Il existe des hommes politiques dont le nom reste à jamais lié à un édifice, à une ville, à un symbole de la modernité de leur pays. Juscelino Kubitschek de Oliveira, connu sous ses initiales JK, est l'un d'eux. Né le 12 septembre 1902 à Diamantina, dans le Minas Gerais, de parents modestes, il mourut le 22 août 1976 à Resende, dans l'État de Rio de Janeiro, laissant dans l'histoire du Brésil l'empreinte indélébile d'une capitale jaillie du néant en quelques années.
Son enfance fut marquée par la précarité. Son père, João César de Oliveira, voyageur de commerce né en 1872, décéda lorsque Juscelino n'avait que deux ans. Sa mère, Julia Coelho Kubitschek, institutrice d'origine tchèque, assuma seule son éducation. Cette expérience de la pauvreté laborieuse et de la ténacité maternelle allait influencer durablement la sensibilité sociale du futur président. Kubitschek fit des études de médecine, s'engagea dans la police militaire, puis se tourna vers la politique. Lorsque Getúlio Vargas instaura l'Estado Novo en 1937, régime autoritaire qui supprimait la vie politique normale, il fut contraint de retourner à la médecine. Membre du Parti social démocratique, il devint maire de Belo Horizonte en 1945, puis gouverneur du Minas Gerais en 1950, se construisant une réputation d'administrateur dynamique et tourné vers le développement.
Le contexte politique brésilien au moment de sa candidature à la présidence était extrêmement tendu. Le suicide de Getúlio Vargas en août 1954, suivi d'une période d'instabilité gouvernementale, avait fragilisé les institutions. Le 3 octobre 1954, le Parti social démocratique et le Parti travailliste remportèrent ensemble la majorité aux élections législatives, obtenant respectivement cent quatorze et cinquante-six sièges sur les trois cent vingt-six de la Chambre des députés. Kubitschek annonça sa candidature à la présidentielle d'octobre 1955, avec le soutien du Parti travailliste et l'appui controversé du Parti communiste.
Le 3 octobre 1955, il remporta l'élection avec trente-cinq virgule sept pour cent des voix, devançant le général Tavora à trente virgule trois pour cent et Ademar de Barros à vingt-cinq virgule huit pour cent. João Goulart, son colistier, fut également élu à la vice-présidence. La droite, inquiète de voir un héritier de Vargas accéder à la présidence, chercha à empêcher son investiture. L'un des directeurs de journaux demanda même publiquement que l'on bloque son accès au pouvoir. La pression militaire constitutionnaliste permit finalement à Kubitschek de prendre ses fonctions le 31 janvier 1956.
Sa campagne avait été innovante à bien des égards. Les médias de masse jouèrent un rôle central dans sa victoire : les émissions de Radio Nacional do Rio de Janeiro, les reportages de la revue O Cruzeiro et les premières expériences de la télévision brésilienne, à travers TV Record de São Paulo, contribuèrent à diffuser son image et ses idées dans tout le pays. La circulation de l'information dans l'espace public s'imposait comme une stratégie politique nouvelle, et Kubitschek sut en tirer parti. Il alla à la rencontre des populations les plus défavorisées comme des universitaires, construisant une image de sauveur du petit peuple qui tranchait avec le profil habituel des politiciens brésiliens.
Son programme de gouvernement tenait en une formule : cinquante ans de progrès en cinq ans. Il s'engageait à transformer en profondeur l'économie et les infrastructures brésiliennes par un effort massif d'investissement public et d'attraction des capitaux étrangers, notamment dans l'industrie automobile naissante. Mais l'annonce qui electrisa l'opinion fut celle de la construction d'une nouvelle capitale au cœur du plateau central brésilien. Brasília, conçue par l'urbaniste Lúcio Costa et l'architecte Oscar Niemeyer, fut inaugurée le 21 avril 1960, après seulement quatre ans de travaux, un exploit qui stupéfia le monde entier.
La construction de Brasília mobilisa des milliers de travailleurs ruraux migrants, les candangos, venus de toutes les régions du pays, surtout du Nordeste, pour bâtir une ville à partir de rien sur un plateau quasi désert. Kubitschek avait su s'adresser directement à ces populations marginalisées, leur promettant emploi, dignité et participation à un projet national exaltant. Le dynamisme qu'il leur promettait, Brasília allait l'incarner en pierre et en béton.
Son mandat présidentiel s'acheva le 31 janvier 1961, après cinq ans d'exercice du pouvoir. L'inflation avait fortement augmenté sous l'effet des dépenses publiques considérables engagées pour financer le programme de développement. Le coût de Brasília pesa durablement sur les finances publiques brésiliennes. Mais le legs symbolique et matériel de Kubitschek demeure immense : un réseau routier étendu, une industrie automobile implantée, une capitale devenue chef-d'œuvre de l'architecture moderne et inscrite au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1987, et surtout la conviction transmise à toute une génération que le Brésil pouvait se hisser au rang des grandes nations. Mort dans un accident de voiture en 1976, il reste à ce jour l'une des figures les plus populaires de l'histoire politique brésilienne.
