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Edward Gibbon

Historien et homme politique anglais

7 min01/01/2024
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Le 8 mai 1737, dans le village de Putney, sur les bords de la Tamise à proximité de Londres, naissait Edward Gibbon, celui qui allait devenir l'un des plus grands historiens de langue anglaise et l'auteur d'une œuvre monumentale qui continue de fasciner les lecteurs et les spécialistes plus de deux siècles après sa publication. Sa mort survint le 16 janvier 1794 à Londres, après une vie consacrée à l'érudition et à la compréhension du passé.

L'enfance de Gibbon fut marquée par la fragilité et la solitude. Dernier survivant d'une fratrie de sept enfants, ses cinq frères et sa sœur étant tous morts en bas âge, il se désignait lui-même comme un « enfant faiblard » dans ses mémoires. La mort de sa mère alors qu'il n'avait que dix ans le laissa sous la tutelle de sa « tante Kitty », avant que son père ne l'inscrive à la Kingston Grammar School. Le malheur familial et la maladie tissèrent autour du jeune Edward une atmosphère de mélancolie studieuse qui le poussa très tôt vers les livres.

À quatorze ans, son père l'envoya au Magdalen College d'Oxford où il s'inscrivit comme « gentleman commoner ». L'expérience fut décevante. L'atmosphère académique d'Oxford ne convenait guère à son esprit curieux et rigoureux, et il y trouva surtout des professeurs indolents et un enseignement superficiel. C'est dans ce contexte de désillusion intellectuelle qu'il se convertit au catholicisme romain le 8 juin 1753, geste remarquable et audacieux pour l'époque, qui lui valut d'être retiré de l'université par son père scandalisé.

Son père l'envoya alors à Lausanne, chez un pasteur calviniste nommé Daniel Pavillard, qui logea non loin de la cathédrale. Ce séjour de cinq ans en Suisse allait se révéler transformateur. Gibbon se reconvertit rapidement au protestantisme, mais surtout il y trouva quelque chose d'infiniment plus précieux : la discipline intellectuelle et l'amour de l'érudition. Il apprit le français et le grec, perfectionna son latin et se plongea dans les écrits des historiens anciens et modernes, anglais, français, suisses et italiens. Lausanne fut, dans tous les sens du terme, son véritable lieu de formation.

C'est également à Lausanne que Gibbon rencontra l'amour de sa vie en la personne de Suzanne Curchod, fille d'un pasteur local, qui allait plus tard devenir l'épouse de Necker et la mère de la célèbre Madame de Staël. La relation fut sincère et passionnée, mais le père de Gibbon s'y opposa fermement. Le jeune homme obéit à contre-cœur, laissant derrière lui une formule devenue célèbre dans ses mémoires : « J'ai soupiré comme un amant, j'ai obéi comme un fils. »

De retour en Angleterre, Gibbon publia son premier livre en 1761, un Essai sur l'étude de la littérature, avant de passer les années 1759 à 1763 dans la milice du Hampshire. Il entreprit ensuite le grand tour de l'Europe qui était alors le passage obligé de tout gentleman cultivé. C'est lors de ce voyage, lors d'une soirée d'octobre à Rome, qu'il connut la révélation qui allait orienter toute sa vie intellectuelle. Assis en méditation sur le Capitole, tandis que des pèlerins aux pieds nus chantaient leurs litanies dans ce qui avait été le temple de Jupiter, lui vint l'idée d'écrire sur la décadence et la chute de l'Empire romain. Il s'agissait d'une de ces intuitions fulgurantes qui n'appartiennent qu'aux grands esprits.

Durant ce même voyage, Gibbon séjourna une deuxième fois à Lausanne, entre le 25 mai 1763 et le 18 avril 1764, logeant à la pension Crousaz de Mézéry dans la rue du Bourg, et devenant membre du Cercle de la rue du Bourg. Il y étudia minutieusement la géographie et la topographie de la Rome antique à travers les ouvrages de Nardini et de Cluver, préparant méthodiquement le projet qui allait occuper une grande partie de sa vie.

La mort de son père en 1772 lui laissa des moyens suffisants pour s'installer confortablement à Londres. Il commença à écrire son histoire en 1773, et le premier volume de l'Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain parut en 1776, année elle-même symboliquement chargée de signification politique. L'accueil fut immédiat et triomphal. L'ouvrage, qui combinait une érudition colossale avec un style littéraire remarquable et une ironie subtile caractéristique de son auteur, bouleversa la compréhension qu'avaient les lecteurs de l'Antiquité tardive.

L'œuvre se déploie sur six volumes au total, couvrant une période allant du IIe siècle après Jésus-Christ jusqu'à la chute de Constantinople en 1453. Gibbon y explore avec une intelligence pénétrante les multiples causes de l'effondrement d'un empire que l'on avait longtemps cru éternel : les guerres civiles, les invasions barbares, les difficultés économiques, mais aussi, dans une analyse qui fit scandale, le rôle qu'il attribuait au christianisme dans l'affaiblissement de l'esprit civique romain. Cette thèse lui valut de vives controverses, notamment de la part du clergé anglican.

Des difficultés financières engendrées par un style de vie fastueux poussèrent Gibbon, en 1783, à accepter l'invitation de son ami de jeunesse Georges Deyverdun et à s'installer pour la troisième fois à Lausanne, où il demeura jusqu'en 1793. Deyverdun l'accueillit à la Grotte, une grande maison qui lui offrit le cadre idéal pour achever son œuvre monumentale. C'est dans cette ville qui lui avait tant donné qu'il compléta les derniers volumes de son histoire.

Gibbon mourut à Londres le 16 janvier 1794, laissant derrière lui une œuvre qui a fondamentalement renouvelé la manière d'écrire l'histoire. Son influence sur les historiens ultérieurs, d'Auguste Thierry à Winston Churchill qui le lut assidûment, est considérable. La profondeur de son analyse, la richesse de sa documentation, la brillance de son style, souvent comparé aux grands prosateurs français et latins, font de lui une figure unique dans la tradition intellectuelle britannique.

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