Le mardi 11 septembre 2001 restera gravé dans la mémoire collective mondiale comme la journée au cours de laquelle le monde changea de visage. En moins de deux heures, entre 8 heures 14 et 10 heures 03, quatre avions de ligne détournés par dix-neuf membres du réseau djihadiste Al-Qaïda frappèrent des cibles symboliques du nord-est des États-Unis, faisant 2 977 morts et 6 291 blessés dans des attentats-suicides qui demeurent les plus meurtriers de l'histoire de l'humanité, et dont les conséquences géopolitiques continuent de se déployer encore deux décennies après les faits.
Pour comprendre les attentats du 11 septembre, il faut remonter à la montée en puissance d'Al-Qaïda, l'organisation fondée par Oussama ben Laden dans les années 1980 pendant le djihad contre l'occupation soviétique en Afghanistan. Au fil des années 1990, Ben Laden avait transformé cette organisation en un réseau djihadiste international visant explicitement les États-Unis, qu'il désignait comme l'ennemi principal de l'islam. Des attentats préliminaires — contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998, contre le navire de guerre USS Cole en 2000 — avaient déjà témoigné de la capacité d'Al-Qaïda à frapper des cibles américaines à grande échelle. L'opération Bojinka, découverte en janvier 1995 aux Philippines, avait par ailleurs révélé des plans précurseurs impliquant la destruction simultanée d'aéronefs de ligne, ce qui aurait dû alerter davantage les services de renseignement sur les intentions du réseau.
Deux jours avant les attentats du 11 septembre, Al-Qaïda avait commandité l'assassinat du commandant Ahmed Chah Massoud, chef de la Résistance afghane anti-talibans et ancien ministre de la Défense, tué le 9 septembre dans un attentat-suicide dissimulé en fausse interview journalistique. L'organisation éliminait ainsi son adversaire principal en Afghanistan avant de lancer son opération phare.
Au matin du 11 septembre, dix-neuf terroristes se répartirent à bord de quatre avions de ligne opérant depuis les aéroports de Boston, Newark et Washington. Deux Boeing 767 furent projetés successivement sur les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan. Le premier appareil frappa la tour nord à 8 heures 46, le second la tour sud à 9 heures 03, une explosion filmée en direct par des dizaines de caméras qui avaient déjà convergé vers les lieux après le premier impact. Un troisième avion, un Boeing 757, s'écrasa sur le Pentagone, siège du département de la Défense, à Arlington en Virginie, à 9 heures 37. Un quatrième appareil, dont la cible — probablement un bâtiment gouvernemental à Washington — reste inconnue, s'écrasa en pleine campagne à Shanksville, en Pennsylvanie, à 10 heures 03, après que des passagers prévenus par téléphone portable des attaques simultanées eurent tenté héroïquement de reprendre le contrôle de l'avion aux terroristes.
Les tours du World Trade Center, dont les sommets culminaient à un peu plus de 415 mètres de hauteur, s'effondrèrent toutes deux dans la matinée : la tour sud à 9 heures 59, la tour nord à 10 heures 28. Ces effondrements, suivis en direct par des centaines de millions de téléspectateurs dans le monde entier, provoquèrent un choc psychologique d'une intensité sans précédent. L'attaque des deux tours causa à elle seule la mort de 2 753 personnes, parmi lesquelles 343 pompiers et 60 policiers intervenus sur place. La chaleur extrême générée par la combustion du kérosène avait fragilisé les structures métalliques portantes des bâtiments jusqu'au point de rupture. Seules 1 647 victimes purent être formellement identifiées entre 2001 et 2021, témoignant de la violence de la destruction.
Le bilan global des quatre attentats s'établit à 2 977 morts, auxquels il faut ajouter les 19 terroristes auteurs des actes. Par son ampleur et par la visibilité mondiale de sa réalisation, l'événement fut qualifié de crime contre l'humanité par Mary Robinson, chargée du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, le 17 octobre 2001. La Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, créée en 2002, établit dans son rapport publié en juillet 2004 la responsabilité pleine et entière d'Al-Qaïda, désigna Oussama ben Laden comme commanditaire et Khalid Cheikh Mohammed comme principal organisateur. Ce dernier reconnut les faits lors d'interrogatoires préliminaires à son procès, ouvert le 11 janvier 2021. Le coût total de la préparation et de l'exécution des attentats pour Al-Qaïda fut estimé entre 400 000 et 500 000 dollars par la commission d'enquête — une somme dérisoire au regard du préjudice économique, humain et géopolitique causé.
La réponse américaine et internationale fut massive et durable. Le gouvernement américain adopta le USA PATRIOT Act, renforçant considérablement les pouvoirs de surveillance des services de renseignement. L'OTAN invoqua pour la première fois l'article 5 de son traité fondateur, considérant l'attaque contre les États-Unis comme une attaque contre l'ensemble de l'Alliance. En octobre 2001, une coalition internationale envahit l'Afghanistan pour renverser le régime taliban qui abritait les dirigeants d'Al-Qaïda. En mars 2003, les États-Unis engagèrent une intervention en Irak, officiellement justifiée par la menace de supposées armes de destruction massive, qui allait déstabiliser durablement le Moyen-Orient. Oussama ben Laden fut finalement localisé et tué lors d'une opération des forces spéciales américaines au Pakistan le 2 mai 2011.
Le 11 septembre 2001 redessina profondément les lignes de fracture géopolitiques mondiales, transforma les pratiques de sécurité dans les aéroports et les lieux publics du monde entier, et donna naissance à un nouveau paradigme sécuritaire qui a profondément marqué les deux premières décennies du XXIe siècle.