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Isabelle du Brésil

Princesse impériale du Brésil (1846-1921)

5 min01/01/2024
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Parmi toutes les figures de la monarchie brésilienne, Isabelle du Brésil occupe une place à part, celle d'une femme qui, en signant un texte de loi, fit basculer l'histoire d'un pays. Née le 29 juillet 1846 à Rio de Janeiro dans le palais de Saint-Christophe, cette princesse héritière de l'Empire connut une existence traversée par les responsabilités dynastiques, les convictions abolitionistes et les bouleversements politiques qui allaient emporter la monarchie brésilienne.

Deuxième enfant de l'empereur Pierre II et de l'impératrice Thérèse-Christine de Bourbon-Siciles, Isabelle naquit dans le sillage de tragédies familiales répétées. Son frère aîné Alphonse, né en 1845, mourut en bas âge, la propulsant au rang de princesse héritière. Sa cadette, la princesse Léopoldine, née en 1847, devint sa plus proche compagne. En 1848, un second frère, Pierre-Alphonse, vint momentanément lui retirer ce statut avant de mourir à son tour à l'âge d'un an et demi. Ces deuils précoces forgèrent chez elle une sensibilité particulière à la fragilité de l'existence humaine.

Son éducation fut à la hauteur de son rang. Pierre II, soucieux de préparer sa fille à d'éventuelles responsabilités de gouvernement, lui fit prodiguer un enseignement soigné. En 1855, sur les conseils de sa sœur la princesse de Joinville, l'empereur nomma la comtesse de Barral, épouse d'un noble français, comme préceptrice de ses filles. Isabelle reçut ainsi une formation complète en langues, musique, sciences naturelles et arts. Le jour de ses quatorze ans, conformément à la constitution brésilienne, elle prêta serment de « maintenir la religion catholique apostolique romaine, d'observer la constitution politique de la nation brésilienne et d'obéir aux lois et à l'empereur ».

La question du mariage des princesses impériales mobilisa longtemps l'attention de Pierre II. Avec l'aide de la princesse de Joinville, l'empereur choisit deux prétendants, tous deux petits-fils du roi des Français Louis-Philippe Ier : le prince Gaston d'Orléans, comte d'Eu, né en 1842, et le prince Auguste de Saxe-Cobourg-Kohary, né en 1845. Les deux jeunes hommes arrivèrent ensemble au Brésil en 1864, chacun destiné à l'une des princesses. Cependant, Isabelle et Léopoldine prirent la liberté de choisir librement leur époux, intervertissant les unions prévues. Isabelle s'unit au prince Gaston, inaugurant ainsi la maison d'Orléans-Bragance.

Isabelle assuma la régence de l'Empire à trois reprises : en 1871-1872, en 1876-1877 et enfin en 1887-1888. C'est lors de cette troisième régence qu'elle imprima définitivement sa marque dans l'histoire. Libérale convaincue, elle soutenait depuis longtemps les partisans de l'abolition de l'esclavage, finançant même de sa cassette personnelle l'artisanat des anciens esclaves et appuyant le quilombo de Leblon, communauté maraîchère dont les membres cultivaient des camélias blancs, symboles du mouvement abolitionniste. Ses convictions la rapprochaient d'une génération de jeunes politiciens et artistes engagés, dont beaucoup étaient également liés au mouvement républicain.

Lorsqu'elle reprit la régence en 1887, Isabelle était déterminée à abolir l'esclavage. L'opposition fut immédiate et violente. Les grands propriétaires terriens, les fazendeiros, voyaient dans cette réforme une menace directe pour leur système économique. Son cabinet conservateur, dirigé par le baron de Cotegipe, résistait à ses injonctions. La princesse profita d'une émeute urbaine pour congédier ses ministres et nommer un nouveau cabinet sous la présidence de João Alfredo, son conseiller de confiance, résolu à soutenir l'abolition.

Le 13 mai 1888, Isabelle signa la Lei Áurea, la Loi d'or, qui abolissait l'esclavage sans indemnité pour les propriétaires et sans plan d'intégration pour les anciens esclaves. Ce texte de treize mots libéra environ sept cent mille personnes qui vivaient encore en servitude au Brésil, dernier pays du continent américain à pratiquer l'esclavage légal. La foule en délire envahit les rues de Rio de Janeiro. Isabelle reçut le surnom d'Isabelle la Rédemptrice.

Mais la Loi d'or eut des conséquences politiques que la princesse n'avait peut-être pas pleinement mesurées. Les fazendeiros, spoliés sans compensation, se retournèrent contre la monarchie et rejoignirent massivement le camp républicain. Dix-huit mois plus tard, un coup d'État militaire renversa Pierre II et proclama la République le 15 novembre 1889. Isabelle, son mari et leurs enfants partirent en exil en France.

La princesse passa les dernières décennies de sa vie au château d'Eu, en Normandie, où elle mourut le 14 novembre 1921. Elle ne revit jamais le Brésil. Pourtant, son geste du 13 mai 1888 reste l'un des actes les plus retentissants de l'histoire brésilienne, célébré par les uns comme un acte de courage moral, critiqué par les autres pour son absence de politique d'accompagnement. Isabelle du Brésil fut une figure complexe, à la fois femme de pouvoir et victime des contradictions de son temps.

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