Née le 13 janvier 1980 à Madrid, María de Villota Comba portait dans son sang la passion de la vitesse et du risque. Fille de l'ancien pilote de course espagnol Emilio de Villota, elle avait grandi dans les paddocks et les odeurs d'essence, rêvant de suivre les traces de son père sur les circuits du monde entier. Sa courte vie, marquée par un accident terrible puis par une mort prématurée le 11 octobre 2013 à Séville, aura néanmoins tracé un sillon indélébile dans l'histoire du sport automobile espagnol.
Le parcours de María de Villota en compétition commence en 2001 avec le Championnat d'Espagne de Formule 3, où elle participe jusqu'en 2005 tout en montant progressivement dans le classement, passant de la vingtième place en 2001 à la dixième en 2002, avant de se stabiliser autour des douzième et treizième positions. En 2005, elle élargit ses horizons en s'engageant dans la Coupe d'Espagne de Formule 3, mais c'est surtout une victoire retentissante aux 24 Heures de Daytona dans la catégorie GT sur Ferrari 360 Modena version Challenge qui attire l'attention sur son talent. Cette performance aux États-Unis lui ouvre de nouvelles perspectives et témoigne de sa capacité à performer sur différents types de circuits et dans différentes disciplines.
En 2009, elle diversifie encore son expérience en participant à la Superleague Formula et à la Formula Palmer Audi, deux séries qui lui permettent d'affiner ses compétences et d'élargir son réseau dans le milieu du sport automobile international. Ces années de polyvalence la préparent à franchir le pas ultime : le monde de la Formule 1.
En août 2011, un premier contact avec la discipline reine du sport automobile se concrétise lorsqu'elle effectue des essais sur une Formule 1, une Renault R29 de 2009 appartenant à l'équipe Lotus Renault GP, au circuit Paul-Ricard dans le sud de la France. Cette expérience constitue un tremplin vers ce qu'elle considère comme le summum de sa carrière. En 2012, l'écurie russe Marussia F1 Team lui confie le rôle de pilote d'essai pour la saison, une opportunité rare pour une femme dans un monde encore largement dominé par les hommes.
Le 3 juillet 2012, lors de ses premiers essais en Angleterre pour Marussia, le destin bascule de manière dramatique. Alors que María de Villota rentre au ralenti vers les stands après une séquence de tests, la voiture accélère soudainement de manière incontrôlable et vient s'encastrer dans un camion de l'écurie en stationnement. L'impact est terrible. Le lendemain, elle subit une lourde intervention chirurgicale pour traiter des blessures graves à la tête et au visage. Les médecins parviennent à stabiliser son état, mais elle perd son œil droit ainsi que les sens du goût et de l'odorat, séquelles directes du choc.
L'enquête menée par le Health and Safety Executive britannique, dont les conclusions sont publiées en juin 2015, établit avec précision les causes techniques de l'accident. Le rapport indique que le dispositif de contrôle du ralenti a empêché la pilote de décélérer normalement, qu'il lui était impossible d'actionner l'embrayage lorsque le volant était braqué au maximum, et que la roue avant gauche s'était bloquée. L'enquête pointe également un défaut d'information sur la procédure permettant d'arrêter correctement la voiture, une lacune dans la formation préalable qui aurait pu changer le cours des événements.
Malgré l'ampleur des séquelles physiques, María de Villota fait preuve d'une résilience remarquable. Elle surmonte le traumatisme et se bat pour retrouver une vie normale, choisissant de transformer son expérience douloureuse en message d'espoir. Elle entreprend d'écrire un livre intitulé La vida es un regalo, expression qui traduit littéralement « La vie est un cadeau », titre qui résume sa philosophie face à l'adversité. C'est précisément pour promouvoir cet ouvrage qu'elle se trouve à Séville le 11 octobre 2013. Cette nuit-là, elle meurt dans son sommeil dans un hôtel de la ville andalouse. Elle n'a que 33 ans.
L'autopsie révèle que sa mort est due à des causes naturelles, résultant des blessures neurologiques contractées lors de l'accident en Formule 1 en juillet 2012. Son corps, fragilisé de l'intérieur bien plus qu'il n'y paraissait, avait fini par succomber aux séquelles invisibles d'un impact qui avait changé sa vie pour toujours. L'émotion est immense en Espagne et dans le monde du sport automobile. Son nom est désormais associé à une fondation, le Legado María de Villota, qui perpétue sa mémoire et son combat pour l'égalité dans le sport.
María de Villota aura incarné avec grâce et courage la volonté de briser les barrières dans un sport où les femmes peinent encore à trouver leur place au plus haut niveau. Son histoire reste un symbole puissant de détermination, de résilience et d'amour de la vie, jusqu'à son dernier souffle.