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Dictature militaire au Brésil (1964-1985)

Dictature militaire au Brésil, du 1 avril 1964 au 15 mars 1985

6 min01/01/2024
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La dictature militaire brésilienne, qui s'étend de 1964 à 1985, représente l'une des périodes les plus sombres et les plus complexes de l'histoire contemporaine du Brésil. Ce régime autoritaire, officiellement désigné comme la Cinquième République à partir de 1967, bouleversa profondément les structures politiques, sociales et culturelles du plus grand pays d'Amérique latine.

Le coup d'État du 31 mars 1964 marqua le début de cette ère. Le maréchal Castelo Branco renversa le président élu João Goulart et mit fin à la Quatrième République. Les militaires justifièrent leur prise de pouvoir en invoquant la menace communiste, un argument qui prenait une résonance particulière dans le contexte de la guerre froide, quelques années seulement après l'alignement de Cuba sur l'Union soviétique. Cependant, au-delà de cet alibi idéologique, le coup reflétait l'ambition profonde de l'armée brésilienne de contrôler les destinées du pays.

Les racines de cet interventionnisme militaire plongeaient dans les décennies précédentes. En 1949, l'armée brésilienne avait fondé l'École supérieure de guerre à Rio de Janeiro, institution calquée sur le National War College de Washington. Cette école formait aussi bien des officiers que des civils, et avait adopté dès 1961 une doctrine de sécurité nationale inspirée du Pentagone et de la Maison-Blanche, incluant des cours sur la guerre contre-révolutionnaire. L'anticommunisme des militaires brésiliens précédait d'ailleurs la Seconde Guerre mondiale, remontant à l'écrasement du soulèvement communiste de 1935, connu sous le nom d'Intentona Comunista, dont l'anniversaire fut commémoré chaque année jusqu'à la présidence de Fernando Henrique Cardoso.

L'influence des États-Unis sur la formation idéologique des militaires brésiliens fut considérable. Castelo Branco lui-même et son éminence grise, le général Golbery do Couto e Silva, étaient des alliés inconditionnels de Washington. Tous deux avaient combattu aux côtés des forces américaines lors de la campagne d'Italie pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est au cours de cette campagne que Castelo Branco avait rencontré le général Vernon Walters, futur sous-directeur de la CIA, qui allait jouer un rôle déterminant lors du putsch de 1964.

La coopération entre les forces de sécurité brésiliennes et américaines alla bien au-delà des simples échanges diplomatiques. La police brésilienne bénéficia de l'enseignement d'agents de la CIA et de l'Office of Public Safety, tristement célèbre pour l'activité de son agent Dan Mitrione. Selon la chercheuse Martha Huggins, pas moins de cent mille policiers brésiliens auraient été formés par les États-Unis, soit sur le sol brésilien soit en Amérique du Nord, entre 1958 et 1974. Cette formation intensive explique en partie les méthodes brutales qui allaient être employées contre les opposants au régime.

Dans les années 1950, l'École supérieure de guerre avait développé un curriculum ambitieux qui, sous l'influence conjointe de la mission militaire française, présente au Brésil de 1919 à 1939, et de la Joint Brazil-United States Defense Commission active de 1942 à 1977, incluait l'étude de l'économie, des réformes bancaires et agraires, des systèmes électoraux et de la guerre contre-insurrectionnelle. Cette formation polyvalente préparait les officiers non seulement à combattre, mais aussi à gouverner. Au milieu des années 1960, cette doctrine avait imprégné l'ensemble du corps des officiers via l'ECEME, l'École de commandement de l'état-major de l'Armée.

Des laboratoires de pensée liés à la bourgeoisie industrielle, comme l'IPES et l'IBAD, ce dernier financé en partie par les États-Unis, jouèrent également un rôle crucial dans la préparation idéologique du coup d'État. Ces institutions diffusèrent une propagande conservatrice auprès des officiers et de la société civile, présentant la situation politique brésilienne comme une phase avancée d'une guerre révolutionnaire communiste imminente.

La dictature se révéla d'une brutalité croissante au fil des années. Le régime mit en place une série d'actes institutionnels qui réduisirent progressivement les libertés fondamentales. Le point culminant fut atteint avec l'Acte institutionnel numéro 5 de 1968, qui suspendit la Constitution de 1946, dissolut le Congrès national et supprima les libertés individuelles. Un code de procédure pénale militaire fut instauré, autorisant l'armée et la police à arrêter et emprisonner tout suspect sans aucun contrôle judiciaire.

L'influence française dans la doctrine répressive mérite une mention particulière. Des auteurs militaires français comme Roger Trinquier, Charles Lacheroy et Jacques Hogard, qui avaient théorisé la guerre contre-révolutionnaire à partir de leur expérience en Indochine et en Algérie, inspirèrent directement les stratèges brésiliens. Ces théories justifiaient le recours à la torture et aux méthodes d'interrogatoire musclées comme outils indispensables dans la lutte contre la subversion.

Le régime militaire ne se limita pas à la répression. Il présida également à une période de croissance économique spectaculaire dans les années 1970, connue sous le nom de miracle brésilien, qui masqua pendant un temps le coût humain de la dictature. Paradoxalement, cette prospérité économique contribua à légitimer le régime aux yeux d'une partie de la population, même si les inégalités sociales demeuraient criantes.

La transition vers la démocratie fut longue et progressive. La loi d'amnistie de 1979 permit le retour des exilés politiques mais garantit également l'impunité aux tortionnaires. Ce n'est qu'en 1985, avec l'élection de Tancredo Neves à la présidence, que la dictature prit officiellement fin, laissant derrière elle un héritage de traumatismes collectifs et de questions non résolues sur les crimes commis au nom de la sécurité nationale.

Le bilan de ces vingt et un ans de dictature reste difficile à établir avec précision. Des milliers de Brésiliens furent arrêtés, torturés, exilés ou assassinés. Des centaines de disparus n'ont jamais été retrouvés. La Commission nationale de la vérité, créée en 2011, a tenté de documenter ces violations, mais la question de la justice transitionnelle demeure un sujet brûlant dans le Brésil contemporain, rappelant que les blessures ouvertes par cette période ne se referment pas facilement.

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