La destinée de Marie-Antoinette d'Autriche est l'une des plus dramatiques de l'histoire européenne : née dans le faste de la cour impériale de Vienne, elle mourut sur l'échafaud révolutionnaire à Paris, devenant à la fois le symbole de l'Ancien Régime et une icône mondiale à la fois glamour et tragique. Née le 2 novembre 1755 au palais de la Hofburg à Vienne, elle était la quinzième et avant-dernière enfant de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche et de l'empereur François Ier du Saint-Empire, une des fratries les plus nombreuses des maisons régnantes d'Europe.
Ses parrain et marraine étaient le roi Joseph Ier de Portugal et son épouse la reine Marie-Anne-Victoire d'Espagne. Quelques jours après la naissance de l'archiduchesse, un terrible tremblement de terre ravagea Lisbonne, événement que les esprits superstitieux de l'époque interprétèrent comme un mauvais présage pour la petite princesse — une impression que la suite des événements ne démentit pas. Baptisée sous les prénoms de Maria Antonia Josepha Joanna, elle partagea son enfance entre le palais de la Hofburg et le château de Schönbrunn, confiée aux gouvernantes royales, dont Mme de Brandeis.
Son éducation fut marquée par une focalisation sur les arts d'agrément au détriment des matières intellectuelles. Le maintien, la danse, la musique et le paraître absorbaient l'essentiel de son temps. À l'âge de dix ans, elle avait encore du mal à lire et à écrire en allemand, et parlait difficilement le français et l'italien, trois langues pourtant courantes dans la famille impériale. Cette lacune éducative allait peser lourd dans sa vie future à la cour de France. Son enfance fut néanmoins ponctuée de rencontres mémorables, comme celle avec le jeune prodige Mozart dans le Salon des Glaces du château de Schönbrunn, le 13 octobre 1762 — le compositeur n'avait alors que six ans, et la légende veut qu'il lui ait ingénument demandé sa main.
L'archiduchesse devint un instrument essentiel de la diplomatie de sa mère lorsque celle-ci chercha à consolider l'alliance entre l'Autriche et la France. Le 16 mai 1770, à quatorze ans, elle épousait le dauphin Louis-Auguste de France, futur Louis XVI, lors d'une cérémonie somptueuse à Versailles. Elle devenait ainsi dauphine de France, puis reine le 10 mai 1774, à l'accession de son mari au trône. La transition fut difficile : la jeune femme dut s'adapter aux contraintes étouffantes de l'étiquette versaillaise, à l'œil impitoyable des courtisans et aux attentes d'une nation entière.
Les premières années de son mariage furent marquées par un problème grave : l'union ne fut pas consommée pendant huit ans, en raison d'un problème médical de Louis XVI qui ne fut résolu qu'après l'intervention diplomatique du frère de Marie-Antoinette, l'empereur Joseph II, venu à Versailles en 1777. C'est seulement après cette visite que la reine donna naissance à ses enfants, le premier étant Marie-Thérèse, née en 1778, suivie de trois autres.
Sa popularité se dégrada rapidement sous l'effet de plusieurs facteurs. Sa préférence affichée pour les plaisirs — les fêtes, le jeu, la mode extravagante — lui valut le surnom dévalorisants de « Madame Déficit ». Son attachement à l'Autriche, son pays natal, alimentait les accusations de sympathies avec les ennemis de la France, et lui vaudrait le sobriquet méprisants d'« Autrichienne ». L'affaire du Collier de la Reine, en 1785, acheva de ruiner sa réputation auprès de l'opinion publique, bien qu'elle n'ait nullement participé à cette escroquerie montée par des courtisans.
La Révolution française allait transformer sa condition de reine en prisonnier d'État. Contrainte de quitter Versailles après les journées d'octobre 1789, la famille royale fut assignée à résidence au palais des Tuileries à Paris. En juin 1791, la tentative de fuite vers la frontière, connue sous le nom de fuite à Varennes, se solda par un échec humiliant : la famille royale fut reconnue et ramenée à Paris, sous les regards hostiles de la foule, ce qui scella définitivement sa rupture avec l'opinion publique.
Après la prise des Tuileries le 10 août 1792 et la suspension de Louis XVI, la famille royale fut enfermée à la prison du Temple. La monarchie fut officiellement abolie. Louis XVI fut jugé, condamné et exécuté le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette passa de longs mois dans l'isolement, puis fut transférée à la Conciergerie. Son procès s'ouvrit devant le Tribunal révolutionnaire le 14 octobre 1793. Les accusations portées contre elle étaient multiples et en partie abjectes — dont des allégations infâmantes que même des révolutionnaires convainquaient de fausseté. Elle fut néanmoins condamnée pour haute trahison.
Le 16 octobre 1793, Marie-Antoinette d'Autriche montait à l'échafaud dressé sur la place de la Révolution à Paris. Elle avait trente-sept ans. La reine fit preuve d'un courage remarquable dans ses derniers instants, s'excusant même d'avoir marché par inadvertance sur le pied de son bourreau. Sa mort mit fin à une vie placée sous le signe de la magnificence et de la tragédie. La postérité en a fait une figure emblématique, célébrée ou condamnée selon les époques, mais toujours fascinante, symbole de la fragilité du pouvoir et de l'emportement des révolutions.

