Ce fut le conflit le plus dévastateur que l'humanité ait jamais connu. La Seconde Guerre mondiale, qui se déroula du 1er septembre 1939 au 2 septembre 1945, mobilisa plus de cent millions de combattants appartenant à soixante et une nations, étendit ses hostilités sur quelque vingt-deux millions de kilomètres carrés, et coûta la vie à environ soixante-deux millions de personnes, dont une majorité de civils. Aucun autre conflit dans l'histoire n'avait atteint une telle ampleur ni engagé les sociétés humaines à un tel degré de profondeur.
Les origines de ce cataclysme plongent leurs racines dans le règlement insatisfaisant de la Première Guerre mondiale. Le traité de Versailles de 1919, perçu comme une humiliation en Allemagne, alimenta les rancœurs et les fantasmes de revanche qui permirent l'ascension de régimes autoritaires et expansionnistes. Dans les années 1930, les ambitions hégémoniques des trois principales nations de l'Axe — l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste et le Japon impérial — commencèrent à se concrétiser par une série d'agressions qui ne rencontrèrent que peu de résistance de la part des démocraties.
Les signes avant-coureurs s'accumulèrent tout au long de la décennie. L'Italie attaqua l'Éthiopie en 1935. La guerre civile espagnole, qui débuta le 18 juillet 1936, servit de terrain d'expérimentation aux techniques militaires de l'Axe. Le Japon lança ses opérations militaires en Chine le 7 juillet 1937. L'Allemagne annexa l'Autriche le 11 mars 1938, puis arracha les Sudètes à la Tchécoslovaquie le 21 octobre de la même année, sans que les grandes puissances occidentales ne réagissent avec fermeté.
Ce n'est que lorsque l'Allemagne envahit la Pologne, le 1er septembre 1939, conformément à un pacte secret conclu avec l'Union soviétique qui prévoyait le partage de l'Europe orientale, que la guerre générale s'alluma. Le Royaume-Uni déclara la guerre à 11 heures le 3 septembre, la France à 17 heures le même jour. Leurs empires coloniaux respectifs entrèrent à leur tour dans le conflit. Une première phase vit la Wehrmacht déferler sur l'Europe occidentale avec une rapidité stupéfiante : la Pologne fut écrasée en quelques semaines, la France capitula en juin 1940, et le Royaume-Uni se retrouva seul face à la puissance allemande.
Le conflit prit une dimension véritablement mondiale à partir de 1941. Le 22 juin, l'Allemagne lança l'opération Barbarossa, attaquant l'Union soviétique malgré le pacte germano-soviétique. L'URSS, qui avait jusqu'alors profité de la neutralité convenue avec Berlin pour absorber des territoires, se retrouva propulsée dans le camp des Alliés. Puis, le 7 décembre 1941, l'attaque japonaise surprise contre la base navale américaine de Pearl Harbor, à Hawaï, entraîna les États-Unis dans la guerre. Dès lors, toutes les grandes puissances étaient engagées, et le conflit se déroulait simultanément sur plusieurs théâtres d'opérations : l'Europe, l'Asie-Pacifique, l'Afrique du Nord et l'Atlantique.
La Seconde Guerre mondiale fut aussi une guerre idéologique d'une intensité sans précédent. Les régimes totalitaires qui la conduisaient avaient fait de l'idéologie le cœur même de leur projet guerrier. Cela explique l'existence de forces de collaboration dans les pays occupés, mais aussi d'une résistance organisée jusqu'au cœur même de l'Allemagne nazie. Cette dimension idéologique autorisa et encouragea des crimes de masse d'une ampleur inédite. L'Allemagne nazie mit en place une organisation industrielle du meurtre, déportant des millions de personnes vers des camps de concentration, des camps de travail et des centres d'extermination dotés de chambres à gaz. Juifs, Slaves, Tsiganes, communistes, homosexuels, handicapés et Témoins de Jéhovah furent systématiquement persécutés et massacrés. La Shoah, qui fit six millions de victimes juives, représente l'horreur absolue de ce que l'humanité peut produire.
Sur les différents champs de bataille, la technologie militaire connut des évolutions décisives. Les chars d'assaut, l'aviation, les sous-marins et finalement les armes atomiques redéfinirent les modalités du combat. Les bombardements massifs visèrent délibérément les populations civiles, effaçant la frontière traditionnelle entre espace de guerre et espace civil. Dresde, Tokyo, Coventry, Leningrad — assiégée pendant huit cent soixante-douze jours — témoignent de cette violence totale dirigée contre les non-combattants.
Le tournant de la guerre s'opéra progressivement à partir de 1942 et 1943. La bataille de Stalingrad, qui vit capituler la 6e armée allemande en février 1943, marqua le début du reflux allemand à l'est. Le débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, ouvrit un deuxième front majeur à l'ouest. Pris en étau entre les armées soviétiques progressant de l'est et les forces alliées avançant depuis l'ouest et le sud, le Troisième Reich s'effondra au printemps 1945. L'Allemagne signa sa capitulation sans condition le 8 mai 1945.
La guerre se poursuivit dans le Pacifique jusqu'au 2 septembre 1945, date à laquelle le Japon, après les bombardements atomiques d'Hiroshima le 6 août et de Nagasaki le 9 août, capitula à son tour sans condition. Ces deux bombes, premières utilisations militaires de l'énergie atomique, tuèrent instantanément des dizaines de milliers de civils et inaugurèrent une nouvelle ère dans l'histoire de la guerre et de l'humanité.
Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale remodelèrent profondément l'ordre mondial. L'Europe sortit du conflit ruinée et divisée par le Rideau de fer entre un bloc occidental sous influence américaine et un bloc oriental sous domination soviétique. La guerre froide succéda à la guerre chaude. Les Nations Unies furent créées pour prévenir de nouveaux conflits. Le procès de Nuremberg établit le principe selon lequel les crimes contre l'humanité pouvaient être jugés par une juridiction internationale. Jamais l'humanité n'avait payé un prix aussi lourd pour comprendre où menaient l'idéologie de la haine et la déshumanisation de l'autre.
