Il y a plus de vingt-cinq siècles, dans un recoin de la Chine féodale déchiré par les guerres entre principautés rivales, naquit un homme dont la pensée allait façonner la civilisation de tout un continent pendant des millénaires. Confucius — dont le nom latinisé fut forgé au seizième siècle par des missionnaires jésuites, probablement Matteo Ricci, à partir du titre honorifique chinois Kongfuzi signifiant « Maître Kong » — vit le jour le 28 septembre 551 avant notre ère à Zou, non loin de la ville de Qufu, dans la principauté de Lu, territoire correspondant à l'actuelle province du Shandong en Chine orientale.
Son nom personnel était Kong Qiu, et son nom social Zhongni. Sa famille, les Kong, était originaire de l'État de Song et possédait une longue tradition militaire : son arrière-grand-père y avait été ministre de la Guerre, et son père Shu Lianghe, gouverneur de la principauté de Zou, s'était lui aussi illustré comme guerrier. Confucius fut le premier de sa lignée à délaisser la voie des armes pour celle de la sagesse. Sa mère, la jeune Zheng Zai, qui n'avait que quinze ans lors de son mariage avec un homme de soixante-cinq ans, lui donna son prénom Qiu (colline) après être allée prier sur le mont du même nom. Son père mourut alors qu'il n'avait que trois ans, laissant la famille dans la pauvreté. Des récits légendaires entourent sa naissance de prodiges : deux dragons posés sur le toit familial, cinq vieillards venus d'étoiles, des chants célestes et des voix prophétisant la venue d'un enfant saint.
L'époque dans laquelle Confucius grandit est connue dans l'historiographie chinoise sous le nom de période des « Printemps et des Automnes », une ère qui s'étendit approximativement de 771 à 481 avant notre ère. C'était une période de désintégration progressive de l'ordre féodal institué par la dynastie Zhou, marquée par des guerres incessantes entre les principautés, la montée en puissance de seigneurs locaux au détriment du pouvoir royal central, et une crise profonde des valeurs et des rites qui structuraient la vie sociale. Face à ce chaos, Confucius consacra sa vie à comprendre et à restaurer les fondements d'un ordre moral et social juste.
Autodidacte passionné, il se forma seul à la lecture des textes anciens, aux rites, à la musique et à l'histoire. Il occupa brièvement des fonctions officielles dans la principauté de Lu, atteignant peut-être un poste équivalent à celui de ministre de la Justice, mais ses idées réformatrices se heurtèrent aux intrigues des aristocrates locaux. À l'âge d'environ cinquante ans, après l'échec de ses tentatives de réforme, il entreprit un long exil volontaire de treize ou quatorze ans, parcourant de nombreuses principautés à la recherche d'un prince assez sage pour mettre ses idées en pratique. Partout il fut reçu avec considération mais nulle part il ne trouva le souverain idéal qu'il cherchait.
L'enseignement de Confucius reposait sur quelques principes fondamentaux qui représentaient une véritable révolution intellectuelle pour son époque. Au cœur de sa pensée se trouvait la notion de ren, généralement traduit par « bienveillance » ou « humanité », qui désigne la qualité morale suprême consistant à traiter autrui avec considération et empathie. Il insistait sur l'importance des rites et des relations sociales hiérarchisées — entre souverain et sujet, père et fils, mari et femme, aîné et cadet, ami et ami — comme fondements d'un ordre social harmonieux. La droiture morale des gouvernants lui semblait la condition indispensable du bon gouvernement : « Que le gouvernant soit gouvernant, le ministre ministre, le père père et le fils fils », enseignait-il.
Contrairement aux philosophes grecs de la même époque qui spéculaient sur la nature du cosmos, Confucius s'intéressait avant tout à l'éthique pratique, à l'art de gouverner et aux relations humaines. Il accordait une importance primordiale à l'éducation, croyant fermement que tout être humain était susceptible de s'améliorer moralement par l'apprentissage et l'effort. Il fut le premier en Chine à ouvrir son enseignement à tous, indépendamment de l'origine sociale, accueillant des disciples de toutes conditions. Ses principaux élèves, connus sous le nom des Douze Philosophes, recueillirent et transmirent ses paroles dans le recueil appelé les Entretiens, ou Lunyu, principal texte de référence du confucianisme.
Rentré à Qufu dans les dernières années de sa vie, Confucius se consacra à la compilation et à l'édition des textes classiques chinois : les Odes, les Documents, les Rites et les Printemps et Automnes, chronique de la principauté de Lu. Il mourut le 11 avril 479 avant notre ère, à l'âge de soixante-douze ans, convaincu d'avoir échoué à réformer son époque. L'histoire lui donna tort sur ce point.
L'influence posthume de Confucius dépassa tout ce qu'il aurait pu imaginer. Sa pensée, codifiée et systématisée par ses disciples et les générations suivantes, devint la doctrine officielle de l'État chinois sous la dynastie Han, environ trois siècles après sa mort, et le demeura avec quelques intermèdes jusqu'au début du vingtième siècle. Le confucianisme imprégna profondément les civilisations du Japon, de la Corée et du Vietnam, façonnant les systèmes éducatifs, les structures familiales, les codes moraux et les modes de gouvernement de toute l'Asie orientale. Son influence sur ces civilisations est souvent comparée à celle qu'exercèrent Jésus et Platon sur l'Occident. Sa lignée familiale, les Kong, possède l'arbre généalogique le plus long du monde, avec une filiation continue documentée sur plus de quatre-vingt générations jusqu'à nos jours.