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Grand incendie de Londres

Incendie majeur en 1666

7 min01/01/2024
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Dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 septembre 1666, un feu prit dans une boulangerie du quartier de Pudding Lane, à Londres. Ce qui aurait pu n'être qu'un incident banal parmi les centaines qui survenaient chaque année dans une ville largement construite en bois devint, en l'espace de quelques heures, la plus grande catastrophe urbaine qu'ait jamais connue l'Angleterre, réduisant en cendres le cœur historique de la capitale et changeant pour toujours son visage.

Pour comprendre l'ampleur du désastre, il faut d'abord saisir ce qu'était Londres en ce milieu du XVIIe siècle. Avec une population estimée à un demi-million d'habitants, c'était de loin la plus grande ville de Grande-Bretagne, un gigantesque organisme urbain qui avait crû de manière désordonnée bien au-delà de ses anciennes murailles romaines. John Evelyn, l'un de ses observateurs les plus lucides, l'avait décrite en 1659 comme « un agrégat anarchique, nordique, de maisons de bois », soulignant les risques d'incendie que représentaient les matériaux de construction et la densité extrême de l'habitat. La Cité proprement dite, avec ses 2,8 kilomètres carrés et ses 80 000 habitants environ, constituait le cœur économique de ce vaste ensemble, concentrant le plus grand marché et le plus grand port d'Angleterre. Les rues y étaient étroites, les maisons à colombages se penchaient les unes vers les autres jusqu'à se toucher presque au niveau des étages supérieurs, et les réserves de matières inflammables — huiles, graisses, bois, paille — abondaient dans les entrepôts et les échoppes.

L'incendie se déclara peu après minuit dans la boulangerie de Thomas Farriner, rue de Pudding Lane. Les flammes, attisées par un fort vent d'est, se propagèrent rapidement vers l'ouest. Le lord-maire Thomas Bloodworth, alerté en pleine nuit, minimisa d'abord la gravité de la situation avec une légèreté qui allait coûter extrêmement cher. Sa décision de ne pas ordonner immédiatement la démolition des maisons voisines pour créer des coupe-feu — la principale technique de lutte contre les incendies à l'époque — laissa au feu le temps de prendre une ampleur incontrôlable. Lorsque des démolitions furent finalement ordonnées dans la nuit, le vent avait déjà emporté les flammes bien au-delà de ce que les équipes de démolition pouvaient anticiper.

Le lundi, l'incendie progressa vers le nord et pénétra dans le cœur de la Cité. Cette journée vit également surgir des rumeurs accusant les Français et les Hollandais — ennemis de l'Angleterre dans la guerre en cours — d'avoir volontairement allumé le feu. Ces rumeurs, entièrement dénuées de fondement, provoquèrent des violences contre les étrangers présents dans la ville, donnant lieu à de véritables lynchages dans certains quartiers. Le climat de peur et de suspicion ajouta au chaos général de l'évacuation.

Le mardi fut la journée la plus dramatique. Les flammes atteignirent et consumèrent la cathédrale Saint-Paul, le plus grand édifice religieux de la ville, dont la flèche s'effondra dans un fracas colossal. L'incendie traversa ensuite la rivière Fleet et menaça directement la cour de Charles II à Whitehall, poussant le roi lui-même à se rendre sur place pour superviser les opérations et, dit-on, participer aux efforts de lutte contre le feu aux côtés de ses sujets. Ce n'est que grâce à deux facteurs conjugués que la progression des flammes fut finalement enrayée : la tombée des forts vents d'est, qui privèrent l'incendie de son principal moteur, et l'utilisation décisive par la garnison de la Tour de Londres de sa poudre à canon pour créer des coupe-feu efficaces empêchant les flammes de se propager vers l'est. L'incendie fut finalement circonscrit dans la nuit du mercredi 5 septembre.

Le bilan matériel était écrasant. Treize mille deux cents maisons avaient brûlé, ainsi que quatre-vingt-sept églises paroissiales, la cathédrale Saint-Paul et la grande majorité des bâtiments publics de la Cité. Les pertes humaines officiellement enregistrées furent curieusement faibles, mais les historiens estiment que ce chiffre ne représente probablement qu'une fraction des victimes réelles, les corps des plus pauvres ayant sans doute disparu dans les décombres sans laisser de traces administratives.

Les conséquences sociales et économiques furent dévastatrices. Des dizaines de milliers de Londoniens se retrouvèrent sans abri, campant dans les champs aux alentours de la ville. Charles II, craignant une révolte des sinistrés, encouragea activement leur déplacement vers d'autres villes. Plusieurs projets urbanistiques ambitieux et novateurs furent immédiatement proposés pour profiter de l'occasion afin de reconstruire Londres selon un plan moderne et rationnel, avec des rues plus larges, des espaces publics dégagés et des matériaux incombustibles. Christopher Wren, John Evelyn et d'autres architectes et urbanistes de l'époque soumirent des projets remarquables. Cependant, des problèmes pratiques — notamment la question de la propriété des terrains et la nécessité d'une reconstruction rapide — entraînèrent l'abandon de ces plans audacieux, et la ville fut reconstruite en suivant largement le tracé des anciennes rues.

La reconstruction permit néanmoins d'importantes améliorations. Christopher Wren fut chargé de reconstruire cinquante et une des quatre-vingt-sept églises détruites, dont la nouvelle cathédrale Saint-Paul, chef-d'œuvre baroque dont la coupole domine encore aujourd'hui la skyline londonienne. La législation sur la construction fut révisée en profondeur, imposant désormais l'utilisation de la brique et de la pierre en lieu et place du bois pour les façades. Un monument commémoratif fut érigé à Pudding Lane, là où tout avait commencé.

Le grand incendie de Londres reste l'un des événements fondateurs de l'histoire urbaine de la capitale britannique, celui qui transforma une ville médiévale en une cité moderne, plus aérée, mieux construite et dotée d'institutions de secours plus efficaces. Il inspira également la création de l'une des premières compagnies d'assurance contre l'incendie, la Fire Office, fondée en 1667, marquant ainsi la naissance d'un secteur économique entier.

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