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Philippe le Bon

Duc de Bourgogne dit « Philippe le Bon » et souverain des Pays-Bas bourguignons (1396-1467)

6 min01/01/2024
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Parmi les grands princes de l'Europe médiévale, Philippe III de Bourgogne, dit Philippe le Bon, occupe une place singulière. Né le 31 juillet 1396 à Dijon et mort le 15 juin 1467 à Bruges, dans le comté de Flandre, il régna sur le duché de Bourgogne de 1419 jusqu'à sa mort et porta à son apogée la puissance de l'État bourguignon. Sa propre propagande le proclamait « grand duc d'Occident », et si ce titre était teint d'auto-glorification, il n'en capturait pas moins une réalité : Philippe le Bon était l'un des princes féodaux les plus puissants de son temps, à la tête d'un vaste ensemble territorial à cheval sur le royaume de France et le Saint-Empire romain germanique.

Pour comprendre le destin de Philippe, il faut remonter à la tragédie qui lui ouvrit la voie du pouvoir. Son grand-père, Philippe le Hardi, fondateur de la branche Valois-Bourgogne, avait établi la maison ducale sur des bases solides. Son père, Jean Ier de Bourgogne, dit Jean sans Peur, né en 1371, lui succéda en 1404 et s'engagea dans la guerre civile qui déchirait la France, les Armagnacs et les Bourguignons s'affrontant après l'assassinat de Louis Ier d'Orléans en 1407. La France était alors gouvernée par Charles VI, dont la folie, apparue dans les années 1390, avait ouvert un vide politique que les factions nobiliaires cherchaient à combler.

En 1415, Henri V d'Angleterre avait relancé les prétentions anglaises à la couronne de France et remporté la victoire écrasante d'Azincourt. Quatre ans plus tard, lors d'une rencontre censée réconcilier le dauphin, futur Charles VII, avec Jean sans Peur, des hommes du camp armagnac assassinèrent Jean sans Peur sur le pont de Montereau, en 1419. Pour le jeune Philippe, qui hérita du duché à l'âge de vingt-trois ans, cet assassinat avait une signification politique immédiate : il le relevait de toute obligation de loyauté envers l'héritier présomptif du royaume de France et le poussait naturellement vers une alliance avec les Anglais.

Cette alliance franco-anglaise se concrétisa en 1420 par le traité de Troyes, un accord d'une portée considérable par lequel Henri V d'Angleterre devenait l'héritier présomptif du roi Charles VI, au détriment du dauphin contraint de se réfugier à Bourges. Cette alliance anglo-bourguignonne sembla d'abord triomphante, et les armées combinées anglaises et bourguignonnes dominèrent une grande partie du nord de la France. Mais en 1429, une jeune paysanne lorraine du nom de Jeanne d'Arc fit irruption sur la scène militaire, renversant le rapport de forces et permettant au dauphin d'être sacré roi à Reims sous le nom de Charles VII. Malgré la capture de Jeanne par des troupes bourguignonnes en 1430 et sa livraison aux Anglais qui la conduisirent au bûcher, l'élan était renversé. Charles VII reprenait le dessus.

Philippe le Bon tira les conséquences de cette évolution. En 1435, il signa avec Charles VII le traité d'Arras, qui rétablissait la paix entre Armagnacs et Bourguignons. Ce rapprochement permit au roi de France de concentrer ses forces contre les Anglais et de les chasser du territoire français en 1453, mettant fin à la guerre de Cent Ans. Philippe avait ainsi habilement navigué entre les puissances, passant de l'alliance anglaise à la réconciliation française selon les exigences de la politique.

Parallèlement à ces grandes manoeuvres diplomatiques, Philippe le Bon menait depuis les années 1420 une politique méthodique d'agrandissement territorial dans les Pays-Bas. Aux comtés de Flandre et d'Artois, qu'il tenait de son père, il ajouta les comtés de Namur, de Hainaut, de Hollande et de Zélande, les duchés de Brabant, de Limbourg et de Luxembourg, ainsi que le marquisat d'Anvers. Cet ensemble constituait un bloc territorial considérable qui faisait de lui le seigneur de l'espace géographique correspondant à la Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg actuels, en plus de ses possessions bourguignonnes proprement dites, qui incluaient encore le comté de Charolais, le comté de Nevers et le comté de Bourgogne.

La cour de Bourgogne sous Philippe le Bon fut la plus brillante d'Europe. Mecène généreux et éclairé, Philippe attira à sa cour les plus grands artistes de son temps. Les peintres flamands, dont Jan van Eyck qui travailla pour lui jusqu'à sa mort en 1441, créèrent à cette époque certaines des oeuvres les plus novatrices de l'histoire de l'art occidental, révolutionnant la technique de la peinture à l'huile. Les musiciens de l'école bourguignonne, Guillaume Dufay et Gilles de Bins dit Binchois en tête, développèrent un langage polyphonique qui allait nourrir la musique européenne pendant un siècle.

En 1430, Philippe le Bon fonda l'ordre de chevalerie de la Toison d'Or, l'un des ordres les plus prestigieux de la chrétienté, dont le mythe fondateur était la quête de la toison d'or par Jason et les Argonautes. Cet ordre, qui réunissait l'élite de la noblesse européenne, servait à consolider les alliances politiques du duc et à affirmer son prestige international. Manifestant à plusieurs reprises son désir de partir en croisade contre les Ottomans, notamment après la chute de Constantinople en 1453, Philippe n'en prit pourtant jamais le chemin, ses obligations territoriales l'en empêchant constamment. Son règne de quarante-huit ans s'acheva à Bruges en 1467, léguant à son fils Charles le Téméraire un héritage imposant mais aussi les germes des conflits qui allaient précipiter la ruine de l'État bourguignon.

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