civilizacoes perdidas

Arthur John Evans

Archéologue britannique (1851-1941)

4 min01/01/2024
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Arthur John Evans est l'archéologue anglais qui transforma à jamais notre compréhension du monde méditerranéen antique en mettant au jour la civilisation minoenne de Crète, révélant l'existence d'une culture sophistiquée qui précédait de plusieurs siècles la Grèce classique. Né le 8 juillet 1851 à Nash Mills, dans le comté du Hertfordshire au nord de Londres, il baignait dès l'enfance dans un univers intellectuel favorable à l'exploration scientifique : son propre père était un archéologue anglais de renom, préparant le terrain pour la vocation qui allait définir la vie de son fils.

Les premières orientations scientifiques d'Arthur Evans le conduisirent vers des terres éloignées de la Méditerranée. Il s'intéressa d'abord à la Laponie et aux Balkans, régions qui offraient à l'époque un terrain d'investigation vierge pour les archéologues et les ethnographes européens. Ses explorations dans la Bosnie autrichienne lui permirent de croiser la route de la famille serbe de Gavrilo Princip, dont il décrivit les conditions de vie misérables avec une acuité sociale remarquable pour un homme de sa formation. Ces rencontres témoignaient d'une curiosité humaine et sociale qui dépassait le strict cadre de la recherche archéologique.

Ses engagements politiques faillirent mettre fin prématurément à sa carrière sur le terrain. En 1882, les autorités autrichiennes l'expulsèrent des Balkans en raison de ses prises de position anti-turques, exprimées notamment dans des articles publiés dans le Manchester Guardian. Cette mésaventure diplomatique l'orienta vers des horizons différents, et en 1884, il devint directeur de l'Ashmolean Museum d'Oxford, l'un des plus anciens musées universitaires du monde, poste qu'il allait occuper pendant de nombreuses années tout en préparant ses futures expéditions.

C'est en 1900 qu'Evans entama les fouilles qui allaient le rendre immortel dans l'histoire de l'archéologie. Il choisit de concentrer ses efforts sur la Crète, île dont les textes anciens évoquaient une civilisation puissante et raffinée, mais dont l'existence matérielle n'avait jamais pu être prouvée. Heinrich Schliemann, le découvreur de Troie, avait effleuré le site de Cnossos quelques années auparavant, mais Evans entreprit de l'explorer méthodiquement et en profondeur. Les travaux qu'il dirigea mirent au jour l'un des complexes palatials les plus extraordinaires jamais découverts, révélant les vestiges d'une civilisation que les archéologues ne soupçonnaient qu'à travers les mythes grecs.

Le palais de Cnossos se révéla d'une richesse et d'une complexité stupéfiantes. Ses couloirs labyrinthiques, ses salles peintes de fresques colorées, ses systèmes de canalisation d'eau sophistiqués et ses réserves gigantesques témoignaient d'une organisation sociale et technique avancée. Evans comprit rapidement qu'il se trouvait face à une civilisation distincte de la Grèce mycénienne et beaucoup plus ancienne, qu'il baptisa civilisation minoenne en référence au légendaire roi Minos de la mythologie grecque. Il proposa dès 1905 une chronologie tripartite de cette civilisation, distinguant notamment le Minoen récent, lui-même subdivisé en phases I, II et III, système qui, avec des modifications, reste encore utilisé par les archéologues contemporains.

La démarche d'Evans ne se limitait pas à la découverte et à l'analyse : il entreprit une reconstruction partielle du palais de Cnossos, procédant à ce que les archéologues appellent une anastylose, c'est-à-dire une restitution in situ des éléments architecturaux. La salle du trône fut notamment entièrement reconstituée, avec ses peintures murales aux couleurs vives représentant des griffons et des plantes stylisées. Cette initiative, si elle permit de donner une image concrète et spectaculaire du palais au grand public, fit l'objet de critiques ultérieures de la part des archéologues, qui soulignèrent que les reconstitutions reflétaient parfois autant l'esthétique de l'art nouveau du début du XXe siècle que la réalité minoenne. Un autre inconvénient pratique de cette reconstruction fut d'interdire aux générations suivantes d'archéologues l'accès aux couches inférieures du site.

Evans accordait une attention particulière aux objets en terre cuite découverts lors des fouilles, fragments et céramiques entières qui lui permettaient d'établir des chronologies précises et de retracer les évolutions stylistiques de la civilisation minoenne. Parmi ses collaborateurs les plus proches figuraient l'artiste Émile Gilliéron, qui travailla étroitement avec lui dans la production visuelle autour du site de Cnossos, et l'architecte et dessinateur Piet de Jong, qui collabora avec plusieurs archéologues de l'époque.

La reconnaissance officielle de ses travaux vint ponctuer une carrière exceptionnellement longue et féconde. Élu membre de la Royal Society le 6 juin 1901, au lendemain du début de ses fouilles crétoises, il reçut la prestigieuse médaille Copley en 1936, récompense suprême de cette institution scientifique, pour l'ensemble de ses contributions à l'archéologie. Son œuvre maîtresse, The Palace of Minos, reste une référence fondamentale pour tous les spécialistes de la civilisation minoenne. Evans mourut le 11 juillet 1941 à Boars Hill, dans le comté de l'Oxfordshire, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, ayant consacré plus de quatre décennies à l'étude et à la mise en valeur d'une civilisation dont il avait pour ainsi dire révélé l'existence au monde entier.

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