Geta, dont le nom complet était Lucius Publius Septimius Antonius Geta, naquit le 27 mai 189, à Milan ou à Rome selon les sources de l'Histoire Auguste, qui se contredisent sur ce point. Fils cadet de l'empereur Septime Sévère et de Julia Domna, il portait en lui un héritage singulier : par son père, né en Tripolitaine, il était d'origine libyco-punique, membre de la gens des Septimii, famille de citoyens romains de longue date ; par sa mère, il descendait d'une dynasty de Rois-Prêtres qui gouvernaient Émèse, l'actuelle Homs en Syrie. Ces origines mêlées d'Afrique du Nord et d'Orient faisaient de lui et de son frère Caracalla des représentants emblématiques de la diversité qui caractérisait l'Empire romain à son apogée.
Son nom lui venait de son grand-père paternel, Publius Septimius Geta, tradition onomastique romaine qui ancrait l'enfant dans une généalogie précise. Dès son plus jeune âge, Geta se distingua de son frère aîné Caracalla non seulement par son caractère, mais aussi par ses centres d'intérêt. Tandis que Caracalla s'enflammait pour les arts militaires, les armées et les exercices guerriers, Geta manifestait une inclination naturelle pour les choses de l'esprit, la réflexion et la culture. Cette différence fondamentale, loin de créer une complémentarité entre les deux frères, fut à l'origine d'une rivalité féroce qui ne se démentit jamais.
Les historiens de l'Antiquité s'accordent à décrire des tempéraments radicalement opposés : Caracalla était réputé irascible, violent et cruel, tandis que Geta passait pour doux, sensible et d'une physionomie plus agréable. Julia Domna, leur mère, avouait préférer son fils cadet, dont elle appréciait le caractère plus mesuré et plus réfléchi. Le Sénat romain partageait cette préférence, voyant en Geta un prince plus respectueux des institutions. Cette faveur accumula sur Geta les rancœurs de son frère aîné, convaincu que tout le monde s'opposait à lui pour favoriser Geta.
En juin 198, alors que Geta n'avait que neuf ans, son père le nomma César, grade impérial qui en faisait officiellement l'héritier subordonné. Le même jour, Caracalla reçut le titre d'Auguste, devenant co-empereur. Ce geste de Septime Sévère visait à garantir la succession impériale et à éviter les guerres civiles qui avaient déchiré Rome avant son propre accession au trône. La montée en puissance simultanée des deux frères, loin d'apaiser leurs tensions, les cristallisa dans un cadre institutionnel officiel.
Un épisode révélateur de la personnalité de Geta survint à propos de Plautien, préfet du prétoire de Septime Sévère et homme considérablement puissant. Collègue de Geta au consulat en 203, Plautien avait vu sa fille mariée à Caracalla sur ordre de l'Empereur. Averti d'un complot de Plautien visant à assassiner Caracalla, Geta n'hésita pas à informer son père et son frère, permettant ainsi de déjouer la conjuration. Plautien fut destitué puis assassiné en 205 sur ordre de Caracalla, avec l'accord de Septime Sévère. Pour récompenser la loyauté de Geta, une statue de bronze fut érigée en son honneur sur le Forum, témoignage public de sa fidélité à la dynastie.
À la fin de 209, Geta fut élevé au rang d'Auguste, devenant ainsi co-empereur au même titre que son frère. Pour la première fois dans l'histoire romaine, trois empereurs régnaient conjointement, situation sans précédent qui témoignait de la volonté de Septime Sévère d'associer ses deux fils au pouvoir. Cette même année, lors de la campagne militaire en Bretagne, Sévère emmena ses deux fils dans l'espoir de les éloigner des influences néfastes de Rome et de les rapprocher dans l'exercice commun du commandement militaire. Geta fut laissé avec sa mère Julia Domna à Eboracum, l'actuelle York, où il administrait la Bretagne inférieure, tandis que Sévère partait avec Caracalla conclure un traité avec les Calédoniens.
La santé de Septime Sévère se détériora rapidement à son retour, et il mourut en 211, emportant avec lui l'espoir d'une réconciliation entre ses fils. Revenus ensemble à Rome pour rendre les derniers hommages à leur père, Caracalla et Geta semblèrent momentanément s'entendre. Leur première décision commune fut de faire la paix définitive avec les Calédoniens et de ramener les frontières au mur d'Hadrien, divisant la Bretagne en deux provinces distinctes.
Mais la cohabitation ne dura guère. Face à leur mésentente persistante, les deux frères envisagèrent un temps de partager l'Empire en deux entités distinctes, projet que Julia Domna s'employa à contrecarrer par tous les moyens. Le 26 décembre 211, Caracalla attira Geta dans les appartements de leur mère sous prétexte d'une réconciliation, puis le fit assassiner dans les bras mêmes de Julia Domna, blessant également cette dernière dans la mêlée. Geta mourut à vingt-deux ans, régnant depuis moins d'un an. Caracalla ordonna immédiatement la damnatio memoriae de son frère, effaçant son nom de toutes les inscriptions et détruisant ses portraits officiels, tentant d'abolir jusqu'au souvenir de son existence.
