Sur les rives de l'Euphrate et du Tigre, dans cette plaine mésopotamienne que les Grecs appelaient la Terre entre les fleuves, s'épanouit pendant près de deux millénaires l'une des civilisations les plus influentes de l'Antiquité. La civilisation babylonienne prit racine dans l'héritage des cultures plus anciennes de Sumer et d'Akkad, dont elle fut la prolongation directe, et s'étendit du début du deuxième millénaire avant notre ère jusqu'aux premières décennies de l'ère commune.
L'ascension de Babylone au rang de puissance régionale s'affirma décisivement au dix-huitième siècle avant notre ère, sous l'impulsion du roi Hammurabi, le plus illustre souverain de la première dynastie babylonienne. Guerrier habile et administrateur visionnaire, Hammurabi unifia le sud mésopotamien sous son autorité et fit de Babylone le centre politique et culturel de la région. Son code de lois, gravé sur une stèle de diorite de près de deux mètres trente, reste l'un des témoignages juridiques les plus anciens et les mieux conservés de l'humanité, illustrant la sophistication d'un État qui avait su codifier ses rapports sociaux avec une précision remarquable.
La grandeur de cette première période babylonienne prit fin de manière abrupte en 1595 avant notre ère, lorsque les Hittites, venus d'Anatolie, s'emparèrent de la ville et mirent fin à la première dynastie. Dans le vide politique qui suivit, une nouvelle dynaste d'origine kassite s'empara du pouvoir et gouverna la Babylonie pendant environ quatre siècles. Cette période kassite, longtemps considérée comme un âge sombre, fut en réalité une ère de stabilité relative qui vit l'affirmation progressive d'une rivalité avec le puissant voisin du nord, l'Assyrie, qui allait structurer toute la politique mésopotamienne des siècles suivants.
Entre 1100 et 800 avant notre ère, la Babylonie traversa une longue période d'instabilité marquée par des invasions, des changements de dynasties et des conflits récurrents avec l'Assyrie. Cette turbulence s'acheva par la pire humiliation de l'histoire babylonienne : à partir de 728 avant notre ère, et pendant plus d'un siècle jusqu'en 626, la Babylonie passa sous la domination directe de l'Empire assyrien. La résistance babylonienne, nourrie par l'orgueil d'une civilisation millénaire, finit par triompher spectaculairement. Une coalition babylonienne et mède détruisit l'Assyrie et permit la fondation de l'Empire néo-babylonien sous le roi Nabopolassar, dont le fils, Nabuchodonosor II, porta la puissance babylonienne à son dernier apogée.
Nabuchodonosor II, qui régna au tournant du septième et du sixième siècle avant notre ère, est resté dans la mémoire collective comme la figure la plus emblématique de Babylone. Sous son règne, la ville fut reconstruite et embellie à une échelle sans précédent. C'est également à ce souverain qu'on doit la déportation des habitants du royaume de Juda à Babylone, événement qui s'inscrivit profondément dans la mémoire biblique et assura à la cité une renommée durable dans la tradition judéo-chrétienne. L'Empire néo-babylonien fut cependant de courte durée : en 539 avant notre ère, le roi perse Cyrus II s'empara de Babylone sans combattre, mettant fin à l'indépendance de la cité pour toujours.
À partir de cette conquête perse, Babylone ne fut plus jamais gouvernée par une dynastie autochtone. Les Perses Achéménides la dominèrent de 539 à 331 avant notre ère, suivis des Grecs Séleucides de 311 à 141, puis des Parthes Arsacides de 141 avant notre ère jusqu'à 224 de notre ère. Malgré ces changements de maîtres successifs, la Babylonie conserva sa prospérité économique et sa vitalité culturelle pendant plusieurs siècles encore, avant que ses traditions millénaires ne s'éteignent progressivement.
La civilisation babylonienne était une civilisation urbaine reposant sur une agriculture irriguée dont la productivité potentielle était considérable. La société était structurée autour de grandes institutions : les temples, qui étaient à la fois des centres religieux, intellectuels et économiques, de grands propriétaires terriens gérant des domaines agricoles et des ateliers artisanaux. À leurs côtés, le pouvoir royal dominait la vie politique et sociale, au moins durant les périodes de stabilité. Une notabilité urbaine dynamique s'affirma également au fil des siècles, gravitant dans l'orbite du palais et des temples et animant une vie économique sophistiquée.
L'héritage intellectuel de Babylone est immense. Les tablettes cunéiformes découvertes sur les différents sites babyloniens, à Babylone même, à Ur, à Uruk, à Nippur, à Sippar, ont révélé une civilisation d'une richesse et d'une complexité insoupçonnées. Les Babyloniens avaient développé des connaissances astronomiques d'une précision remarquable, des mathématiques utilisant un système sexagésimal dont nous héritons encore aujourd'hui avec nos heures de soixante minutes et nos cercles de trois cent soixante degrés, ainsi qu'une littérature qui comptait notamment le poème de Gilgamesh, l'une des plus anciennes œuvres littéraires connues de l'humanité.
La redécouverte de cette civilisation par les savants modernes passa d'abord par la tradition biblique, qui en avait conservé le souvenir dans le mythe de la tour de Babel et dans les récits de la captivité des Hébreux à Babylone. Les auteurs grecs, notamment Hérodote et Ctésias, avaient également transmis des descriptions émerveillées de la ville et de sa grandeur. C'est cependant à partir du dix-neuvième siècle, avec le déchiffrement du cunéiforme et les grandes fouilles archéologiques en Mésopotamie, que la civilisation babylonienne fut réellement restituée à la connaissance humaine, révélant dans toute leur ampleur les fondements d'une civilisation dont l'influence s'était étendue bien au-delà des rives de l'Euphrate.


