La Gaule, en latin Gallia, désignait dans l'Antiquité une vaste région de l'Europe occidentale dont les contours géographiques fluctuèrent au fil des siècles selon les conquêtes et les recompositions politiques. À l'époque de la conquête romaine, ce territoire était peuplé de différents peuples, les Celtes que les Romains appelaient Gaulois, mais aussi les Belges dans le nord, les Aquitains dans le sud-ouest, les Ligures sur la côte méditerranéenne et les Ibères dans les régions proches des Pyrénées. Cette diversité ethnique et linguistique était bien réelle, même si Jules César, premier à théoriser l'existence d'une entité gauloise homogène, la minimisa dans ses écrits pour donner à sa conquête l'apparence d'une oeuvre cohérente.
Le nom même de Gaule est attesté pour la première fois chez Porcius Caton vers 168 avant notre ère, bien que son emploi soit vraisemblablement bien plus ancien. Les auteurs latins employaient déjà Gallia et Galli, pluriel de Gallus, pour désigner les Celtes installés tant en Gaule qu'en Galatie occidentale. César, dans ses célèbres Commentaires sur la Guerre des Gaules, taille dans la civilisation celtique une unité géographique qui correspond en réalité aux limites de sa propre conquête. Les frontières qu'il décrit, le Rhin à l'est, une partie du Rhône, les Alpes au sud, les Pyrénées au sud-ouest et l'Atlantique à l'ouest, recouvraient approximativement ce qui est aujourd'hui la France, le Luxembourg, la Belgique, la majeure partie de la Suisse, le nord de l'Italie ainsi que des régions des Pays-Bas et d'Allemagne situées sur la rive occidentale du Rhin.
Sur le plan archéologique, les peuples gaulois étaient porteurs des cultures de Hallstatt, partiellement, puis surtout de La Tène, qui s'étendaient à travers toute la Gaule ainsi qu'à l'est, en Rhétie, en Norique, en Pannonie et dans le sud-ouest germanique, du Ve siècle avant notre ère au Ier siècle avant notre ère. Cette culture matérielle commune, caractérisée par un art particulier du métal et une organisation sociale en clans et en tribus, coexistait avec des différences linguistiques notables, notamment en Aquitaine, dont le substrat basque-aquitain la distinguait fondamentalement du reste du monde gaulois.
La chute de la Gaule sous domination romaine se fit progressivement sur plus d'un siècle. La Gaule cisalpine, la plaine du Pô, fut conquise dès 203 avant notre ère, et la Gaule narbonnaise, correspondant au sud de la France actuelle, en 123 avant notre ère. La Gaule connut ensuite l'invasion des Cimbres et des Teutons après 120 avant notre ère, deux peuples germaniques dont la poussée vers le sud fut finalement brisée par les armées du consul Marius en 102 et 103 avant notre ère. César entreprit ensuite la conquête de ce qu'il appelait la Gaule chevelue entre 58 et 51 avant notre ère, une série de campagnes brillantes et brutales qui lui permirent de soumettre l'ensemble des tribus gauloises après la victoire décisive d'Alésia en 52 avant notre ère contre Vercingétorix.
Auguste, premier empereur romain, réorganisa les territoires conquis en quatre provinces : la Gaule belgique, la Gaule aquitaine, la Gaule lyonnaise et la Gaule narbonnaise. Cette division administrative reflétait en partie les différences ethniques originelles que César avait lui-même reconnu, tout en les réinterprétant selon les besoins de l'administration impériale. Le pluriel des Gaules, que l'on retrouve dans l'expression Guerre des Gaules, renvoyait à cette réalité plurielle, tandis que la Gaule au singulier restait, selon César lui-même, une construction politique.
Sous domination romaine, les peuples gaulois perdirent progressivement leurs langues et leurs identités originelles, amalgamés dans une culture gallo-romaine qui adoptait le latin, les institutions romaines, les dieux du panthéon romain tout en conservant certains traits locaux. Cette romanisation fut l'un des phénomènes de transformation culturelle les plus profonds de l'Antiquité occidentale. La Gaule romaine produisit des empereurs, des philosophes et des rhéteurs qui comptèrent parmi les plus grands de leur temps.
La domination romaine se maintint pendant plusieurs siècles avant de céder progressivement aux pressions des peuples germaniques. Le dernier État croupion romain en Gaule, le domaine de Soissons gouverné par Syagrius, tomba aux mains des Francs de Clovis en 486, et c'est cette date qui marque conventionnellement la fin de la Gaule romaine dans la région septentrionale. Mais le terme Gallia demeura longtemps le nom de référence du territoire, jusqu'à ce que le traité de Verdun de 843 vît apparaître pour la première fois la notion de Francie occidentale, qui allait progressivement devenir la France. De nos jours, Gallia reste le nom latin et grec de la France, témoignant de la permanence de cette désignation à travers deux millénaires d'histoire.

