Jean de Portugal, connu sous le titre de troisième connétable de Portugal et dixième maître de l'Ordre Militaire de Saint-Jacques, naquit le 13 janvier 1400 à Santarém, dans cette période florissante de la monarchie portugaise qui succédait aux grandes victoires de Jean Ier. Seigneur de Colares et de Belas, il représentait une figure centrale de la noblesse royale lusitanienne du début du XVe siècle.
Fils de Jean Ier de Portugal et de Philippa de Lancastre, Jean appartenait de plein droit à l'élite la plus illustre du royaume. Sa mère, fille du duc de Lancastre et sœur du futur Henri V d'Angleterre, avait apporté dans la péninsule ibérique l'influence et la culture des cours anglaises. Ses frères et sœurs allaient eux aussi marquer l'histoire : parmi eux, l'infant Henri le Navigateur, dont le rôle dans les grandes explorations maritimes portugaises serait capital, et Édouard Ier, qui régnerait sur le Portugal.
En 1424, Jean contracta un mariage qui illustre bien la complexité des alliances dynastiques de l'époque : il épousa sa propre nièce, Isabelle de Bragance, née de son demi-frère Alphonse Ier, premier duc de Bragance, lui-même bâtard reconnu de Jean Ier. La mère d'Isabelle, Béatrice Pereira de Alvim, était la fille héritière de Nuno Álvares Pereira, le vénéré Saint Connétable de Portugal, l'un des grands héros nationaux, comte d'Ourém, d'Arraiolos et de Barcelos. Cette union unissait donc deux branches de la famille royale tout en consolidant les liens avec les grandes lignées de la noblesse portugaise.
La charge de connétable de Portugal, que Jean portait en troisième de ce titre, était l'une des plus élevées du royaume. Elle désignait le chef suprême des armées royales et conférait à son titulaire un rang exceptionnel dans la hiérarchie nobiliaire. Jean occupait également la dignité de maître de l'Ordre Militaire de Saint-Jacques, ordre religieux et militaire dont la vocation première avait été la reconquête des territoires ibériques sur les Maures, mais qui continuait d'exercer une influence considérable au Portugal au XVe siècle.
Jean de Portugal mourut le 18 octobre 1442 à Alcácer do Sal, à l'âge de quarante-deux ans seulement. Il laissait derrière lui une descendance qui allait peser d'un poids considérable sur l'histoire de la péninsule ibérique et au-delà. Son fils Diogo, infant de Portugal, dit aussi Jacques de Portugal, lui succéda comme quatrième connétable et onzième maître de l'Ordre de Saint-Jacques, mais mourut en 1443 sans descendance légitime, étant resté célibataire.
La postérité du connétable Jean fut assurée par ses filles. L'une d'elles, Isabelle, plus connue sous le nom d'Isabelle de Portugal ou Isabelle de Beja, épousa en 1447 Jean II de Castille et devint ainsi l'une des femmes les plus importantes de la péninsule : elle fut la mère d'Isabelle la Catholique, la reine qui unirait Castille et Aragon, financerait le voyage de Christophe Colomb et fonderait avec son époux Ferdinand la monarchie espagnole moderne.
Une autre fille, Béatrice de Portugal, née en 1430 et morte en 1506, épousa en 1452 son cousin germain Ferdinand, infant de Portugal, duc de Viseu et de Beja. Ce Ferdinand était fils cadet du roi Édouard Ier, frère aîné du connétable Jean, et avait été adopté par l'infant Henri le Navigateur, dont il devint l'héritier. De cette union naquit Manuel Ier de Portugal, surnommé le Fortuné, qui régnerait de 1495 à 1521 et présiderait à l'apogée de l'empire portugais, au moment où Vasco de Gama ouvrait la route des Indes et où le Brésil était atteint par Pedro Álvares Cabral. Une quatrième enfant, Philippa, infante de Portugal, resta célibataire.
Jean de Portugal, troisième connétable, n'aura régné que sur un demi-siècle de vie, mais sa descendance directe engendra deux des souverains les plus importants de l'histoire ibérique : Isabelle la Catholique et Manuel le Fortuné. À travers eux, son sang coula dans les veines de la quasi-totalité des dynasties royales européennes des siècles suivants, faisant de ce grand seigneur portugais du Moyen Âge un ancêtre commun à une large part de l'aristocratie du continent.
