L'année 1969 entre dans l'histoire avec une intensité qui n'appartient qu'à elle. Elle commence un mercredi, comme une promesse de travail et d'action, et tient toutes ses promesses — pour le meilleur et parfois pour le pire. Elle voit les hommes quitter la Terre pour la première fois, elle voit les opprimés se dresser contre leurs oppresseurs, elle voit les nations tenter de mettre des mots sur la violence et le droit. C'est une année de ruptures et de fondations, une charnière entre la décennie tumultueuse des années 1960 et ce que sera le monde à venir.
Le 4 janvier 1969, la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale entre en vigueur. Ce texte fondamental, adopté par l'Assemblée générale des Nations unies lors d'une décennie marquée par les luttes pour les droits civiques aux États-Unis et la décolonisation en Afrique, traduit en droit international la condamnation du racisme sous toutes ses formes. Sa mise en vigueur au seuil de cette année symbolique n'est pas sans signification.
Sur le continent africain, 1969 est marquée par la violence et l'instabilité. Le 3 février, Eduardo Mondlane, fondateur du Front de libération du Mozambique (Frelimo), est assassiné, victime d'un colis piégé. Sa mort n'arrête pas la lutte pour l'indépendance ; elle l'intensifie au contraire. En Namibie, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte le 20 mars la résolution 264, exigeant que l'Afrique du Sud retire son administration d'un territoire qu'elle occupe illégalement depuis la fin de la Première Guerre mondiale. La résolution est renouvelée en août, mais Pretoria l'ignore, et la SWAPO poursuit sa lutte armée. En Guinée, Sékou Touré dénonce le 22 mars un complot militaire et fait exécuter ou emprisonner plusieurs dizaines de personnes après des aveux obtenus sous la torture.
Le 10 avril, une tentative de coup d'État en République centrafricaine, menée par le lieutenant-colonel Alexandre Banza, échoue. Banza est exécuté deux jours plus tard. En Haute-Volta, la première grève estudiantine contre la junte militaire au pouvoir se déroule du 17 au 21 avril ; elle est réprimée dans la violence, mais les étudiants ne désarment pas, occupant l'ambassade du Mali en France en juillet puis en décembre. Au Sénégal, le président Léopold Sédar Senghor soumet en mai un projet de réforme constitutionnelle à l'Union progressiste sénégalaise, réforme qui entrera en vigueur l'année suivante.
Le 28 juin 1969, à New York, les émeutes de Stonewall éclatent dans le quartier de Greenwich Village. Ce soir-là, des clients du bar Stonewall Inn, un établissement fréquenté par la communauté homosexuelle, se rebellent contre une descente de police comme il en avait eu des centaines avant elle. Pour la première fois, ils résistent. Les jours suivants, les manifestations se multiplient dans le quartier. Ces événements, spontanés et improvisés, sont reconnus aujourd'hui comme l'acte fondateur du mouvement moderne pour les droits des LGBT, le point de départ d'une révolution culturelle et politique qui transformera les sociétés occidentales dans les décennies suivantes.
Le 16 juillet 1969, la fusée Saturn V s'arrache de la terre de Floride dans un grondement de tonnerre, emportant vers la Lune les astronautes Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins à bord d'Apollo 11. Le monde entier retient son souffle. Le 21 juillet, à 3 h 56 UTC — le 20 juillet selon le calendrier américain —, Neil Armstrong pose le pied sur la surface lunaire, prononçant la phrase qui résonnera dans toutes les langues : un petit pas pour un homme, un bond de géant pour l'humanité. Buzz Aldrin le rejoint peu après. Michael Collins, lui, reste en orbite autour de la Lune dans le module de commande. L'humanité vient d'accomplir ce que beaucoup croyaient encore impossible quelques années plus tôt.
Le 25 juillet, depuis l'île de Guam, le président Richard Nixon énonce ce qui sera connu comme la Doctrine Nixon : les États-Unis honorent leurs engagements d'alliance, mais ils n'assumeront plus le fardeau principal des conflits armés en Asie. C'est le début de la « vietnamisation » de la guerre du Viêt Nam, le transfert progressif de la responsabilité militaire aux forces vietnamiennes du Sud. Cette annonce marque un tournant dans la politique étrangère américaine, reconnaissant implicitement les limites de la puissance militaire des États-Unis.
Le 17 novembre 1969, à Helsinki, s'ouvrent les pourparlers SALT entre les États-Unis et l'Union soviétique. Ces négociations stratégiques sur la limitation des armements nucléaires, premières du genre entre les deux superpuissances de la Guerre froide, s'étireront jusqu'au 26 mai 1972, date de la signature des accords. À ces bouleversements politiques s'ajoutent des transformations profondes au sein de l'Église catholique, avec la mise en œuvre de la réforme liturgique décidée à la suite du concile Vatican II tenu de 1962 à 1965. L'année 1969, avec toute sa densité d'événements, pose des jalons dont l'influence se fait encore sentir des décennies plus tard.



