Élisabeth-Thérèse de Lorraine, née le 6 mars 1664 et morte le 7 mars 1748, soit quelques heures à peine après son quatre-vingt-quatrième anniversaire, fut l'une de ces grandes dames de la cour de France dont l'existence longue et bien remplie traverse les règnes et les époques. Son acte de baptême la désigne sous le nom de Marie Élisabeth de Lorraine, mais c'est sous le titre de « Mademoiselle de Commercy » qu'elle fut généralement connue avant son mariage, titre auquel s'ajoutaient ses dignités de baronne de Belvoir, de Cusance, de Saint-Julien en Montagne, dame de Villemareuil, de Vaucourtois et de Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux.
Ses origines l'inscrivaient dans les plus hautes sphères de l'aristocratie française et lorraine. Son père, François Marie de Lorraine, prince de Lillebonne, était cousin germain de Louis XIV par sa mère, rattachant ainsi Élisabeth-Thérèse à la famille royale de France par une parenté collatérale significative. Elle descendait par ailleurs des illustres Guise, cette branche cadette de la maison de Lorraine qui avait joué un rôle si déterminant dans les guerres de Religion du siècle précédent. Sa mère, Anne de Lorraine, était fille légitimée du duc Charles IV de Lorraine et de Béatrix de Cusance, baronne de Belvoir et comtesse de Champlitte, ce qui lui apportait un héritage considérable tant en titre qu'en fortune.
Cette haute naissance lui ouvrit naturellement les portes de la cour de Versailles, où elle joua un rôle actif grâce à la fois à ses relations familiales et à sa fortune personnelle. Elle y fréquenta le Grand Dauphin, fils de Louis XIV et héritier du trône de France, dont elle devint l'amie et la confidente. Cette proximité avec le prince héritier lui conféra un prestige supplémentaire au sein de la hiérarchie complexe de la cour du Roi-Soleil. Elle accéda par la suite à la charge de dame d'honneur de la princesse de Conti, fille légitimée de Louis XIV et de la duchesse de La Vallière, position qui confirmait son rang parmi les grandes dames du royaume.
Son mariage avec Louis Ier de Melun, prince d'Épinoy, lui apporta le titre de princesse d'Épinoy, fief de l'Artois qui ajoutait une dimension territoriale supplémentaire à son rang. Cette union lui donna deux enfants dont les destins s'entremêlèrent avec la grande noblesse française du XVIIIe siècle. Son fils Louis II de Melun, devenu vicomte puis duc de Joyeuse, mourut en 1724 d'un accident de chasse après avoir épousé en 1716 Armande de La Tour d'Auvergne, décédée l'année suivante en couches sans laisser de descendance. L'absence d'héritier direct de ce côté éteignit cette branche de la famille.
Sa fille Anne-Julie-Adélaïde de Melun, née en 1698, épousa en 1714 Jules de Rohan, prince de Soubise. Tous deux moururent de la petite vérole en 1724, laissant derrière eux trois enfants qui allaient marquer leur époque. L'aîné, Charles de Rohan-Soubise, né en 1715 et mort en 1786, devint l'un des grands seigneurs du XVIIIe siècle français, maréchal de France et favori de la marquise de Pompadour, même s'il ne laissa que des filles de ses trois mariages. Le second, Armand de Rohan-Soubise, embrassa la carrière ecclésiastique et devint cardinal et prince-évêque de Strasbourg. La troisième, Marie-Louise de Rohan-Soubise, comtesse de Marsan, assuma la charge prestigieuse de gouvernante des enfants de France.
Après la mort de son époux le 24 septembre 1704, Élisabeth-Thérèse de Lorraine manifesta une activité remarquable pour une veuve du XVIIIe siècle. Elle acquit de Marie de Nemours le titre de comtesse de Saint-Pol, achat qui engendra une longue querelle juridique entre les fermiers des domaines du Boulonnais et ceux de l'Artois concernant les droits de relief sur ce comté. Les uns soutenaient que Saint-Pol relevait de Boulogne, les autres affirmaient qu'il dépendait de l'Artois comme étant dans la gouvernance d'Arras. Ce différend traîna pendant des décennies avant d'être tranché par un arrêt du Conseil du mois de janvier 1787, soit plusieurs années après la mort d'Élisabeth-Thérèse, en faveur de ceux qui soutenaient la mouvance artésienne.
La longévité exceptionnelle d'Élisabeth-Thérèse de Lorraine, qui vécut jusqu'à quatre-vingt-quatre ans dans une époque où l'espérance de vie était considérablement plus courte qu'aujourd'hui, lui permit d'être le témoin de profondes transformations politiques et sociales. Elle traversa le règne personnel de Louis XIV, la Régence, et une grande partie du règne de Louis XV, observant l'évolution des mœurs et des équilibres de pouvoir à la cour de France. Son existence longue et bien documentée offre un témoignage précieux sur les réalités de l'aristocratie française entre le Grand Siècle et le siècle des Lumières.

