Le 21 octobre 1675, naissait au Japon Asahito, cinquième fils de l'empereur Reigen, celui qui allait devenir le cent treizième empereur du Japon selon l'ordre de succession traditionnel, sous le nom de règne d'Higashiyama. Son règne, qui dura du 6 mai 1687 au 27 juillet 1709, coïncida avec l'une des périodes les plus florissantes de la culture japonaise, l'ère Genroku, avant qu'il ne s'éteigne le 16 janvier 1710, à l'âge de trente-quatre ans.
L'accession au trône d'Asahito résulta de l'abdication volontaire de son père Reigen, survenue le 2 mai 1687, selon le calendrier traditionnel correspondant au 21e jour du 3e mois de l'an Jōkyō 4. Cette pratique de l'abdication au profit du successeur désigné était ancienne dans la tradition impériale japonaise et permettait d'assurer une transition ordonnée du pouvoir. Ainsi, à l'âge d'environ douze ans, le jeune Asahito devint l'empereur Higashiyama, avec son père comme souverain retiré exerçant une influence tutélaire.
Le règne d'Higashiyama se déroula essentiellement pendant l'ère Genroku, une période qui donna son nom à un âge d'or de la culture japonaise sous le shogunat Tokugawa. C'était une époque de paix relative, de prospérité bourgeoise et d'effervescence artistique, marquée par l'essor du kabuki, du théâtre de marionnettes bunraku, de la poésie haïku portée à ses sommets par Matsuo Bashō, et des arts graphiques avec les estampes ukiyo-e.
Parmi les événements marquants survenus sous son règne, la construction du temple de Confucius à Edo en 1689, l'an Genroku 2, représente un jalon important dans l'histoire intellectuelle du Japon de l'époque. Ce temple, connu sous le nom de Yushima Seidō ou Shōheikō, était dédié à l'enseignement des classiques confucéens qui formaient le fondement de l'éducation des élites japonaises sous les Tokugawa. Le lettré Hayashi Razan, né en 1583 et mort en 1657, fut associé à cet établissement, illustrant l'importance du confucianisme dans la vie intellectuelle de l'époque.
En l'an Genroku 4, soit 1691, fut édifié à Edo le temple Zeï do, ajout à la liste des lieux de culte et d'étude qui jalonnaient la capitale shogunale. L'année 1692, Genroku 5, fut marquée par la présence au Japon du voyageur et naturaliste Engelbert Kaempfer, médecin allemand au service de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Ses observations sur le Japon, publiées après son retour en Europe, constituent l'une des sources les plus précieuses sur la société japonaise de la fin du XVIIe siècle.
L'an Genroku 6, soit 1693, vit la construction du pont Shin Ohashi-bashi à Edo, une infrastructure importante pour cette ville en pleine expansion démographique et commerciale. Ce pont venait compléter le réseau de franchissements de la rivière Sumida, dont le pont de Ryōgoku, alors simplement appelé Ohashi, constituait le point de passage principal. La multiplication des ponts à Edo témoigne du dynamisme urbain de la capitale shogunale sous les Tokugawa.
En 1695, l'an Genroku 8, un grand incendie ravagea Edo au 8e jour de la 2e lune, soit le 22 mars. Les incendies étaient des catastrophes récurrentes dans cette ville aux constructions majoritairement en bois, et chaque sinistre majeur était suivi d'une reconstruction partielle qui contribuait à remodeler le tissu urbain. La même année, une décision monétaire fut prise : on plaça sur le revers des pièces de cuivre le caractère 元, prononcé « ghen » en japonais et « yuan » en chinois, signifiant « rond, arrondi ».
L'an Genroku 9, soit 1696, vit la construction du pont Eitai-bashi sur la rivière Sumida à Edo, nouveau franchissement qui facilitait les échanges entre les différents quartiers de cette cité en constante expansion. Le pont actuel, datant de 1924, a remplacé l'ouvrage d'origine construit sous le règne d'Higashiyama, mais il perpétue la mémoire d'une infrastructure dont les origines remontent à l'ère Genroku.
La vie privée de l'empereur Higashiyama fut marquée par ses unions et sa descendance. Son impératrice principale, Yukiko, prit après sa mort le nom religieux de Shōshū. Il eut également pour compagne Kushige Yoshiko, qui devint Shin-syuken, et Reizei Tsuneko, qui choisit la voie bouddhiste. Parmi ses fils, le cinquième, Yasuhito, lui succéda sur le trône sous le nom d'empereur Nakamikado. Son sixième fils, Kan'in-no-miya Naohito, fonda une branche dynastique importante : il fut le père de Kan'in-no-miya Sukehito et le grand-père de l'empereur Kokaku, contribuant ainsi à la continuité de la lignée impériale.
Higashiyama s'éteignit le 16 janvier 1710, après avoir régné pendant plus de vingt ans sur un Japon en pleine transformation culturelle. Son règne, coïncidant avec l'apogée de l'ère Genroku, restera associé à cette période exceptionnelle où les arts, la littérature et la culture populaire japonaise atteignirent des sommets qui continuent d'influencer l'identité culturelle du Japon jusqu'à nos jours.