La péninsule coréenne, occupée par l'empire du Japon depuis 1910, connut à la fin de la Seconde Guerre mondiale un sort qui allait sceller des décennies de division et de souffrance. Après la reddition japonaise en septembre 1945, les États-Unis et l'Union soviétique se partagèrent l'occupation du territoire le long du 38e parallèle : les forces américaines au sud, les forces soviétiques au nord. Cette ligne de démarcation, tracée à la hâte dans les derniers jours de la guerre, allait devenir l'une des frontières les plus chargées de tensions de la guerre froide.
L'échec de la tenue d'élections libres dans toute la péninsule en 1948 scella la division du pays. Au nord, la Corée du Nord mit en place un gouvernement communiste sous la direction de Kim Il-sung, soutenu par Moscou. Au sud, la République de Corée instaura un gouvernement pro-américain sous Syngman Rhee. Le 38e parallèle, qui n'était au départ qu'une ligne d'occupation provisoire, devint une frontière politique entre deux États coréens aux idéologies radicalement opposées. Des escarmouches et des raids interfrontaliers persistèrent dans les mois qui précédèrent le déclenchement du conflit.
Le 25 juin 1950, les forces nord-coréennes franchirent massivement le 38e parallèle et envahirent le Sud. Cette offensive, lancée avec l'approbation de Staline et le soutien matériel soviétique, surprit les défenseurs du Sud par son ampleur et sa brutalité. Mal préparées et sous-équipées face aux deux cent mille soldats nord-coréens bien armés par les Soviétiques, les forces sud-coréennes reculèrent rapidement. À la mi-septembre 1950, elles se retrouvèrent acculées dans le sud-est de la péninsule, dans le périmètre de défense de Pusan, tenant bon de justesse.
La réaction internationale fut rapide, favorisée par une circonstance diplomatique particulière. En 1950, l'Union soviétique boycottait le Conseil de sécurité des Nations unies pour protester contre la non-reconnaissance de la République populaire de Chine, la République de Chine de Taïwan occupant alors le siège permanent chinois. En l'absence du veto soviétique, le Conseil vota une résolution autorisant une intervention militaire en soutien à la Corée du Sud. Les États-Unis fournirent à eux seuls 88 % des 341 000 soldats internationaux qui composèrent les forces de l'ONU, vingt autres pays apportant leur assistance.
Le général Douglas MacArthur, commandant des forces de l'ONU, prépara une contre-offensive audacieuse. Le 15 septembre 1950, il lança un débarquement amphibie à Incheon, port situé non loin de Séoul, surprenant complètement l'ennemi et coupant les lignes d'approvisionnement nord-coréennes. Cette manœuvre brillante changea radicalement le cours de la guerre. Les forces de l'ONU reprirent Séoul et repoussèrent les Nord-Coréens bien au-delà du 38e parallèle, progressant vers le fleuve Yalou, à la frontière avec la Chine.
C'est alors que la République populaire de Chine, qui venait de conquérir Hainan de mars à mai 1950, entra en guerre. Pékin ne pouvait tolérer la présence de forces hostiles à ses frontières. À la veille de Noël 1950, un million sept cent mille volontaires chinois, commandés par le général Peng Dehuai, déferlèrent sur les forces de l'ONU et les forcèrent à se replier derrière le 38e parallèle. En janvier 1951, les communistes reprirent Séoul pour la deuxième fois. La guerre prenait un tour nouveau et menaçait de s'étendre, certains généraux américains évoquant le recours aux armes nucléaires.
MacArthur, qui avait publiquement réclamé l'élargissement du conflit à la Chine, fut relevé de son commandement par le président Truman en avril 1951, au nom du principe de contrôle civil de l'armée. Son successeur, le général Ridgway, stabilisa le front. Au printemps 1951, les troupes onusiennes regagnèrent progressivement du terrain vers le nord, et le front se stabilisa aux alentours du 38e parallèle, revenant peu ou prou aux positions d'avant le début du conflit. La guerre de mouvement laissa place à une guerre de positions rappelant les tranchées de la Première Guerre mondiale.
Les négociations pour un armistice commencèrent à Kaesong en juillet 1951, puis se poursuivirent à Panmunjom. Elles s'éternisèrent pendant deux ans, achoppant notamment sur la question du rapatriement des prisonniers de guerre, de nombreux soldats nord-coréens et chinois refusant de rentrer dans leur pays. La mort de Staline en mars 1953 contribua à débloquer les pourparlers. L'armistice fut finalement signé le 27 juillet 1953, mettant fin aux combats après plus de trois ans de guerre.
Le bilan humain de la guerre de Corée fut effroyable. Côté soviétique, l'URSS fournit une aide matérielle considérable aux armées chinoise et nord-coréenne et envoya des pilotes d'avion, sans engager officiellement des troupes au sol. La Chine profita du contexte pour organiser son expansion régionale, annexant le Tibet le 7 octobre 1950 et menant des campagnes contre les nationalistes de Chiang Kai-shek réfugiés à Taïwan. La péninsule coréenne sortit du conflit dévastée, avec des millions de morts civils et militaires.
La guerre de Corée fut l'un des premiers grands affrontements de la guerre froide, révélant la logique des conflits par procuration dans laquelle les deux superpuissances s'affronteraient indirectement pendant des décennies. L'armistice de 1953 ne signa pas un traité de paix : techniquement, les deux Corées restent encore aujourd'hui en état de guerre. La ligne de démarcation militaire qui sépare les deux pays longe approximativement le 38e parallèle, faisant de la guerre de Corée un conflit sans vainqueur ni résolution définitive, une plaie ouverte dans le flanc de l'Asie du Nord-Est.
On a souvent qualifié la guerre de Corée de conflit oublié, éclipsé dans les mémoires occidentales par la Seconde Guerre mondiale qui venait de s'achever et par la guerre du Vietnam qui allait bientôt commencer. Pourtant, elle constitue un tournant majeur dans l'histoire de la guerre froide et dans la définition du nouvel ordre mondial né en 1945. Elle établit le principe que les grandes puissances pouvaient s'affronter par pays interposés sans déclencher une troisième guerre mondiale, une logique qui allait structurer les conflits des décennies suivantes.
