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Al-Hussein ibn Ali

Troisième imam du chiisme, petit-fils de Mahomet et fils d'Ali et de Fatima

5 min01/01/2024
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Al-Hussein ibn Ali naît le 1er mars 625 à Médine, dans une famille qui occupe une place absolument centrale dans l'histoire de l'islam naissant. Fils d'Ali ibn Abi Talib et de Fatima Zahra, la fille bien-aimée du Prophète Mahomet, il grandit dans l'intimité du foyer prophétique, bénéficiant dès son plus jeune âge d'une éducation religieuse et morale d'une profondeur exceptionnelle. Ce lien de sang avec le Prophète lui confère une légitimité spirituelle que ses partisans n'auront de cesse de défendre, parfois au prix de leur vie.

Enfant, Hussein est témoin des premières convulsions politiques qui secouent la communauté musulmane après la mort du Prophète en 632. La marginalisation progressive de la famille d'Ali, écartée du califat au profit d'autres compagnons, laisse une empreinte durable sur sa conscience politique et religieuse. Lorsque son père accède enfin au califat en 656, Hussein l'accompagne dans ses campagnes militaires, participant aux batailles du Chameau, de Siffin et de Nahrawan, autant d'épreuves qui forgent son caractère et sa vision de la justice islamique.

L'assassinat d'Ali en 661 plonge la communauté chiite dans le deuil et l'incertitude. Son frère aîné Hassan devient calife à Koufa mais abdique rapidement en faveur de Muawiya ibn Abi Sufyan, préférant l'unité de la communauté à une guerre civile prolongée. Hussein accepte cette décision avec difficulté, se retirant de la vie politique active pour retourner à Médine, où il conserve cependant une position d'opposition morale au régime omeyyade, refusant de cautionner une gouvernance qu'il juge contraire aux principes de l'islam.

À la mort de Hassan en 670, Hussein devient le troisième imam du chiisme duodécimain, héritier d'une légitimité spirituelle et politique que les chiites lui reconnaissent sans réserve. Pendant une décennie, il maintient une attitude de résistance passive, observant avec inquiétude la consolidation du pouvoir omeyyade et les dérives qu'il perçoit dans l'administration du califat. Sa stature morale grandissante en fait une figure incontournable de l'opposition à Muawiya.

Tout bascule en 680 lorsque Muawiya meurt et transmet le califat à son fils Yazid par simple succession héréditaire, rompant avec la tradition de consultation et de consensus qui avait prévalu jusque-là. Hussein refuse catégoriquement de prêter allégeance à Yazid, qu'il accuse publiquement de corruption, d'injustice et d'impiété. Ce refus n'est pas simplement politique ; il procède d'une vision profonde de l'imamat comme responsabilité morale et religieuse, incompatible avec la soumission à un dirigeant qu'il considère illégitime et corrompu.

Les partisans de la famille d'Ali à Koufa, apprenant la résistance de Hussein, lui envoient des milliers de lettres l'invitant à venir les rejoindre et à prendre la tête d'un soulèvement contre Yazid. Malgré les avertissements de proches qui pressentent le danger, Hussein quitte La Mecque avec un petit groupe de ses parents et compagnons. En chemin, il apprend l'exécution de son cousin et émissaire Muslim ibn Aqil, envoyé en éclaireur à Koufa, signe sinistre de l'abandon des partisans kufiens face à la répression omeyyade.

Arrivé dans les plaines de Kerbala, en Irak actuel, Hussein et ses compagnons sont encerclés par une armée considérable commandée par Ubayd Allah ibn Ziyad, gouverneur de Koufa au nom de Yazid. Le groupe de Hussein, composé d'à peine quelques dizaines d'hommes avec leurs familles, se retrouve coupé de l'eau du fleuve Euphrate, soumis à la soif et à la fatigue sous un soleil implacable. Pendant plusieurs jours, des négociations s'engagent, mais Hussein maintient sa position : jamais il ne prêtera allégeance à Yazid.

Le 10 muharram de l'an 61 de l'hégire, correspondant au 10 octobre 680, les combats s'engagent dans les plaines de Kerbala. Hussein et ses 72 compagnons, dont plusieurs membres de sa propre famille, font face à une armée incomparablement supérieure en nombre. Malgré leur vaillance, ils sont submergés. Hussein est tué sur le champ de bataille, son corps mutilé, sa tête coupée et emportée comme trophée jusqu'à la cour de Yazid. Les femmes et les enfants de sa suite sont faits prisonniers et conduits à Damas.

La nouvelle du massacre de Kerbala se répand comme une onde de choc dans tout le monde musulman. Loin d'étouffer l'opposition chiite, la mort de Hussein l'enflamme et lui donne une dimension tragique et fondatrice sans précédent. Le sacrifice de l'imam face à la tyrannie devient rapidement le symbole par excellence de la résistance morale contre l'injustice, un paradigme que les chiites vont transmettre de génération en génération avec une intensité émotionnelle remarquable.

Sur le plan théologique, la mort de Hussein constitue un événement d'une portée immense dans le chiisme. Selon la tradition chiite, en particulier duodécimaine et ismaélienne, Hussein est mort volontairement, en pleine conscience de son destin, pour sauver l'authenticité de l'islam et défendre les opprimés. Ce sacrifice librement consenti lui confère le titre de Sayyid al-Chouhada, le prince des martyrs, et fait de son acte un geste d'une valeur spirituelle transcendante.

Kerbala devient alors un lieu de pèlerinage d'une importance capitale pour les chiites du monde entier. Chaque année, le quarantième jour après la date de sa mort, des millions de fidèles se rassemblent pour l'Arbaïn, la commémoration des quarante jours suivant le décès de l'imam. Cette cérémonie réunit entre 17 et 20 millions de personnes autour du mausolée de Kerbala, faisant de ce rassemblement l'un des plus grands au monde. La ville est devenue l'un des hauts lieux de l'islam chiite, un espace où mémoire, foi et identité communautaire se fondent dans une émotion collective puissante.

Le legs de Hussein ibn Ali dépasse largement le cadre de la seule communauté chiite. Sa mort a contribué à consolider la séparation doctrinale et politique entre chiites et sunnites, façonnant durablement la géographie confessionnelle de l'islam. Elle a également produit une littérature, une poésie, un art dramatique et une théologie du martyre d'une richesse extraordinaire, qui imprègnent encore profondément les cultures des pays à majorité chiite, de l'Iran à l'Irak en passant par le Liban et le Pakistan.

La figure d'Hussein ibn Ali est mort le 10 octobre 680 à Kerbala, mais son souvenir ne s'est jamais éteint. Il demeure, quatorze siècles plus tard, une référence incontournable pour tous ceux qui puisent dans l'histoire islamique des modèles de résistance à l'injustice et de fidélité aux valeurs morales au-delà de toute considération de survie personnelle.

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