Eugene Andrew Cernan naquit le 14 mars 1934 à Chicago, dans l'Illinois, petit-fils d'émigrants tchèques et slovaques établis dans la région avant la Première Guerre mondiale. Élevé dans la banlieue de Maywood, il accomplit ses études secondaires à la Proviso East High School, qu'il acheva en juin 1952, avant d'entamer un cycle universitaire à l'université Purdue dans l'Indiana. Fasciné très jeune par l'aviation, il suivit en parallèle une formation de pilote dans le cadre du programme de formation des officiers de réserve de la Marine de guerre américaine, le ROTC. En juin 1956, il décrocha une maîtrise en ingénierie électrique avec une moyenne de 5,1 sur 6, et entama sa période de service militaire dans l'US Navy.
Sa formation de pilote progressa par étapes. Début 1957, il s'entraîna sur T-34 Mentor, puis sur T-28 Trojan à la Naval Air Station Whiting Field. Une modification de la législation militaire, qui allongea l'engagement nécessaire pour poursuivre la formation pilote, provoqua de nombreuses démissions autour de lui, mais Cernan, rêvant d'avions à réaction, accepta la prolongation. Il poursuivit à la Naval Air Station Memphis sur des T-33 Shooting Star et obtint sa qualification de pilote le 22 novembre 1957. Affecté à Pensacola, il vola sur des F9F Panther, puis choisit de piloter des avions d'attaque au sol à la Marine Corps Air Station Miramar, future base Top Gun. En mars 1959, à bord de l'USS Shangri-La, il pilotait des Douglas A-4 Skyhawk lors de grandes manœuvres dans le Pacifique ouest.
La rencontre décisive avec son destin eut lieu en avril 1959, à bord de ce même porte-avions, quand il assista à la présentation des Mercury Seven, le premier groupe d'astronautes recrutés par la NASA. "Un nouveau rêve s'était formé dans mon crâne rasé", devait-il écrire plus tard. Manquant encore d'expérience comme pilote pour postuler, il poursuivit sa carrière sur l'USS Hancock jusqu'en mars 1961, avant de décider à l'été 1961 de préparer une maîtrise complémentaire, s'inscrivant dans la voie qui le mènerait finalement vers les étoiles.
Il fut recruté dans le corps des astronautes en 1963 par la NASA. Sa première mission spatiale, Gemini 9 en 1966, le projeta dans l'histoire comme l'un des deux astronautes qui effectuèrent la deuxième sortie extravéhiculaire américaine. Cette marche dans l'espace, difficile et physiquement éprouvante, lui permit d'acquérir une expérience précieuse pour les missions futures. Il fut ensuite copilote du module lunaire lors d'Apollo 10, en mai 1969, une mission de répétition générale de l'alunissage : l'engin descendit à seulement 15,6 kilomètres de la surface lunaire sans se poser, permettant de valider toutes les procédures pour la mission suivante.
Le couronnement de la carrière de Cernan vint en décembre 1972, lorsqu'il commanda la mission Apollo 17, dernière mission habitée du programme lunaire américain. Avec le géologue Harrison H. Schmitt, il descendit dans la vallée Taurus-Littrow, un site choisi pour son intérêt scientifique exceptionnel. Les deux hommes effectuèrent trois sorties extravéhiculaires d'une durée totale de vingt-deux heures et quatre minutes, parcourant trente-six kilomètres à bord de leur véhicule lunaire et collectant cent dix kilogrammes de roches lunaires, établissant de nouveaux records dans tous ces domaines.
Ce qui rendit ce moment unique dans l'histoire de l'humanité, ce fut la décision de Cernan de remonter le dernier dans le module lunaire, après que son coéquipier Harrison Schmitt eut réintégré l'engin. En laissant ses empreintes de pas dans la poussière lunaire avant de refermer la trappe derrière lui, Cernan devint le onzième et dernier marcheur lunaire, le dernier être humain à avoir foulé le sol de la Lune. Avant de remonter, il traça dans la régolithe les initiales de sa fille, Teresa Dawn, geste intime au cœur d'un moment historique.
Gene Cernan mourut le 16 janvier 2017 à Houston, au Texas. Depuis son départ de la surface lunaire en décembre 1972, aucun autre être humain n'avait posé le pied sur la Lune, faisant de lui, à jamais, le dernier homme à y avoir marché. Il porta cette distinction avec une conscience aiguë de sa responsabilité historique, s'exprimant régulièrement pour défendre l'exploration spatiale et inviter les nouvelles générations à poursuivre l'aventure humaine au-delà de la Terre. Son empreinte sur le sol lunaire demeure le symbole poignant d'une époque où l'humanité osa regarder les étoiles non comme des rêves inaccessibles, mais comme des destinations.

