Né des cendres de la Seconde Guerre mondiale dans un monde épuisé par des décennies de conflits, le Conseil de sécurité des Nations unies représente l'une des créations institutionnelles les plus ambitieuses du XXe siècle. Conçu comme l'organe exécutif de l'Organisation des Nations unies, il est investi par la Charte des Nations unies de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Pour remplir cette mission, il dispose de pouvoirs considérables, notamment la capacité d'imposer des sanctions internationales, d'autoriser des interventions militaires et d'émettre des résolutions ayant force contraignante pour l'ensemble des États membres de l'ONU.
La première session du Conseil de sécurité se tient le 17 janvier 1946 dans le bâtiment Church House, à Londres. Depuis lors, le Conseil siège au siège permanent de l'ONU à New York, après avoir tenu des séances dans différentes capitales, dont Paris et Addis-Abeba. Ses membres doivent y être représentés en permanence, une exigence qui constitue une innovation majeure par rapport à la défunte Société des Nations, dont la charte n'imposait pas une telle disponibilité immédiate. Cela permet au Conseil d'être convoqué à tout moment en cas de crise internationale grave.
Dès l'origine, le Conseil est composé de cinq membres permanents : les États-Unis, l'Union soviétique, le Royaume-Uni, la France et la République de Chine. Ce choix s'explique par leur statut de principaux vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale et par le fait qu'ils représentaient collectivement, en tenant compte de leurs empires coloniaux respectifs, une large majorité de la population mondiale. Ces cinq membres, désignés dans le jargon onusien sous l'acronyme P5, bénéficient d'un droit de veto sur toutes les décisions substantielles du Conseil, une prérogative qui constitue à la fois le fondement et la principale limite de son efficacité.
La Charte prévoyait initialement six membres non permanents, élus pour une durée de deux ans. Un amendement adopté le 17 décembre 1963 porte ce nombre à dix, renouvelés par moitié chaque année. Ce même amendement fixe la répartition géographique de ces sièges élus entre les différentes régions du monde, afin d'assurer une représentativité minimale de la communauté internationale. Le jargon onusien distingue également les P3, c'est-à-dire les trois membres permanents occidentaux : les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.
La composition permanente du Conseil a connu une modification majeure en 1971. L'Assemblée générale des Nations unies, avec une majorité de pays du tiers monde, vote l'éviction des représentants de la République de Chine, c'est-à-dire Taïwan, au profit de ceux de la République populaire de Chine. Par la résolution 2758, le gouvernement de Pékin prend la place de Taipei au Conseil de sécurité et dans toutes les autres instances onusiennes. Ce transfert de représentation reflète la réalité géopolitique née de la guerre civile chinoise, au terme de laquelle l'ancien gouvernement nationaliste s'était replié sur l'île de Taïwan, ne contrôlant plus le territoire continental.
Un second changement intervient à la suite de la dissolution de l'Union soviétique. Le 24 décembre 1991, le président Boris Eltsine informe par lettre le secrétaire général de l'ONU que la Fédération de Russie succède à l'Union soviétique comme membre permanent du Conseil de sécurité. Cette décision est entérinée par le Conseil en janvier 1992, sans modification formelle de la Charte, en vertu d'une continuité juridique de l'État reconnue par la communauté internationale.
L'article 24 de la Charte définit la mission fondamentale du Conseil : assurer l'action rapide et efficace de l'Organisation dans le domaine du maintien de la paix. Les chapitres VI et VII de la Charte précisent les modalités d'action, distinguant le règlement pacifique des différends de la réponse aux menaces contre la paix, aux ruptures de la paix et aux actes d'agression. C'est sur le fondement du chapitre VII que le Conseil peut autoriser l'usage de la force et imposer des sanctions.
Au fil des décennies, le Conseil de sécurité a été à la fois l'instrument de décisions historiques et le théâtre de paralysies regrettables, souvent causées par l'utilisation ou la menace d'utilisation du droit de veto par l'un ou l'autre des membres permanents. Cette réalité a alimenté un débat permanent sur la réforme de sa composition et de son fonctionnement, notamment pour mieux refléter les équilibres géopolitiques du XXIe siècle. Malgré ces critiques, il demeure le seul organe international disposant d'une légitimité universellement reconnue pour autoriser l'usage de la force militaire au nom de la communauté internationale.
