L'année 1285 s'inscrit dans la trame de l'histoire médiévale comme une période charnière, où les grandes puissances en expansion se heurtèrent aux limites de leurs ambitions, tandis que des acteurs plus modestes imposaient leur marque sur l'échiquier eurasiatique. Des rives de la Méditerranée aux steppes d'Asie en passant par les forêts d'Éthiopie et les côtes de l'Indochine, cette année commune qui débuta un lundi fut marquée par des événements d'une portée considérable.
En Terre Sainte et dans les États croisés, la puissance montante des Mamelouks d'Égypte continuait de ronger les derniers bastions francs du Levant. Le 17 avril 1285, le sultan mamelouk Qala'ûn entreprit le siège de Marqab, la formidable forteresse tenue par les chevaliers Hospitaliers dans l'arrière-pays syrien. Pendant cinq semaines, ses armées encerclèrent et pilonnèrent cette citadelle qui passait pour imprenable. Le 25 mai, la forteresse tomba, mais Qala'ûn fit preuve d'une clémence remarquable pour l'époque : les défenseurs furent autorisés à partir sains et saufs en direction de Tripoli. Cette prise signifiait la disparition d'un des grands bastions croisés de la Syrie intérieure.
En Afrique, deux mutations politiques majeures se produisirent en 1285. En Éthiopie, la mort de Yekouno Amlak le 19 juin ouvrit une nouvelle période dynastique, avec l'avènement de Yagbéa-Syon, qui régna jusqu'en 1294. Dans le même temps, plus à l'ouest, l'Empire du Mali était secoué par une usurpation remarquable : un esclave affranchi du nom de Sakoura prit le pouvoir par la force. Plutôt que de sombrer dans l'anarchie, cet homme d'origine servile se révéla un dirigeant d'exception. Il rétablit l'ordre dans l'empire, étendit ses conquêtes en pays Toucouleur et Songhaï, sur le Macina et le Tekrour, et gouverna jusqu'en 1300. Sa trajectoire illustre l'une des particularités du monde médiéval africain, où la valeur militaire et administrative pouvait transcender les barrières sociales d'origine. En Éthiopie méridionale, le sultanat d'Ifat étendit lui aussi son emprise en annexant le sultanat de Makhzumi dans la partie orientale du Choa.
En Asie, les ambitions de Kubilai Khan continuèrent de se heurter à des résistances inattendues. La seconde expédition mongole dirigée par le fils de Kubilai, Toghon, contre le royaume de Champâ, fut lancée par le golfe du Tonkin. Cette campagne ambitieuse se solda par un échec cinglant devant Hanoï, et les troupes mongoles dispersées durent se replier en Chine. Pire encore pour les Mongols, une armée de secours commandée par Sogatu, qui tentait de prendre les défenseurs à revers, fut écrasée par les forces du royaume d'Annam. Ces revers illustraient les limites de la puissance mongole dans les régions tropicales et montagneuses d'Asie du Sud-Est, où les conditions climatiques et géographiques annulaient les avantages de la cavalerie mongole. Cette même année, un raid mongol sur les rives de l'Indus rappelait la pression constante que les armées de Kubilai exerçaient sur les marges de leur empire. Muhammad Shâh, fils aîné et favori du sultan de Delhi Balbân, qui s'était porté à la rencontre de cette incursion mongole pendant qu'il réduisait une rébellion des Sumras du Sind, remporta la victoire mais perdit la vie dans les combats, privant le sultanat de Delhi d'un héritier prometteur.
En Europe, 1285 fut également une année riche en retournements. En Pologne, le synode de Łęczyca du 6 janvier fut l'occasion d'une décision linguistique et culturelle d'importance : l'archevêque de Gniezno, Jakub Świnka, répondit à la progression de la langue allemande dans les villes polonaises en rendant le polonais obligatoire, tant dans les prêches religieux que dans les enseignements des écoles paroissiales. Cette mesure visait à préserver l'identité culturelle polonaise face à la colonisation allemande qui menaçait d'absorber les élites urbaines du royaume.
Le 7 janvier marqua le début du règne de Charles II d'Anjou, dit le Boiteux, né en 1254, comme roi de Naples et comte de Provence. Le problème était qu'à cette date, ce prince se trouvait prisonnier à Barcelone depuis 1284, retenu par les Aragonais à la suite des événements tumultueux des Vêpres siciliennes. À sa libération en 1288, il tenta de reconquérir la Sicile mais dut finalement reconnaître l'indépendance de l'île. Le Parlement d'Angleterre, de son côté, promulgua le second statut de Westminster, important texte législatif qui précisait et encadrait les droits féodaux. En France, le roi Philippe III se lança dans une campagne en Aragon, le pape ayant déposé Pierre III d'Aragon et donné son royaume au fils du roi de France, Charles de Valois. Cette croisade contre un souverain chrétien se solda par un désastre : l'armée française fut repoussée et le roi de France trouva la mort au cours de cette expédition.
En mars, Barcelone fut secouée par une révolte menée par Berenguer Oller, un dirigeant populaire qui prit la tête d'une insurrection contre le Conseil municipal et l'autorité royale. Dans le chaos de ce soulèvement, les Juifs du quartier de la « call del Castellnou », la juderia proche de la cathédrale de Barcelone, furent massacrés, victime des tensions sociales exacerbées par la crise politique. Cette tragédie s'inscrit dans la longue série de violences antisémites qui jalonnèrent le Moyen Âge européen. Par ailleurs, le 2 avril commença le pontificat d'Honorius IV, qui allait durer jusqu'en 1288, et le 5 mai, la ville de Niort reçut du roi de France les privilèges d'un port franc, récompense politique qui illustre les enjeux économiques des faveurs royales dans la France médiévale.
