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Getúlio Vargas

Avocat et homme d'État brésilien

4 min01/01/2024
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Getúlio Dorneles Vargas demeure l'une des figures les plus complexes et les plus controversées de l'histoire politique brésilienne du vingtième siècle. Surnommé le père des pauvres par ses partisans, il fut aussi, pour ses adversaires, un dictateur autoritaire qui confisqua les libertés fondamentales. Sa trajectoire politique illustre les contradictions profondes d'un Brésil en pleine modernisation.

Né le 19 avril 1882 à São Borja, dans l'État du Rio Grande do Sul, au bord de la frontière argentine, Getúlio Vargas grandit dans une famille de gaúchos propriétaires d'une estancia dans la pampa. Son père, Manuel do Nascimento Vargas, était colonel et héros de guerre, un temps maire de São Borja, issu d'une famille aux origines açoriennes. Sa mère, Cândida Dorneles, lui transmit une foi profonde qui allait marquer sa vision du monde politique, influencée par la conception chrétienne de la politique propre à la doctrine de Júlio de Castilho.

Les années de formation de Vargas furent décisives. Après des études secondaires au Rio Grande do Sul puis à Ouro Preto dans l'État du Minas Gerais, il commença son service militaire en 1898 dans la garnison de sa ville natale. En 1900, il s'inscrivit à l'École militaire de Rio Pardo, où il rencontra deux hommes qui allaient jouer un rôle central dans l'histoire du Brésil : les cadets Eurico Gaspar Dutra et Pedro Aurélio de Góis Monteiro. Nommé sergent, il participa en 1902 à l'expédition vers Corumbá lors du conflit entre la Bolivie et le Brésil pour la possession du territoire de l'Acre. Cette expérience militaire, conjuguée à la carrière de son père, laissa sur lui une empreinte durable concernant les problèmes des forces armées.

Après son service militaire, Vargas entra en 1904 à la faculté de droit de l'université fédérale du Rio Grande do Sul à Porto Alegre. Diplômé en 1907, il exerça d'abord comme procureur avant de retourner à São Borja pour pratiquer le droit. Comme bon nombre de ses contemporains, il fut profondément influencé par le positivisme d'Auguste Comte, dont la devise résonne dans le drapeau brésilien : Ordem e Progresso, Ordre et Progrès. Doué d'un talent d'orateur remarquable, il prononça le discours officiel lors des funérailles de Castilho en 1919, se liant d'amitié avec de jeunes militants castillanistes comme João Neves da Fontoura et Joaquim Maurício Cardoso, qui allaient participer à la révolution de 1930.

Le 3 octobre 1930 marqua le tournant de sa vie et de l'histoire du Brésil. À la tête d'une révolution, Vargas renversa le président Washington Luís Pereira de Sousa, mettant fin à la Vieille République, ce système oligarchique qui gouvernait le Brésil depuis 1889. Son accession au pouvoir inaugurait une ère nouvelle pour le pays. Il gouverna d'abord dans le cadre d'un gouvernement provisoire de 1930 à 1934, puis d'un gouvernement constitutionnel de 1934 à 1937.

En novembre 1937, Vargas franchit une étape supplémentaire dans la concentration du pouvoir en instaurant l'Estado Novo, l'État nouveau, un régime autoritaire qui allait durer jusqu'en 1945. S'inspirant à la fois du fascisme européen et du corporatisme portugais de Salazar, ce régime supprima les partis politiques, musela la presse et centralisa l'administration. Pourtant, paradoxalement, cette période autoritaire fut aussi celle des grandes réformes sociales qui valurent à Vargas son surnom de père des pauvres. Il instaura la journée de travail de huit heures, les congés payés, le salaire minimum et une législation sociale qui transformèrent profondément les conditions de vie des classes laborieuses brésiliennes.

La fin de la Seconde Guerre mondiale, à laquelle le Brésil avait participé aux côtés des Alliés, rendit intenable la position d'un régime autoritaire dans un pays dont les soldats étaient allés combattre pour la démocratie en Europe. En 1945, l'armée contraignit Vargas à quitter le pouvoir. Il se retira dans son ranch du Rio Grande do Sul, mais ne disparut pas de la scène politique.

Son retour fut triomphal. En 1951, Vargas fut réélu président au suffrage universel direct, avec un programme résolument nationaliste. Il nationalisa les ressources pétrolières, créant la compagnie Petrobras, prit des mesures protectionnistes pour développer l'industrie nationale, et poursuivit les réformes sociales engagées. Il accorda le droit de vote aux femmes et introduisit le bulletin secret, modernisant ainsi le système électoral brésilien. Ces politiques lui valurent l'enthousiasme des classes populaires mais attisèrent l'opposition féroce des milieux conservateurs et de Washington, qui voyait d'un mauvais œil son nationalisme économique.

Les derniers mois de son second mandat furent marqués par une crise politique intense. Ses adversaires, au sein de l'armée et de l'opposition civile, multiplièrent les attaques. Un attentat manqué contre un journaliste d'opposition, dont les fils menaient vers son entourage proche, fournit le prétexte à une offensive politique sans merci. Acculé, sommé de démissionner par les militaires, Getúlio Vargas choisit une autre voie le 24 août 1954, au palais du Catete à Rio de Janeiro : il se suicida d'une balle dans le cœur.

Sa lettre d'adieu, adressée au peuple brésilien, fut un acte politique ultime. Il y dénonçait ses ennemis et se présentait comme un martyr sacrifié sur l'autel des intérêts étrangers et de la réaction conservatrice. Cette mort dramatique transforma le président contesté en figure mythique, provoquant des manifestations populaires massives dans tout le pays. Son héritage, désigné sous les termes de getulisme ou varguisme, continue d'irriguer la vie politique brésilienne contemporaine, revendiqué à la fois par le Parti démocratique travailliste et le Parti travailliste brésilien.

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