biografias

Colette de Corbie

Religieuse catholique, réformatrice des l’ordre des Clarisses

6 min01/01/2024
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Le 13 janvier 1381, dans la ville de Corbie en Picardie, une petite fille naquit à des parents âgés qui avaient longtemps prié saint Nicolas de leur accorder un enfant. Sa mère, Marguerite Moyon, avait soixante ans lorsqu'elle la mit au monde, selon la tradition hagiographique. Au baptême, la fillette reçut le prénom de Nicolette, en hommage au saint dont l'intercession avait été invoquée. Mais c'est sous le diminutif de Colette qu'elle passerait à la postérité, et c'est sous ce nom qu'elle deviendrait l'une des figures spirituelles les plus marquantes de la fin du Moyen Âge français.

Ses parents, Robert Boellet et Marguerite Moyon, étaient des gens modestes mais profondément pieux. Robert était maître menuisier de l'abbaye de Corbie, et leur vie était marquée par une dévotion sincère et une charité active. C'est dans cette atmosphère de foi intense que la jeune Colette reçut son éducation, baignée notamment dans la méditation sur la Passion du Christ, que sa mère lui enseignait avec ferveur. Très tôt, dès l'âge de quatre ans selon les récits de ses biographes, la fillette manifesta une vie intérieure exceptionnelle, s'adonnant à la prière, au jeûne et aux mortifications. Elle privait même ses nuits de repos en glissant des morceaux de bois sous son matelas.

Pour comprendre l'importance de son œuvre future, il faut saisir le contexte dans lequel elle s'inscrivait. Au XIIIe siècle, Claire d'Assise avait fondé l'ordre des Pauvres Dames, un ordre féminin inspiré par François d'Assise, avec pour idéal une pauvreté absolue, individuelle et collective. Mais la réalité de la vie monastique avait conduit à des compromis : le pape Innocent IV avait approuvé, peu avant la mort de Claire en 1253, une règle autorisant la possession de quelques biens communs pour assurer la survie des communautés. L'ordre franciscain avait connu une évolution similaire, divisé entre les partisans stricts de la règle de mendicité et les conventuels plus pragmatiques. Ces derniers avaient finalement prévalu, avec l'appui du pape Grégoire IX et les réformes de saint Bonaventure.

Le contexte politique et religieux du temps de Colette était lui aussi particulièrement troublé. Le Grand Schisme d'Occident, qui déchirait l'Église depuis 1378, opposait un pape à Rome à un pape à Avignon, et cette division avait profondément ébranlé l'autorité ecclésiastique. En France, les décennies de guerre de Cent Ans, auxquelles s'ajoutaient les conflits entre Armagnacs et Bourguignons, avaient semé la désolation. Les épidémies de peste noire, qui avaient frappé l'Europe depuis 1347 et continuaient de réapparaître par vagues successives, achevaient de peindre un tableau sombre dans lequel la réforme spirituelle apparaissait comme une nécessité urgente.

C'est dans ce monde en crise que Colette entreprit sa mission. Après la mort de ses parents, elle chercha d'abord sa voie au sein des Bénédictines, puis des Béguines, avant d'embrasser la vie de recluse dans une cellule attenante à l'église Saint-Étienne de Corbie. Ce mode de vie ascétique, dans lequel elle s'enferma symboliquement, lui apporta des expériences mystiques intenses et la conviction d'être appelée à réformer l'ordre des Clarisses dans un sens de retour à la règle primitive de Claire d'Assise.

Elle obtint en 1406 l'appui de l'antipape Benoît XIII, qui lui conféra les pouvoirs nécessaires pour accomplir cette réforme. Armée de cette autorisation, elle commença à fonder et réformer des couvents en France, en Flandre, en Savoie et dans d'autres régions d'Europe. Son entreprise ne fut pas sans résistances : les communautés habituées à des règles moins austères n'accueillaient pas toujours avec enthousiasme le retour à une pauvreté plus stricte. Mais Colette fit preuve d'une ténacité et d'une douceur qui lui permirent de surmonter ces obstacles. Elle étendit également son action de réforme à certains couvents masculins de l'ordre franciscain.

Les contemporains lui attribuèrent de nombreux miracles et grâces extraordinaires, des guérisons, des visions, une proximité tangible avec le monde surnaturel. Sa sainteté fut reconnue officiellement par l'Église : elle fut béatifiée, et canonisée en 1807 par le pape Pie VII. Liturgiquement, sa fête est célébrée le 6 mars, date de sa mort.

Colette de Corbie s'éteignit le 6 mars 1447 à Gand, en Flandre, à l'âge de soixante-six ans. Elle laissait derrière elle un réseau de couvents réformés, des communautés renouvelées dans leur ferveur, et un exemple spirituel qui continuerait d'inspirer les Clarisses colettines, branche de l'ordre qui porte encore aujourd'hui son nom. Femme de son temps et en même temps femme hors du commun, elle incarne cette capacité de résistance spirituelle et de réforme qui caractérise les grandes figures mystiques médiévales.

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