René d'Anjou naquit le 16 janvier 1409 au château d'Angers, au cours de l'un des hivers les plus rigoureux que la France ait jamais connus, comme si la nature elle-même voulait annoncer la destinée complexe et mouvementée de ce prince hors du commun. Fils du duc d'Anjou Louis II et de Yolande d'Aragon, fille du roi d'Aragon Jean Ier, il hérita d'une lignée qui remontait à Louis Ier d'Anjou, second fils du roi Jean II le Bon. L'histoire lui réservait une accumulation de titres aussi impressionnante qu'éphémère, et la postérité lui attribua le surnom affectueux de "bon roi René".
Élevé par sa mère au château d'Angers, puis dans le Berry en compagnie de ses frères et sœurs, René grandit aux côtés du dauphin Charles, futur Charles VII, réfugié à Bourges depuis la prise de Paris par les Bourguignons en 1418. Cette cohabitation forgea des liens durables entre les deux jeunes gens et ancra la maison d'Anjou dans le camp des fidèles au dauphin légitime, au moment où la France déchirée entre Armagnacs et Bourguignons peinait à trouver son unité. À la mort de son père Louis II en 1417, René reçut la seigneurie de Guise en Picardie, érigée en comté par le dauphin Charles.
Entre 1419 et 1420, sa mère Yolande d'Aragon, nièce de Louis Ier de Bar, réussit une manœuvre diplomatique remarquable : faire adopter René par le vieux cardinal-duc de Bar, dernier héritier de sa lignée et ecclésiastique sans descendants. Ainsi, le duché de Bar reviendrait à René à la mort du prélat, Yolande abandonnant en échange ses prétentions sur ce fief au sujet duquel elle était en procès depuis des années. Yolande et le cardinal arrangèrent également un mariage avec Isabelle, fille unique du duc de Lorraine et seule héritière du duché. Le 24 octobre 1420, René, âgé de onze ans, épousait donc Isabelle, sa cadette, unissant deux maisons et faisant entrer une partie de l'est de la France dans le giron angevin.
Dès ses quinze ans, René d'Anjou n'hésita pas à prendre les armes. En 1424, il assiégea le château d'Antoine de Vaudémont, comte de Vaudémont, qui lui contestait la Lorraine. La garnison capitula après trente-sept mois de résistance, démontrant la ténacité d'un jeune prince capable d'une patience militaire peu commune. En 1427, Isabelle mit au monde le premier de leurs neuf enfants. René devint duc consort de Lorraine en 1431, à la mort de Charles II de Lorraine, prenant ainsi le titre de René Ier de Lorraine.
La guerre de Cent Ans constituait le cadre dramatique de ces ambitions dynastiques. Depuis la défaite française d'Azincourt en 1415 face au roi d'Angleterre Henri V, et après l'assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur lors de l'entrevue de Montereau-Fault-Yonne en 1419, la France était partagée entre deux camps irréconciliables. Le traité de Troyes de 1420 avait évincé le dauphin de la succession au profit d'Henri V. Après la mort d'Henri V le 31 août 1422, suivie de celle de Charles VI le 21 octobre 1422, Jean de Lancastre, duc de Bedford, assuma la régence d'Angleterre et de France au nom du jeune Henri VI. Mais la résistance s'organisait autour du dauphin, soutenu notamment par la maison d'Anjou.
L'accumulation des titres de René ne se fit pas sans souffrances. En 1431, il fut capturé par le duc de Bourgogne à la suite de la bataille de Bulgnéville et dut payer une rançon considérable pour recouvrer sa liberté. Malgré ces revers, sa trajectoire le conduisit vers des couronnes de plus en plus prestigieuses. Il devint duc de Bar en 1430, puis, à la mort de son frère Louis III en 1434, hérita du titre de duc d'Anjou, de roi de Sicile en titre, et de comte de Provence et de Forcalquier. En 1435, il fut proclamé roi de Naples sous le nom de René Ier de Naples, ajoutant également le titre de roi de Jérusalem en titre à sa collection déjà imposante. En 1466, il porta encore le titre de roi d'Aragon en titre, portant à son paroxysme cette accumulation symbolique de couronnes.
Pourtant, la réalité était souvent cruelle pour ce prince aux multiples titres. Son règne sur Naples, de 1435 à 1442, fut contesté et finalement perdu face à Alphonse V d'Aragon. La Lorraine lui échappa également en 1453. Ces échecs militaires et politiques contrastaient avec ses succès dans d'autres domaines, notamment les arts, la poésie et la chevalerie, dont il était un ardent promoteur. Il fonda l'ordre du Croissant, témoignant d'un goût prononcé pour les rituels chevaleresques.
René d'Anjou mourut le 10 juillet 1480 à Aix-en-Provence, ville qu'il avait transformée en un foyer culturel rayonnant de la cour provençale. Pair de France, il laissait derrière lui une légende dorée de mécénat, de générosité et d'amour des arts qui effaçait dans la mémoire collective les échecs militaires de sa vie tumultueuse. Le "bon roi René" demeure dans l'histoire de la Provence comme un prince idéal, dont la douceur de vivre et l'amour des lettres et de la peinture ont marqué durablement la culture méridionale française.


