Parmi les figures qui ont le plus profondément marqué le XXe siècle, Mao Zedong occupe une place singulière et controversée : fondateur de la République populaire de Chine, stratège militaire hors pair, idéologue d'un communisme à la fois inspiré du modèle soviétique et profondément ancré dans le contexte chinois, il est aussi le responsable de l'une des catastrophes humaines les plus vastes de l'histoire moderne. Né le 26 décembre 1893 à Shaoshan, dans la province du Hunan, il mourut le 9 septembre 1976 à Pékin, après avoir dirigé la Chine pendant près de trois décennies.
Fils de paysans aisés, le jeune Mao reçut une éducation solide qui lui permit d'accéder aux courants intellectuels de son époque. Il fut l'un des membres historiques du Parti communiste chinois lors de sa fondation à Shanghai en 1921. Dans les années suivantes, il comprit que la révolution en Chine ne pourrait reposer sur le prolétariat urbain, comme dans le schéma marxiste classique, mais devrait s'appuyer sur l'immense masse paysanne. Cette intuition stratégique allait distinguer fondamentalement le maoïsme du marxisme-léninisme soviétique.
Les années 1920 et 1930 furent marquées par un affrontement décisif entre les communistes et les nationalistes du Kuomintang, dirigés par Tchang Kaï-chek. L'épisode le plus célèbre de cette période est la Longue Marche, entreprise entre 1934 et 1935 : pourchassées par les troupes nationalistes, les forces communistes effectuèrent une retraite épique de plusieurs milliers de kilomètres à travers des terrains parmi les plus inhospitaliers de Chine. Mao s'imposa au cours de cet épisode comme le dirigeant suprême du mouvement, une position qu'il allait conserver jusqu'à sa mort. La guerre sino-japonaise, entre 1937 et 1945, offrit aux communistes l'occasion de se présenter comme les véritables défenseurs de la nation chinoise face à l'envahisseur, renforçant encore leur base populaire dans les campagnes.
Après la défaite japonaise en 1945, la guerre civile entre nationalistes et communistes reprit de plus belle. L'Armée populaire de libération, dirigée par Mao, sortit victorieuse de ce conflit en 1949, contraignant Tchang Kaï-chek et ses troupes à se replier sur l'île de Taïwan. Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclamait la République populaire de Chine depuis la place Tiananmen à Pékin, lors d'une cérémonie qui marqua la naissance du nouveau régime. Il occupa d'abord la fonction de président de la République populaire de 1954 à 1959, mais ses principaux postes de pouvoir — président du Parti communiste chinois et président de la Commission militaire centrale — lui restèrent acquis jusqu'à sa mort.
Dans un premier temps, Mao suivit de près le modèle soviétique. Il lança une réforme agraire qui redistribua les terres aux paysans mais s'accompagna de violences massives contre les propriétaires terriens. Parallèlement, une série de campagnes politiques — la campagne pour réprimer les contre-révolutionnaires, les campagnes des trois anti et des cinq anti, le mouvement Sufan, la campagne anti-droitiste — frappèrent successivement des catégories entières de la population. La Chine envoya également des troupes de l'Armée populaire de libération soutenir la Corée du Nord lors de la guerre de Corée. En 1958, Mao lança le développement du programme nucléaire et spatial chinois, les Deux bombes et un satellite.
La rupture avec le modèle soviétique survint à partir de la fin des années 1950. Mao engagea le Grand Bond en avant à partir de 1958, un programme de collectivisation accélérée et d'industrialisation forcée dont les objectifs irréalistes conduisirent à une catastrophe sans précédent : des famines massives causèrent la mort de millions, voire de dizaines de millions de Chinois. Les estimations des historiens varient considérablement, mais la grande majorité s'accorde sur un bilan humain d'une gravité exceptionnelle.
Mis à l'écart par ses collaborateurs qui tentèrent de limiter les dégâts du Grand Bond, et ayant laissé la présidence de la République à Liu Shaoqi, Mao prépara sa revanche politique. En 1966, il lança la Révolution culturelle, mobilisant la jeunesse — les gardes rouges — contre ce qu'il présentait comme une bureaucratisation révisionniste de la révolution. Les villes furent livrées à la violence de ces milices juvéniles, les intellectuels, les enseignants et les cadres du Parti furent humiliés, emprisonnés ou tués. La Révolution culturelle, dont les estimations du nombre de victimes vont de centaines de milliers à plusieurs millions, ne s'acheva officiellement qu'en 1969.
Ayant éliminé ses rivaux et rétabli l'ordre à son profit, Mao opéra dans les années 1970 un rapprochement spectaculaire avec l'Occident. La République populaire fut admise à l'ONU en 1971 et le président américain Richard Nixon effectua une visite historique à Pékin en 1972. En 1975, son Premier ministre Zhou Enlai décréta un nouveau programme de réformes, les Quatre Modernisations. Mao Zedong, surnommé le Grand Timonier, mourut le 9 septembre 1976 sans avoir désigné de successeur clair. Sous la direction de Deng Xiaoping, qui s'imposa après une brève lutte de pouvoir contre la Bande des Quatre, la Chine engagea une ouverture progressive à l'économie de marché tout en maintenant le monopole du Parti. L'héritage de Mao demeure aujourd'hui l'objet de débats intenses en Chine et dans le monde, partagé entre la reconnaissance de son rôle fondateur dans la construction de l'État chinois moderne et la condamnation des crimes immenses commis en son nom.
