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Empire britannique

Ensemble des territoires conquis, exploités et dominés par l'Angleterre puis le Royaume-Uni, du début du XVIIe à la fin du XXe siècle

5 min01/01/2024
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L'Empire britannique, le plus vaste empire que l'humanité ait jamais connu, ne naquit pas d'un plan délibéré et cohérent, mais d'un processus d'expansion progressif, fragmentaire et souvent opportuniste, qui s'étendit sur plusieurs siècles. Ses origines remontent aux premières expéditions commerciales anglaises de la fin du XVIe siècle, lorsque les marchands londoniens, jaloux des richesses que le Portugal et l'Espagne tiraient de leurs vastes possessions d'outre-mer, fondèrent des compagnies à charte pour exploiter les routes commerciales vers l'Asie et établir des comptoirs sur les côtes africaines et américaines.

Les premières implantations durables eurent lieu en Amérique du Nord au début du XVIIe siècle, avec la fondation de Jamestown en Virginie en 1607, première colonie anglaise permanente en Amérique. Les décennies suivantes virent se multiplier les établissements coloniaux le long de la côte est du continent, regroupés dans ce qui allait devenir les Treize Colonies. Parallèlement, la puissante East India Company étendait progressivement son emprise sur l'Inde, établissant des comptoirs à Surat, Calcutta, Madras et Bombay. Comme les autres empires coloniaux européens de l'époque, l'Empire britannique pratiqua l'esclavage à grande échelle, déportant près de 3,5 millions d'Africains vers les colonies américaines dans le cadre du commerce triangulaire.

La guerre de Sept Ans, qui se déroula de 1756 à 1763 sur plusieurs théâtres simultanés, constitua un tournant décisif dans l'histoire coloniale britannique. La victoire sur la France permit aux Anglais de s'emparer du Canada et d'éliminer pratiquement la présence française en Inde, qui devenait ainsi progressivement la colonie britannique par excellence. Mais vingt ans plus tard, les Treize Colonies d'Amérique du Nord, soutenues par la France et après des années de tension fiscale et politique, proclamèrent leur indépendance et formèrent les États-Unis d'Amérique, reconnus par la Grande-Bretagne en 1783. Ce premier démembrement de l'empire, douloureux, força une reorientation vers l'Asie, l'Afrique et le Pacifique.

La Grande-Bretagne fut également à l'avant-garde de la lutte contre la traite des esclaves. En 1808, elle interdit la traite pour ses ressortissants et ceux des autres pays, utilisant sa puissante marine pour patrouiller les côtes africaines et intercepter les navires négriers. En 1833, l'Abolition Act mit fin à l'esclavage dans l'ensemble de l'Empire, faisant de la Grande-Bretagne l'un des premiers États à procéder à cette abolition générale, même si des formes de travail forcé subsistèrent sous d'autres appellations dans certaines colonies.

La défaite de Napoléon en 1814-1815 laissa la Grande-Bretagne sans rival sérieux sur les mers du globe, propulsant le pays au rang de première puissance mondiale. Le XIXe siècle fut l'âge d'or de l'impérialisme britannique. L'empire s'étendit massivement en Afrique, notamment lors de la ruée vers l'Afrique des années 1880-1890, en Asie, en Océanie et dans le Pacifique, concurrencé par la France qui bâtissait son propre empire colonial en Afrique et en Indochine. À son apogée, en 1922, l'Empire britannique contrôlait environ un quart de la superficie terrestre du globe, soit 33,7 millions de kilomètres carrés, et gouvernait quelque 400 millions d'habitants, représentant également un quart de la population mondiale.

Une caractéristique distinctive de l'Empire britannique fut le développement du système des dominions pour les colonies à forte implantation européenne. L'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada et l'Afrique du Sud bénéficièrent d'un degré croissant d'autonomie politique, préfigurant une forme de Commonwealth avant la lettre. Ce self-government accordé aux colons d'origine européenne contrastait avec le maintien d'une autorité coloniale stricte sur les populations autochtones d'Asie et d'Afrique.

La Première Guerre mondiale, bien que remportée par la Grande-Bretagne et ses alliés, épuisa considérablement les ressources humaines et financières de l'empire. Dans l'entre-deux-guerres, des mouvements nationalistes puissants commencèrent à ébranler l'édifice colonial, notamment en Inde où le Parti du Congrès, sous la direction de Gandhi et Nehru, mobilisait des millions de personnes autour de la revendication d'indépendance. La Seconde Guerre mondiale aggrava encore la situation : les défaites humiliantes face au Japon en Asie du Sud-Est, avec la chute de Singapour en 1942, détruisirent le mythe de l'invincibilité britannique auprès des populations colonisées.

La décolonisation s'accéléra après 1945. En 1947, le gouvernement travailliste de Clement Attlee accorda l'indépendance à l'Inde britannique, qui se divisa dans la douleur entre l'Inde et le Pakistan. Les décennies suivantes virent les autres colonies accéder une à une à l'indépendance. Le terme symbolique du processus fut la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997. Aujourd'hui, quatorze territoires demeurent sous souveraineté britannique, et la plupart des anciennes colonies forment le Commonwealth, association libre d'États souverains. L'héritage de l'Empire britannique reste profondément ambivalent : d'un côté, la langue anglaise devenue lingua franca mondiale, des institutions juridiques et parlementaires, des infrastructures ; de l'autre, les traumatismes de la colonisation, de l'esclavage et des famines provoquées par des politiques économiques coloniales.

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