À l'heure où les grandes puissances européennes se disputaient les routes terrestres vers l'Orient, un petit royaume ibérique fit le choix audacieux de chercher sa fortune sur les mers. L'Empire portugais, fruit de cette ambition maritime, allait devenir l'un des plus étendus et des plus durables que l'histoire ait connus, couvrant à son apogée des territoires qui correspondent aujourd'hui à soixante États souverains différents répartis sur les cinq continents.
Les origines de cette aventure impériale se trouvent dans les particularités de la géographie et de l'histoire du Portugal. Petit royaume né dans le contexte de la Reconquista — la reconquête chrétienne de la péninsule Ibérique sur les musulmans — le Portugal avait achevé dès 1249 la conquête de son propre territoire en atteignant l'Algarve. Alors que la Castille poursuivait sa reconquête jusqu'en 1492 avec la prise de Grenade, le Portugal se trouva libéré plus tôt de cette contrainte intérieure. La bataille d'Aljubarrota en 1385 avait définitivement sécurisé l'indépendance du pays face à la Castille, confirmée par le traité d'Ayllón en 1411.
Cette situation originale orienta les énergies portugaises vers la mer. En 1373, le Portugal avait conclu avec l'Angleterre le premier d'une longue série de traités d'alliance qui allaient influencer le destin de ses conquêtes maritimes. Libérés des menaces voisines et à l'écart des grands conflits qui déchiraient l'Europe continentale — notamment la guerre de Cent Ans —, les souverains de la maison d'Aviz portèrent leur regard au-delà de l'Atlantique et au-delà du détroit de Gibraltar.
La conquête de Ceuta en 1415 par Jean Ier de Portugal ouvrit officiellement l'ère des grandes découvertes portugaises. Le choix de cette ville n'était pas anodin : située en face de Gibraltar, à l'entrée de la Méditerranée, Ceuta était un comptoir stratégique où aboutissaient les caravanes trans-sahariennes transportant or, épices et esclaves. Les motivations de cette expédition mêlaient l'idéal de croisade contre l'islam, la promesse de richesses pour une noblesse militaire qu'il fallait occuper, et la nécessité de relancer une économie portugaise en difficulté.
Au cours des décennies suivantes, les navigateurs portugais s'aventurèrent progressivement le long des côtes africaines, repoussant chaque année les limites du monde connu. L'infant Henri le Navigateur, même s'il ne navigua guère lui-même, fut l'organisateur de ces expéditions depuis son école de Sagres. Les îles Açores, Madère et les îles du Cap-Vert furent découvertes et colonisées. La côte africaine fut cartographiée jusqu'au cap de Bonne-Espérance, que Bartolomeu Dias doubla en 1488. En 1498, Vasco de Gama atteignit les Indes par la route maritime africaine, réalisant ainsi le rêve qui avait animé des générations d'explorateurs.
Cette percée vers l'Asie transforma radicalement la géopolitique commerciale mondiale. Le Portugal s'empara des principales escales de la route des épices — Goa en Inde, Malacca en Asie du Sud-Est, Ormuz dans le Golfe Persique — et établit un empire commercial fondé moins sur la colonisation de peuplement que sur le contrôle des routes maritimes et des comptoirs. Au début du seizième siècle, Lisbonne était devenue le principal entrepôt européen des épices, des pierres précieuses et des soieries d'Orient.
Parallèlement à cette expansion asiatique, le Brésil entra dans l'orbite portugaise lorsque Pedro Álvares Cabral y aborda en 1500, au cours d'une expédition vers les Indes. Ce territoire immense devint progressivement la pièce maîtresse de l'empire, supplantant en importance les comptoirs asiatiques à mesure que la production de sucre, puis d'or et de diamants, s'y développait. L'empire fut successivement administré par la maison d'Aviz pendant près d'un siècle et demi, puis par les Habsbourg espagnols pendant soixante ans — lors de l'union dynastique ibérique de 1580 à 1640 — avant que la maison de Bragance ne reprenne les rênes pour trois cents ans.
L'empire portugais fut aussi l'un des plus tragiques pour les populations qu'il soumit. La traite négrière transatlantique, qui déporta des millions d'Africains vers les plantations américaines, constitua l'une des faces les plus sombres de cette aventure coloniale. Le Portugal fut l'un des premiers pays à pratiquer ce commerce à grande échelle et l'un des derniers à y renoncer officiellement.
La décolonisation portugaise fut particulièrement laborieuse. Alors que la majeure partie des empires coloniaux européens se dissolvait dans les années 1950 et 1960, le régime de Salazar s'accrocha à ses possessions africaines — Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Cap-Vert, São Tomé-et-Príncipe — en les désignant sous le terme d'Outre-mer portugais plutôt que de colonies. Ce n'est qu'à la suite de la Révolution des Œillets d'avril 1974, qui renversa la dictature, que l'indépendance de ces territoires fut accordée, principalement en 1975. Le dernier chapitre de l'empire s'écrivit en 1999 avec la rétrocession de Macao à la Chine.
Aujourd'hui, les pays issus de cet ancien empire forment la Communauté des pays de langue portugaise, témoignant de la durée et de la profondeur de l'empreinte coloniale portugaise. La langue de Camões est parlée par plus de deux cent cinquante millions de personnes sur quatre continents, héritage ambivalent d'une présence qui dura presque six siècles et laissa des traces indélébiles sur les peuples qu'elle toucha.


