d'occupation et leurs collaborateurs.

Ce succès militaire s'accompagne cependant d'une violence extrême. Shehu, surnommé le Boucher, fait exécuter la plupart des chefs tribaux albanais du nord du pays, pratique qui illustre la brutalité avec laquelle les communistes albanais entendent consolider leur pouvoir. Cette répression des élites traditionnelles permet au PKSH, le Parti communiste albanais, de liquider rapidement les résistances potentielles à son autorité.

Après la guerre, Shehu exerce successivement plusieurs fonctions d'une importance capitale. Chef d'état-major de l'armée de 1945 à 1948, il prend ensuite la direction du ministère de l'Intérieur et des services de renseignement albanais, le Sigurimi, de 1948 à 1954. Formé par le NKVD soviétique après la guerre, il dispose des outils nécessaires pour contrecarrer efficacement les opérations d'infiltration britanniques et américaines tentées entre 1949 et 1953, déjouant ainsi les tentatives occidentales de déstabilisation du régime. Le 23 juillet 1954, il succède à Enver Hoxha au poste de Premier ministre de la République populaire d'Albanie, poste qu'il occupera jusqu'au 8 décembre 1981.

Pendant près de trois décennies, Shehu est le bras droit indispensable d'Hoxha. Il participe à la préparation de l'alliance sino-albanaise et à la rupture avec l'Union soviétique, effective en décembre 1961. Ce positionnement géopolitique complexe, qui conduit l'Albanie à s'aligner sur la Chine maoïste contre Moscou, traduit la capacité de Shehu à naviguer dans les eaux troubles de la rivalité sino-soviétique. Cependant, au fil des années, des désaccords de plus en plus prononcés l'opposent à Hoxha, notamment sur la politique d'isolationnisme extrême du régime.

Le 17 décembre 1981, Mehmet Shehu est retrouvé mort dans sa chambre à Tirana, une balle dans la tête et une dans le dos, les deux bras sous les couvertures, le pistolet visible à droite de son corps. La mise en scène est transparente : il s'agit d'une exécution à peine dissimulée par le Sigurimi, fidèle instrument répressif d'Hoxha. La mort officielle est présentée comme un suicide. Il est accusé posthumement d'être un agent simultané des services secrets américains, soviétiques, yougoslaves, britanniques et italiens, une accumulation d'accusations absurdes révélatrice de la paranoïa du régime. Son corps est enterré dans une fosse commune aux abords de Tirana.

Ce n'est qu'en 1993, après la chute du communisme albanais, que la dépouille de Mehmet Shehu est inhumée dignement à Tirana, dans une quasi-indifférence de la population, alors préoccupée par les défis immenses de la transition vers une économie et une société libres. Sa mort demeure un symbole tragique du sort réservé par les régimes totalitaires à leurs propres fidèles serviteurs, lorsque ceux-ci commencent à faire de l'ombre ou à exprimer des divergences. Shehu est aussi le père de l'écrivain Bashkim Shehu, qui a témoigné des déchirures familiales causées par ce dénouement brutal.

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