Kay Francis est née le 13 janvier 1905 à Oklahoma City, dans l'Oklahoma. Actrice américaine au regard clair et à la chevelure brune, elle est morte le 26 août 1968, laissant derrière elle une filmographie d'une cinquantaine d'œuvres et le souvenir d'une carrière qui brilla d'un éclat intense pendant une dizaine d'années avant de s'éteindre aussi soudainement qu'elle avait commencé.
Ses débuts dans le monde du spectacle passent par Broadway, qu'elle foule pour la première fois en 1925. Elle y acquiert une expérience scénique précieuse avant que le cinéma ne s'empare d'elle. En 1929, elle fait ses débuts sur grand écran dans Noix de coco, adaptation musicale dans laquelle elle donne la réplique aux Marx Brothers. Ce premier film lui ouvre aussitôt les portes d'une carrière hollywoodienne, et ses apparitions dans une série de productions Paramount consécutives confirment rapidement son statut de comédienne à part entière.
Au sein du studio Paramount, qui réunit alors dans ses rangs des stars comme Marlene Dietrich, Claudette Colbert et Carole Lombard, Kay Francis se distingue en incarnant un type de femme élégante, sophistiquée et sensuellement ambiguë. À ses débuts, elle précède Hedy Lamarr dans la galerie des femmes fatales hollywoodiennes, même si elle évolue d'abord dans l'ombre de Clara Bow, Fay Wray ou Jean Arthur. Sa beauté particulière, alliée à un jeu nuancé, lui permet de gravir rapidement les marches du vedettariat.
Elle devient alors la partenaire d'une longue liste de grands acteurs masculins de l'époque : William Powell, Ronald Colman, Fredric March, Herbert Marshall, et plus tard Edward G. Robinson, Errol Flynn, Leslie Howard, Claude Rains et Humphrey Bogart. Ces collaborations témoignent de la confiance que lui accordent les grands studios et les réalisateurs les plus ambitieux.
Le tournant majeur de sa carrière survient lorsque la Warner Bros rachète son contrat à la Paramount. Le studio lui réserve alors un traitement de faveur en fabriquant spécialement pour elle de somptueux mélodrames qui mettent en valeur son charme et son talent pour les registres dramatiques intenses. Voyage sans retour, réalisé par Tay Garnett, ou encore les productions de Frank Borzage comptent parmi les films qui lui valent une reconnaissance critique et publique considérable.
Mais Kay Francis n'est pas cantonnée au registre dramatique. Elle s'impose également dans la comédie sous la direction d'Ernst Lubitsch, maître incontesté du genre à Hollywood. Elle tourne aussi avec Leo McCarey et Norman Z. McLeod, partageant la vedette avec Jack Oakie ou Jack Benny dans des comédies légères. Sa polyvalence lui permet même d'explorer la comédie musicale sous la direction de Busby Berkeley, face à Al Jolson.
Les réalisateurs qui la dirigent pendant cette période faste constituent un véritable panthéon du cinéma classique hollywoodien : outre Lubitsch, Garnett et Borzage, on compte George Cukor, George Fitzmaurice, W. S. Van Dyke, Richard Boleslawski, Mervyn LeRoy, William Dieterle, King Vidor et Michael Curtiz. John Cromwell la dirige à cinq reprises, témoignage d'une collaboration particulièrement fructueuse entre la star et ce réalisateur sensible aux nuances de l'interprétation féminine.
L'apogée de sa carrière se situe dans les années trente, où elle incarne des femmes complexes, passionnées et souvent tragiques qui trouvent un écho profond auprès du public américain de la Grande Dépression. Son salaire atteint alors 2 275 000 dollars annuels, chiffre astronomique pour l'époque, qui fait d'elle l'une des actrices les mieux payées d'Hollywood.
Le déclin vient à partir de 1940, lorsque la jeune Deanna Durbin impose un nouveau modèle de féminité au goût du public. Kay Francis se retrouve progressivement reléguée derrière des concurrentes comme Rosalind Russell et Diana Barrymore. La mécanique impitoyable de l'industrie cinématographique hollywoodienne, qui consume ses stars aussi vite qu'elle les fabrique, fait son œuvre.
Elle tourne son dernier film en 1946, se retirant à l'âge de quarante-trois ans et refusant, selon ses propres termes, de parler de son passé. Cette même année 1946, elle effectue cependant un retour remarqué sur les planches new-yorkaises dans la production théâtrale State of the Union, prouvant que son talent restait intact même si Hollywood ne voulait plus l'accueillir comme star.
Kay Francis laisse l'image d'une actrice dont la beauté magnétique et la sophistication naturelle ont fait les beaux jours du cinéma parlant américain des années trente, cette période dorée où Hollywood inventait ses propres mythologies féminines. Sa carrière, aussi brillante que brève dans ses années de gloire, illustre avec éloquence les mécanismes de création et de destruction des stars que le système des grands studios avait érigé en véritable industrie.

