Une inondation se définit comme la submersion temporaire, naturelle ou artificielle, d'un espace par de l'eau liquide. Phénomène aussi vieux que l'histoire de l'humanité, elle se manifeste sous des formes multiples et touche des régions entières de la planète avec une régularité qui en fait l'une des catastrophes naturelles les plus redoutées et les plus coûteuses en vies humaines et en dommages matériels.
Les mécanismes à l'origine des inondations sont variés. Le débordement d'un cours d'eau en crue constitue la forme la plus classique : l'eau se répand dans le lit majeur du fleuve ou de la rivière, envahit les talwegs et les dépressions topographiques, pouvant stagner longuement ou se déplacer à grande vitesse selon la pente et l'intensité du phénomène. Le ruissellement pluvial intense représente une autre cause fréquente, qu'il s'agisse de terres cultivées subissant une inondation boueuse ou de zones urbaines imperméabilisées où l'eau ne peut plus s'infiltrer dans le sol. La rupture d'ouvrages hydrauliques artificiels comme des barrages, des digues ou des canalisations, ou la rupture d'une retenue naturelle comme un lac glaciaire, peut provoquer des inondations soudaines d'une violence extrême. La remontée émergente d'une nappe phréatique et l'envahissement temporaire d'une zone côtière lors d'une submersion marine ou d'un tsunami complètent ce panorama des origines possibles.
La dimension de ce risque naturel est considérable à l'échelle mondiale. Pour la période comprise entre 1996 et 2005, environ 80 % des catastrophes naturelles mondiales étaient d'origine météorologique ou hydrologique. Les inondations auraient affecté en moyenne 66 millions de personnes par an entre 1973 et 1997, un chiffre qui souligne l'ampleur du phénomène. Des projections alarmantes évaluaient à environ 1 000 milliards de dollars par an les dommages susceptibles d'être causés entre 2010 et 2050 par les inondations dans les 136 principales métropoles littorales du monde, en raison de la montée des océans et de l'intensification des phénomènes météorologiques extrêmes.
En France, la situation est loin d'être anodine. En 2025, un Français sur quatre vivait déjà en zone inondable, et ce risque ne cesse de croître avec le réchauffement climatique. Des épisodes marquants jalonnent l'histoire récente, comme l'inondation de mars et avril 2001 sur la Seine à Amfreville-sous-les-Monts, dont les données ont été documentées par Voies navigables de France.
Certaines régions du monde entretiennent avec les inondations une relation ambivalente, voire indispensable à leur économie. Au Bangladesh, pays situé à la confluence du Gange et du Brahmapoutre, les crues annuelles charriaient traditionnellement 2 millions de tonnes de limons descendus de l'Himalaya, véritables fertilisants naturels pour les terres agricoles. Ce même pays illustre cependant la face catastrophique du phénomène : lors des inondations de 1998, résultat de moussons particulièrement intenses et d'un dégel abondant, pas moins de 66 % du territoire national se retrouvait sous les eaux. Que ce soient les moussons, la fonte des neiges himalayennes ou les cyclones tropicaux, le Bangladesh est l'un des exemples les plus frappants d'une nation structurellement exposée aux inondations.
Les rizières inondées des cultures asiatiques, ou les anciennes pratiques agricoles européennes dites des atterrissements ou accoulins, rappellent que l'inondation peut aussi être délibérément provoquée ou souhaitée à des fins productives. Ces usages ancestraux témoignent d'une connaissance empirique fine des cycles hydrologiques que nos sociétés contemporaines ont parfois tendance à oublier au profit d'une vision uniquement défensive du rapport à l'eau.
Les causes anthropiques des inondations sont aujourd'hui bien documentées. L'implantation humaine inadaptée dans des plaines inondables constitue l'une des premières responsabilités de l'homme dans l'aggravation du phénomène. Dans les zones urbaines, l'imperméabilisation généralisée des sols par le bitume et le béton réduit drastiquement les capacités d'infiltration de l'eau. Dans les zones agricoles, certaines pratiques intensives et le drainage accéléré contribuent à augmenter le ruissellement. Paradoxalement, des activités historiques de drainage dans des zones marécageuses de tourbière ont parfois eu pour effet d'abaisser le niveau des terres par contraction des tourbes, créant ainsi les conditions de nouvelles inondations.
Le dérèglement climatique mondial constitue sans doute le facteur d'aggravation le plus préoccupant pour les décennies à venir. Les émissions de gaz à effet de serre entraînent la fonte des glaciers et la montée du niveau des océans, tandis que les modèles climatiques laissent prévoir des cyclones tropicaux plus intenses et des épisodes de précipitations plus fréquents et plus violents. Le rapport 2007 du GIEC soulignait que, selon les simulations disponibles, de très nombreux millions de personnes supplémentaires seraient inondées chaque année dans les années 2080 en raison de l'élévation du niveau de la mer.
Face à ces défis, les sociétés humaines ont développé une gamme d'outils de prévention et de protection : construction de digues et de barrages, aménagement de zones d'expansion des crues, systèmes d'alerte précoce, zonage réglementaire interdisant les constructions dans les zones les plus exposées. Mais l'efficacité de ces mesures reste conditionnée à une volonté politique durable et à une prise de conscience collective que l'eau, force vitale, reste aussi une force qui se soumet difficilement aux contraintes que les hommes cherchent à lui imposer.

