Marguerite de Habsbourg naît le 10 janvier 1480 à Bruxelles, dans le faste de la cour bourguignonne que son grand-père Charles le Téméraire avait portée à son apogée. Fille de Maximilien d'Autriche et de Marie de Bourgogne, elle arrive au monde dans un contexte de grande fragilité politique : sa mère vient d'hériter d'un État convoité par la France, et son père, prince étranger aux yeux des villes flamandes, peine à s'imposer comme régent légitime. Dès sa naissance, Marguerite incarne à la fois la continuité dynastique des Habsbourg et les espoirs de paix d'une région épuisée par des décennies de guerre.
Son enfance est marquée par un deuil précoce. Marie de Bourgogne meurt le 27 mars 1482, des suites d'une chute à cheval, laissant deux enfants en bas âge : Philippe, né en 1478, et la petite Marguerite, âgée de deux ans. Cette disparition soudaine fragilise considérablement la position de Maximilien, que les villes flamandes refusent de reconnaître comme tuteur légitime de ses propres enfants et préfèrent traiter directement avec le roi de France. C'est dans ce contexte de tensions que se dessine le destin exceptionnel de la petite archiduchesse.
Le traité d'Arras, signé le 23 décembre 1482, constitue l'acte fondateur de la vie politique de Marguerite. Pour mettre fin à la guerre de Succession de Bourgogne qui oppose la maison de Habsbourg à la France depuis plusieurs années, Maximilien accepte de fiancer sa fille de deux ans au dauphin Charles, fils de Louis XI. En dot, les territoires occupés par la France — dont l'Artois et la Bourgogne — sont cédés. Le 24 avril 1483, la petite Marguerite quitte Bruxelles pour rejoindre la cour de France, accompagnée d'une escorte bourguignonne de haut rang. Elle a trois ans à peine.
Pendant plusieurs années, Marguerite grandit à la cour de France comme future dauphine, recevant une éducation soignée et s'acclimatant à son rôle préparé depuis sa naissance. Mais les calculs diplomatiques sont sans pitié pour les destins individuels. Charles VIII, monté sur le trône après la mort de Louis XI, décide d'épouser Anne de Bretagne afin d'incorporer le duché de Bretagne à la couronne française et d'empêcher Maximilien, qui y prétendait également, de s'y établir. Les fiançailles avec Marguerite sont rompues. Elle quitte la France en 1493, emportant avec elle sa dot selon les termes du traité de Senlis, mais laissant derrière elle une adolescence sacrifiée sur l'autel de la politique.
Rendue à sa famille, Marguerite entre dans une nouvelle phase de sa vie qui la verra connaître deux mariages et deux veuvages prématurés. En 1497, elle épouse Jean d'Aragon, fils des Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle. Ce mariage, qui semblait promettre à Marguerite un destin royal dans la péninsule ibérique, s'achève tragiquement six mois à peine après les noces : Jean d'Aragon meurt à l'âge de dix-neuf ans, laissant sa jeune épouse enceinte d'un enfant mort-né. Le deuil est double, la douleur immense.
Un second mariage est arrangé avec Philibert II, duc de Savoie, surnommé le Beau, qu'elle épouse en 1501. Les années passées en Savoie sont celles d'un certain bonheur, malgré la légèreté et le peu d'intérêt politique de son époux. Mais la tragédie frappe de nouveau : Philibert II meurt en 1504, à l'âge de vingt-quatre ans, emporté par une pleurésie. Marguerite, qui n'a que vingt-quatre ans elle-même, se retrouve veuve pour la deuxième fois. Elle décide alors de ne plus jamais se remarier, portant le deuil de Philibert avec une fidélité qui l'accompagnera toute sa vie, et faisant construire en sa mémoire le splendide monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse, chef-d'œuvre de l'art gothique tardif.
La mort de sa belle-sœur Jeanne de Castille, plongée dans la folie, et les circonstances de la minorité de son neveu Charles — né en 1500, fils de Philippe le Beau et de Jeanne — confèrent à Marguerite un rôle politique de premier plan. Sa mère résidant en Espagne dans un état mental précaire, le jeune Charles est confié à sa tante Marguerite, qui en devient la tutrice et l'éducatrice à Bruxelles. Maximilien lui confie également la régence des Pays-Bas, responsabilité qu'elle assume avec une compétence et une autorité remarquables pendant la minorité de son neveu.
Après l'intronisation de Charles comme souverain des Pays-Bas, puis comme roi de Castille et d'Aragon en 1516 — et futur empereur Charles Quint en 1520 —, Marguerite conserve le titre et les fonctions de gouverneure générale des Pays-Bas. Cette position lui permet d'exercer une influence considérable sur la politique européenne de son neveu, qu'elle a contribué à former et dont elle reste l'une des conseillères les plus écoutées. Son palais de Malines devient un centre intellectuel et artistique rayonnant, accueillant humanistes, musiciens et peintres.
Le couronnement de sa carrière diplomatique survient en 1529, lorsque Marguerite négocie avec Louise de Savoie, mère de François Ier, le traité de Cambrai, passé à la postérité sous le nom de « paix des Dames ». Les deux femmes, belles-sœurs par les liens de famille, parviennent à mettre fin à la participation française à la septième guerre d'Italie, conflit qui avait saigné l'Europe pendant des années. Cet accord, négocié en dehors des canaux diplomatiques traditionnels masculins, démontre l'envergure politique exceptionnelle de Marguerite et sa capacité à influencer le cours des événements au plus haut niveau.
Marguerite d'Autriche meurt le 1er décembre 1530 à Malines, emportée par une blessure à la jambe mal soignée. Elle avait cinquante ans et avait consacré sa vie à servir les intérêts de la maison de Habsbourg avec une abnégation et une intelligence remarquables. Celle que ses contemporains considéraient comme l'une des femmes politiques les plus habiles d'Europe laisse derrière elle un vaste patrimoine artistique — la chapelle de Brou, sa collection de tableaux et de manuscrits — et un héritage politique qui contribua à faire de Charles Quint l'un des souverains les plus puissants de son temps.
