La monnaie est l'un des liens les plus concrets qui unissent les peuples et les économies. Lorsque l'euro fut introduit sous sa forme scripturale le 1er janvier 1999, puis mis en circulation physique le 1er janvier 2002 à minuit, ce n'était pas seulement un changement monétaire technique qui s'accomplissait : c'était l'aboutissement de décennies de réflexion sur la construction d'une Europe intégrée et d'un vaste projet politique visant à lier les destins économiques de nations longtemps divisées par des guerres et des rivalités.
L'euro succéda à l'ECU, l'unité de compte européenne mise en service en 1979, qui avait elle-même préparé le terrain en habituant les acteurs économiques à penser en termes de valeur commune européenne. Le passage à une monnaie unique réelle représentait néanmoins un saut qualitatif considérable, impliquant l'abandon de symboles nationaux forts — le franc français, le mark allemand, la lire italienne, entre autres — et la délégation de la politique monétaire à une institution supranationale.
Cette institution est la Banque centrale européenne, établie le 1er juin 1998 et dont le siège se trouve à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne. La BCE bénéficie du monopole d'émission de l'euro et constitue l'unique instance ayant le pouvoir de définir la politique monétaire pour l'ensemble de la zone euro. Elle agit au sein de l'Eurosystème, composé des banques centrales nationales des États membres, qui participent à l'impression, la frappe et la distribution des billets et des pièces, ainsi qu'au bon fonctionnement des systèmes de paiement. Cette architecture décentralisée mais coordonnée vise à concilier l'unité de la politique monétaire avec la diversité des réalités économiques nationales.
Le fondement juridique de l'adoption de l'euro repose sur le traité de Maastricht, signé en 1992. Ce texte fondateur oblige la plupart des États membres de l'Union européenne à adopter la monnaie unique dès lors qu'ils respectent les critères dits de convergence, portant sur la stabilité des prix, les finances publiques, les taux d'intérêt et la stabilité des taux de change. Le Royaume-Uni et le Danemark ont toutefois négocié des options de retrait, se préservant ainsi la possibilité de conserver leur monnaie nationale. La Suède, qui rejoignit l'Union en 1995, choisit de ne pas adopter l'euro après un référendum négatif en 2003 et contourne l'obligation en ne respectant pas délibérément l'un des critères de convergence. Tous les États ayant adhéré à l'Union depuis 1993 se sont en revanche engagés à adopter l'euro en temps voulu.
Actuellement, vingt-et-un États membres de l'Union européenne forment la zone euro. Mais l'usage de la monnaie unique s'étend bien au-delà de ses frontières officielles. Quatre micro-États — Andorre, Monaco, Saint-Marin et le Vatican — sont officiellement autorisés à utiliser l'euro et même à frapper leurs propres pièces. Trois pays et territoires d'outre-mer français, Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy et les Terres australes et antarctiques françaises, ainsi qu'un territoire d'outre-mer britannique, les bases Akrotiri et Dhekelia situées à Chypre, utilisent également l'euro officiellement. Le Monténégro et le Kosovo l'ont pour leur part adopté de facto, sans accord formel avec l'Union européenne. De nombreux pays africains et d'autres territoires ont par ailleurs leur monnaie nationale liée à l'euro en raison d'un amarrage historique au franc français, à l'escudo portugais ou au mark allemand.
Les pièces en euro présentent une caractéristique distinctive qui reflète l'équilibre entre unité européenne et identités nationales : elles comportent une face commune à tous les pays, dont les motifs varient selon la valeur faciale — l'Europe dans le monde pour les petites coupures, l'Europe comme alliance d'États pour les coupures intermédiaires, et l'Europe sans frontières pour les pièces d'un et deux euros — et une face spécifique à chaque État émetteur, qui peut représenter des figures nationales, des monuments ou des symboles propres à sa culture.
L'euro s'est imposé rapidement comme l'une des grandes devises mondiales. Il occupe la deuxième place mondiale pour le montant des transactions, derrière le dollar américain et devant le yuan chinois. Depuis octobre 2006, il détient la première place pour la quantité de billets en circulation dans le monde. Au 1er janvier 2025, pas moins de 29 847 176 813 billets en euro circulaient, représentant une valeur totale de plus de 1 566 milliards d'euros, auxquels s'ajoutaient 151 125 276 728 pièces de monnaie pour une valeur de 34 milliards d'euros supplémentaires. L'ensemble de la masse fiduciaire en euros dépassait ainsi 1 601 milliards d'euros, faisant de la monnaie européenne la première au monde en termes d'espèces circulantes, surpassant même le billet vert américain dans cette catégorie particulière.
Depuis son introduction, l'euro a traversé de nombreuses turbulences : la crise financière mondiale de 2008, la crise de la dette souveraine qui menaça l'intégrité de la zone euro entre 2010 et 2012, puis les crises successives de la décennie suivante. À chaque fois, la monnaie unique a résisté, contraignant les États membres à approfondir leur coordination économique et budgétaire et démontrant que, malgré ses imperfections institutionnelles, le projet de monnaie commune restait politiquement indéfectible pour la majorité de ses membres.
