Né le 13 janvier 1982 à Rufino, ville de la province de Santa Fe en Argentine, Guillermo Coria a marqué le tennis mondial des années 2000 avec une élégance et une efficacité sur terre battue qui lui valurent le surnom de El Mago, le Magicien. Professionnel de 2000 à 2009, il a inscrit son nom parmi les meilleurs joueurs de sa génération, même si une carrière qui semblait promise aux plus grands honneurs a été entravée par des turbulences extra-sportives et des blessures à répétition.
Ses débuts professionnels en 2000 laissent entrevoir un talent rare. Mais c'est en avril 2001 qu'une ombre s'abat sur sa jeune carrière : lors d'un contrôle antidopage après un match contre Michel Kratochvil au tournoi de Barcelone, Coria est testé positif à la nandrolone. L'ATP lui inflige une suspension de deux ans, finalement réduite à sept mois après prise en compte des circonstances. Coria poursuit en justice la société pharmaceutique fabriquant les comprimés contaminés pour un montant de dix millions de dollars, et en 2007, les deux parties parviennent à un accord dont les termes restent confidentiels. Cet épisode douloureux aurait pu briser définitivement l'Argentin, mais il choisit de se battre et de revenir plus fort.
L'explosion de son talent intervient en 2003, année au cours de laquelle il remporte cinq titres : Hambourg, son premier Masters Series et l'un des tournois les plus prestigieux sur terre battue, Stuttgart, Kitzbühel, Sopot et Bâle, ce dernier sur surface rapide en intérieur, démontrant une polyvalence que l'on ne lui reconnaissait pas toujours. En remportant trois tournois consécutifs à Kitzbühel, Sopot et Bâle, il réalise un exploit inédit depuis deux décennies, que seul Rafael Nadal réussira à reproduire en 2009 à Monte-Carlo, Barcelone et Rome. Coria termine cette saison exceptionnelle au quatrième rang mondial et dispute le Masters de fin d'année.
L'année 2004 représente à la fois le sommet et le grand drame de sa carrière. Classé troisième mondial à l'entame de Roland-Garros, fort des titres de Buenos Aires et Monte-Carlo ainsi que d'un bilan de seize victoires pour une seule défaite sur terre battue, Coria arrive en favori sur la terre ocre parisienne. Il atteint sans surprise la finale et prend un avantage considérable en menant deux sets à rien face à son compatriote Gastón Gaudio. Mais dans le cinquième set, alors qu'il sert pour gagner le match à 6-5, les crampes le tétanisent progressivement. Il manque deux balles de match, se fait débreaker puis breaker, et finit par s'incliner sur le score de 6-8 dans la manche décisive. Cette défaite, l'une des plus dramatiques et des plus commentées de l'histoire du Grand Chelem, restera à jamais l'image emblématique de sa carrière.
Malgré ce revers douloureux, Coria s'affirme en 2004 comme l'un des tout meilleurs joueurs du monde, atteignant la troisième place mondiale et disputant les finales de Monte-Carlo et Hambourg. En 2005, dernière saison où il figure dans le top dix, il atteint à nouveau la finale de Monte-Carlo, mais c'est cette fois Rafael Nadal qui s'impose 6-3, 6-1, 0-6, 7-5, marquant symboliquement le passage de relais entre deux générations sur la terre battue européenne. Il atteint également la finale de Rome cette année-là, confirmant son statut parmi l'élite même si les victoires se font plus rares.
Les années suivantes voient sa santé le trahir. Les blessures s'accumulent, l'obligeant à des absences de plus en plus longues et empêchant toute continuité dans ses performances. Dégringolant progressivement au classement, Coria voit son classement chuter jusqu'au 672e rang mondial, une chute vertigineuse pour celui qui avait tutoyé les sommets quelques années auparavant. À la fin du mois d'avril 2009, il annonce officiellement la fin de sa carrière sportive, mettant un terme à une aventure professionnelle de neuf ans.
Son palmarès comprend neuf titres en simple messieurs, avec pour fleurons le Masters 1000 de Hambourg en 2003 et celui de Monte-Carlo en 2004. Membre fier de l'équipe d'Argentine de Coupe Davis, il a contribué au prestige international du tennis de son pays. Son frère cadet Federico Coria marchera également sur ses traces en atteignant le niveau professionnel, perpétuant la tradition familiale dans ce sport.
El Mago aura illuminé le circuit pendant quelques années trop courtes, offrant au public des séquences de tennis d'une beauté saisissante sur les courts en terre battue. Son talent naturel, associé à une lecture tactique du jeu remarquable, en faisait un joueur capable de battre n'importe quel adversaire les jours où tout fonctionnait. La finale de Roland-Garros 2004 reste son testament sportif, condensé de génie et de tragédie en un seul après-midi de mai parisien.