Hirohito naît le 29 avril 1901 dans le palais Aoyama de Tokyo. Il est le premier fils du prince héritier Yoshihito, futur empereur Taishō, et de la princesse Sadako. Son prénom, composé des kanji 裕仁 signifiant respectivement richesse et vertu, résume les espoirs placés dans cet enfant impérial appelé à porter une destinée hors du commun. Selon la tradition, il est séparé de ses parents dès ses premières années et confié, avec son frère cadet Yasuhito, à la garde du comte Kawamura Sumiyoshi, amiral à la retraite.
Son éducation est soigneusement orchestrée pour former un futur souverain à la hauteur de la fonction impériale. Il fréquente l'institution spéciale pour enfants de la famille impériale jusqu'en 1908, puis l'école pour garçons Gakushūin de 1908 à 1914, établissement destiné aux enfants du kazoku, la noblesse japonaise. Parmi ses maîtres figure le général Maresuke Nogi, héros de la guerre russo-japonaise et ardent défenseur des valeurs du bushido, qui exerce sur lui une influence formatrice. Sa formation se poursuit ensuite dans une institution spéciale créée au sein de la Maison du prince héritier, où il reçoit une éducation militaire de l'amiral Heihachirō Tōgō, ainsi qu'une formation philosophique, morale et religieuse, incluant la morale confucéenne, la théologie shintoïste et même une introduction aux théories de Herbert Spencer sur la sélection naturelle.
La mort de l'empereur Meiji le 30 juillet 1912 fait d'Hirohito l'héritier de la couronne. Il est formellement investi du titre de prince héritier le 2 novembre 1916. En 1921, il entreprend un voyage de six mois en Europe, premier déplacement de cette ampleur pour un prince héritier japonais, qui lui permet de rencontrer les souverains et chefs d'État du Vieux Continent et de prendre la mesure des réalités politiques et sociales d'une Europe encore marquée par les cicatrices de la Première Guerre mondiale.
Le 25 décembre 1926, à la mort de son père l'empereur Taishō, Hirohito monte sur le trône du Chrysanthème. Il est alors âgé de vingt-cinq ans. L'ère de son règne est baptisée Shōwa, ce qui signifie « paix radieuse » ou « harmonie lumineuse », termes d'une ironie cruelle au regard des événements qui vont suivre. Il sera le 124e empereur selon la tradition shinto, héritier d'une lignée qui, dans la mythologie japonaise, remonte à la déesse du soleil Amaterasu.
Les années 1930 voient le Japon s'engager dans une politique d'expansion militaire agressive en Asie. En 1931, l'incident de Moukden sert de prétexte à l'invasion de la Mandchourie. En 1937, une guerre ouverte avec la Chine commence, accompagnée d'atrocités massives dont le massacre de Nankin reste le symbole le plus sinistre. La question de la responsabilité personnelle d'Hirohito dans ces décisions militaires a fait l'objet de débats historiques considérables. Les recherches les plus récentes démontrent sa pleine responsabilité dans les crimes de guerre commis en Asie. Loin d'être le souverain passif et manipulé par ses généraux que certains historiens ont voulu décrire, il participe activement aux décisions stratégiques.
Le 7 décembre 1941, l'attaque japonaise contre Pearl Harbor plonge les États-Unis dans la guerre et transforme le conflit asiatique en guerre mondiale. Avec Adolf Hitler et Benito Mussolini, Hirohito est l'un des trois grands dirigeants de l'Axe, portant une responsabilité morale et politique dans l'un des conflits les plus meurtriers de l'histoire humaine. Les campagnes militaires japonaises dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est s'accompagnent de violations systématiques du droit international et de crimes contre les populations civiles.
Alors que la défaite s'annonce inévitable après les batailles décisives de Midway et de Guadalcanal, puis les bombardements atomiques d'Hiroshima le 6 août 1945 et de Nagasaki le 9 août 1945, Hirohito prononce le 15 août 1945 un discours radiodiffusé annonçant la capitulation du Japon. C'est la première fois que les Japonais entendent la voix de leur souverain. Le 2 septembre 1945, la capitulation officielle est signée à bord du cuirassé américain Missouri dans la baie de Tokyo.
Les Américains, qui occupent provisoirement le Japon, prennent une décision controversée : maintenir Hirohito sur le trône, mais lui ôter tout pouvoir réel. Cette décision, motivée par le désir de stabiliser le Japon occupé et de faciliter la transition vers une démocratie constitutionnelle, lui permet d'échapper aux poursuites judiciaires auxquelles ses actes auraient pu le soumettre. Réduit à un rôle purement symbolique, il règne encore près de quarante-cinq ans après la fin du conflit, se consacrant notamment à la biologie marine, sa passion scientifique véritable.
Hirohito s'éteint le 7 janvier 1989 à Tokyo, dans la même ville qui l'avait vu naître quatre-vingt-sept ans plus tôt. Son règne, d'une durée de soixante-deux ans, reste le plus long de l'histoire japonaise. Depuis sa mort, le Japon le désigne par son nom de règne posthume, Shōwa Tennō, l'Empereur de l'ère Shōwa. Son héritage demeure profondément ambigu : contemporain de l'industrialisation fulgurate du Japon et de ses crimes de guerre les plus terribles, puis de sa reconstruction économique spectaculaire d'après-guerre, il incarne les contradictions les plus profondes du XXe siècle japonais.
