civilizacoes perdidas

Catherine de Sienne

Tertiaire dominicaine, docteur de l’Église, mystique et théologienne italienne, sainte catholique

7 min01/01/2024
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Catherine de Sienne naquit le 25 mars 1347 à Sienne, en Toscane, sous le nom de Caterina Benincasa. Elle était la vingt-quatrième enfant d'un teinturier prospère, Giacomo Benincasa, et de son épouse Lapa di Puccio di Piagenti. Son enfance se déroula dans une période de profondes convulsions pour l'Europe médiévale : la Peste noire avait ravagé le continent quelques années plus tôt, les guerres entre cités italiennes se multipliaient, et l'autorité de la papauté, alors installée à Avignon depuis 1309, était contestée de toutes parts.

Dès son plus jeune âge, Catherine manifesta une spiritualité intense et une volonté farouche de se consacrer entièrement à Dieu. Contre la volonté de ses parents, qui cherchaient à la marier, elle refusa obstinément toute union terrestre et finit par les convaincre de la laisser suivre sa vocation. Elle rejoignit les sœurs de la Pénitence de saint Dominique, une congrégation de tertiaires dominicaines, et y prononça ses vœux. Sa vie intérieure se signala très tôt par des phénomènes mystiques remarquables : extases prolongées, apparitions, et ce que ses contemporains décrivirent comme les stigmates de la Passion du Christ.

Le contexte politique et religieux dans lequel elle s'inscrivit était celui d'une Italie fragmentée entre des cités rivales, des mercenaires sans foi ni loi et des jeux d'alliance complexes. Le XIVe siècle vit les rois et les princes rejeter de plus en plus ouvertement la bulle papale Unam Sanctam, dans laquelle le pape avait proclamé la suprématie de l'Église sur les États temporels. La papauté avignonaise, perçue comme trop proche des intérêts français, avait perdu une grande partie de son autorité morale en Italie.

C'est dans ce contexte que Catherine de Sienne devint progressivement une figure d'influence qui dépassait largement les murs de son couvent. Elle accompagna l'aumônier des dominicains en mission auprès du pape à Avignon, en qualité d'ambassadrice de Florence, alors en guerre contre la papauté. Sa réputation de sainteté et la force de sa parole lui ouvrirent des portes qu'aucune femme n'avait franchies avant elle. L'influence qu'elle exerça sur le pape Grégoire XI est considérée par les historiens comme un facteur déterminant dans la décision du pontife de quitter Avignon pour rentrer à Rome en 1377, mettant ainsi fin à presque soixante-dix ans d'exil de la papauté en Provence.

Grégoire XI la chargea ensuite d'une mission de paix auprès de Florence. Elle s'acquitta de cette tâche avec la même détermination tenace qui caractérisait toutes ses entreprises. Après la mort du pape en 1378 et la conclusion de la paix avec Florence, elle retourna à Sienne, où elle consacra ses forces à la rédaction de ses pensées spirituelles. C'est dans cet état d'épuisement mystique qu'elle dicta, lors d'extases, les conversations qu'elle affirmait avoir eues avec Dieu. Ces dictées constituèrent son œuvre principale, connue sous le titre Il Dialogo, ou Le Dialogue de la Divine Providence.

Le Grand Schisme d'Occident, qui éclata en 1378 avec l'élection simultanée de deux papes rivaux, Urbain VI à Rome et Clément VII à Avignon, représenta l'épreuve la plus douloureuse de sa vie. Convaincue de la légitimité d'Urbain VI, elle se rendit à Rome pour soutenir sa cause et envoya des lettres enflammées aux princes et aux cardinaux du monde entier, les exhortant à l'obéissance au pape romain et à défendre ce qu'elle appelait le « vaisseau de l'Église ». Ces lettres, dont on a conservé plusieurs centaines, témoignent d'une intelligence politique et d'une vigueur rhétorique exceptionnelles pour une femme de son époque.

Épuisée par ses pénitences extrêmes, ses jeûnes prolongés et ses efforts incessants en faveur de l'unité de l'Église, elle mourut le 29 avril 1380 à Rome, à l'âge de trente-trois ans seulement. Urbain VI lui-même célébra ses obsèques, et elle fut inhumée dans la basilique Santa Maria sopra Minerva à Rome. La dévotion populaire autour de sa dépouille se développa rapidement après sa mort.

Sa canonisation fut prononcée en 1461 par le pape Pie II. Elle fut déclarée sainte patronne de Rome en 1866, puis protectrice officielle de l'Italie en 1939, avec saint François d'Assise, par un motu proprio du pape Pie XII du 18 juin de la même année. En 1970, Paul VI lui décerna le titre de docteur de l'Église, faisant d'elle, avec Thérèse d'Avila, l'une des deux premières femmes à recevoir cette distinction dans toute l'histoire du catholicisme. En 1999, Jean-Paul II la proclama sainte patronne de l'Europe.

Son rayonnement s'étend aujourd'hui bien au-delà des frontières du monde catholique. Elle est considérée comme la sainte protectrice des journalistes et des métiers de la communication, en raison de son œuvre épistolaire considérable au service de la papauté. Par son action concrète sur les destinées politiques de l'Église et par la profondeur de ses écrits théologiques, Catherine de Sienne demeure l'une des personnalités les plus marquantes du catholicisme médiéval.

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