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Fédération de Rhodésie et du Nyassaland

Expérimentation coloniale (1953-1963)

6 min01/01/2024
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Dans la seconde moitié du vingtième siècle, l'Afrique centrale fut le théâtre d'une expérience politique aussi ambitieuse que contestée : la création de la fédération de Rhodésie et du Nyassaland, également connue sous le nom de fédération d'Afrique centrale. Fondée en 1953, cette entité regroupait trois colonies britanniques — le Nyassaland, la Rhodésie du Nord et la Rhodésie du Sud — dans le cadre d'un projet qui se voulait à la fois économique, politique et racial. Dix ans après sa création, la fédération s'éteignit sur un bilan que ses architectes eux-mêmes reconnaissaient comme un échec, laissant la voie ouverte à des indépendances nationales distinctes.

Les origines de ce projet fédéral remontaient aux années 1920, lorsque la découverte de mines de cuivre en Rhodésie du Nord avait fait naître le désir d'union entre les deux Rhodésies. Les colons blancs du Nord espéraient trouver dans un regroupement avec le Sud une communauté plus nombreuse leur garantissant une meilleure assise politique, tandis que leurs homologues du Sud y voyaient une opportunité d'alléger le poids d'une dette économique considérable. Ces intérêts divergents dans leurs motivations convergèrent néanmoins vers un même objectif : l'union des colonies.

Le gouvernement britannique, qui se posait en gardien des intérêts des populations africaines placées sous son protectorat, s'opposa initialement à ce projet. En 1937, la commission royale Bledisloe fut chargée d'examiner la question de l'association des deux Rhodésies et du Nyassaland voisin. Ses conclusions, rendues en mars 1939, furent sans appel : l'impossibilité de constituer une fédération découlait des différences de statut juridique des colonies et des politiques pratiquées à l'égard des populations africaines. La commission soulignait par ailleurs l'opposition unanime des Africains de Rhodésie du Nord à toute forme d'amalgamation. La Seconde Guerre mondiale interrompit temporairement ces discussions, mais les partisans de la fédération reprirent leur offensive dès le retour de la paix.

La raison d'être officielle de la fédération répondait à plusieurs impératifs de la politique britannique en Afrique australe. Il s'agissait d'abord de faire contrepoids à l'Union d'Afrique du Sud, gouvernée par des nationalistes afrikaners jugés hostiles aux intérêts britanniques. La fédération devait ensuite assainir l'économie des deux Rhodésies, le Nyassaland devant quant à lui servir de réservoir de main-d'œuvre bon marché pour alimenter l'industrialisation régionale. Plus symboliquement, l'association raciale envisagée — un État formellement multiracial — devait démontrer qu'une autre voie que l'apartheid sud-africain était possible en Afrique australe, et servir de modèle à d'autres territoires confrontés à des mouvements nationalistes.

Dès sa conception, le projet suscita des oppositions vives et multiples. En Rhodésie du Sud, une partie des colons blancs estimaient que les deux autres colonies étaient trop fortement peuplées d'Africains pour qu'une telle union soit viable. En Rhodésie du Nord, les colons blancs manifestaient une ambivalence mêlée de réticence. Mais c'est l'opposition des populations africaines qui fut la plus fondamentale et la plus constante. Pour elles, la fédération ne constituait qu'un instrument supplémentaire permettant aux minorités blanches de consolider et d'étendre leur domination. Les déséquilibres démographiques étaient criants : on comptait un Blanc pour 42 Noirs en Rhodésie du Nord, un Blanc pour 13 Noirs en Rhodésie du Sud, et un Blanc pour 598 Noirs au Nyassaland. Les Africains craignaient en outre que les droits relatifs dont ils bénéficiaient en Rhodésie du Nord et au Nyassaland — et qui dépassaient ce que connaissaient leurs frères du Sud — soient rognés sous l'influence de Rhodésie du Sud. La gestion des affaires africaines ne serait plus assurée par le Colonial Office londonien, soucieux de maintenir certaines garanties, mais déléguée aux colons eux-mêmes.

Les partisans les plus enthousiastes de la fédération furent paradoxalement les Blancs de Rhodésie du Nord, qui redoutaient que le Colonial Office ne leur impose une autonomie sur le modèle de ce qui s'accomplissait alors au Ghana. Les Rhodésiens du Sud y voyaient le moyen de redresser leurs finances déficitaires et de maintenir une fiscalité relativement légère. Mais même parmi les partisans de la fédération, les concessions accordées aux populations africaines dans le cadre du projet étaient perçues avec hostilité.

La fédération vécut dix années d'existence marquées par des tensions croissantes et une résistance africaine qui ne cessa de s'intensifier. Le mouvement nationaliste au Nyassaland, conduit notamment par Hastings Banda, et en Rhodésie du Nord, fut au cœur de cette contestation. L'envoi d'une commission royale chargée d'examiner la situation — la commission Monckton — aboutit en 1960 à des recommandations qui reconnaissaient implicitement l'échec du projet. La dissolution de la fédération fut proclamée le 31 décembre 1963. En 1964, le Nyassaland et la Rhodésie du Nord accédèrent à l'indépendance sous les noms respectifs de Malawi et de Zambie. La Rhodésie du Sud, refusant de suivre le même chemin sous une direction africaine, proclama unilatéralement son indépendance en 1965, ouvrant une crise internationale qui ne se réglerait qu'avec l'avènement du Zimbabwe en 1980.

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