Né le 13 janvier 915 à Cordoue, Abû al-Âs al-Mustansir bi-llah al-Hakam Ibn Abd ar-Rahman, connu dans l'histoire sous le nom d'Al-Hakam II, fut le deuxième calife omeyyade de Cordoue et l'un des souverains les plus cultivés et les plus fascinants de l'Occident médiéval. Son règne, de 961 à sa mort le 1er octobre 976, coïncide avec l'apogée artistique et culturel d'Al-Andalus, cette Espagne musulmane qui brillait d'un éclat sans pareil dans un Occident encore largement plongé dans les ténèbres de l'ignorance.
Fils du puissant Abd al-Rahman III, fondateur du califat omeyyade de Cordoue, Al-Hakam avait été désigné comme successeur dès l'âge de huit ans. Son éducation fut soignée avec un soin exceptionnel : lettres, sciences, philosophie, théologie, toutes les branches du savoir de l'époque lui furent enseignées par les meilleurs maîtres disponibles. Plus encore, son père l'associa progressivement au gouvernement et l'emmena dans ses campagnes militaires, lui donnant ainsi une formation complète à l'exercice du pouvoir. Lorsqu'il succéda à Abd al-Rahman III en 961, à l'âge de quarante-six ans, Al-Hakam était donc un homme mûr, formé et préparé à régner.
Il adopta le titre d'al-Mustansir bi-llah, signifiant « celui qui cherche l'aide victorieuse de Dieu », affirmant ainsi sa dévotion et sa légitimité religieuse. Sa vie privée présenta cependant une difficulté dynastique : malgré son union avec Radhia, il n'avait pas de fils. La continuité du califat exigeait une descendance. C'est une esclave d'origine basque, appelée Subh, ou parfois Zohbeya ou Aurora, qui lui donna des enfants. Al-Hakam lui attribua même le nom masculin de Chafar, témoignage de l'affection singulière qu'il lui portait. Leur fils aîné mourut en 970, mais un autre fils, Hisham, lui succéderait à sa mort.
Sur le plan de la politique extérieure, Al-Hakam s'appuyait sur deux personnages clefs : le général Ghâlib, d'origine slave, et le hagîb Al-Mushafî. Ces deux hommes, auxquels s'ajoutait l'influence de la concubine Subh, exerçaient une grande emprise sur les affaires du califat. Dans le Maghreb, la principale menace provenait du califat fatimide, dont la puissance ne cessait de croître. La conquête de l'Égypte en 969 par le général fatimide Jawhar al-Siqilli, et le transfert de la capitale fatimide vers la nouvelle cité du Caire, avaient modifié l'équilibre des forces en Méditerranée occidentale. Al-Hakam chercha à récupérer son influence dans le Maghreb contre les derniers représentants de la dynastie idrisside. En 974, le général Ghâlib obtint la soumission de l'émir Al-Hasan ben Kannun, usant habilement de la combinaison de la corruption et de la force militaire. Cette campagne donna à Al-Hakam l'occasion de dépêcher un jeune intendant pour surveiller les dépenses militaires jugées excessives : ce Muhammad Ibn Abi Amir n'était autre que le futur Almanzor, qui dominerait l'Andalousie après la mort d'Al-Hakam.
Sur la frontière nord de l'Al-Andalus, Al-Hakam mena une politique habile avec les royaumes chrétiens. Dès son accession au trône, il réclama au royaume de León les dix forteresses que son roi Sanche Ier avait promises à Abd al-Rahman III en échange du soutien du calife dans la querelle dynastique qui l'avait opposé à Ordoño IV. Ce dernier, l'ancien souverain dépossédé, chercha alors à obtenir l'appui du calife de Cordoue contre son rival. Il se rendit à Cordoue et fut reçu dans la splendeur du palais de Medinat Al Zahra, résidence fastueuse construite par Abd al-Rahman III à quelques kilomètres de la capitale. Durant la cérémonie d'audience, Ordoño exposa son cas avec une habileté diplomatique certaine, soulignant que son cousin Sanche avait jadis reçu l'aide du calife sous la contrainte, tandis que lui venait librement et avec gratitude. Al-Hakam, satisfait de disposer d'un prétendant à sa main, accueillit favorablement cette demande.
Mais c'est par son mécénat intellectuel qu'Al-Hakam II laissa sa marque la plus durable dans l'histoire. Sa bibliothèque personnelle, l'une des plus grandes du monde médiéval, aurait contenu plusieurs centaines de milliers de volumes selon les sources arabes, ce qui en faisait un monument du savoir universel. Il correspondait avec des savants du monde entier, finançait des missions pour acquérir des manuscrits rares, et fit de Cordoue un centre intellectuel rayonnant dont l'influence se répandit bien au-delà des frontières d'Al-Andalus. La Grande Mosquée de Cordoue fut agrandie et embellie sous son règne, avec une magnificence qui témoigne encore aujourd'hui de l'ambition artistique de son commanditaire.
Al-Hakam II mourut à Cordoue le 1er octobre 976, laissant le trône à son fils Hisham II, encore enfant. Ce fut le début d'une période de régence dominée par Almanzor, qui concentra peu à peu entre ses mains la totalité du pouvoir réel, réduisant le calife à un rôle purement symbolique. Le règne d'Al-Hakam II apparaît ainsi comme un sommet après lequel le califat omeyyade de Cordoue entama son inexorable déclin, avant de s'effondrer définitivement au début du XIe siècle.
