civilizacoes perdidas

Inca Garcilaso de la Vega

Chroniqueur amérindien de langue espagnole

4 min01/01/2024
Anúncio

Né le 12 avril 1539 à Cuzco, au cœur de l'ancienne capitale de l'Empire inca, Gómez Suárez de Figueroa grandit dans un monde doublement hérité. Son père, Sebastián Garcilaso de la Vega y Vargas, était un noble conquistador espagnol ayant participé à la conquête du Pérou. Sa mère, Isabel Chimpu Ocllo, était une princesse inca, petite-fille de l'Inca Huayna Capac et fille du roi Topa Hualpa. Cette double appartenance — ibérique et andine — allait façonner toute l'existence et l'œuvre de celui que la postérité connaîtrait sous le nom d'Inca Garcilaso de la Vega.

Son enfance s'écoula dans la ville de Cuzco, où se mêlaient les héritages d'un empire millénaire et la réalité brutale d'une colonie naissante. Il grandit entouré de deux cultures, deux langues, deux visions du monde qui coexistaient dans une tension permanente. De sa mère et de ses proches maternels, il apprit le quechua et les traditions orales des Incas. De son père et de l'entourage espagnol, il acquit la langue castillane, la religion catholique et les lettres classiques européennes.

À la mort de son père en 1560, Gómez Suárez de Figueroa prit la décision de quitter définitivement le Pérou pour s'installer en Espagne. Il avait alors vingt et un ans. Ce départ marqua une rupture irréversible avec le monde de son enfance, mais il n'effaça jamais en lui le souvenir des récits que lui avaient transmis ses ancêtres maternels sur la grandeur de l'Empire inca.

Installé en Andalousie, il entreprit de construire une nouvelle identité en adoptant le nom de son père, Garcilaso de la Vega, auquel il ajouta le titre d'Inca pour revendiquer fièrement ses origines maternelles. Ce geste symbolique traduisait une conviction profonde : loin de rejeter l'une ou l'autre de ses appartenances, il entendait les assumer toutes deux et en faire la matière première d'une œuvre littéraire et historique inédite.

Sa première publication majeure fut une traduction des Dialoghi d'amore de Léon l'Hébreu, philosophe néoplatonicien né vers 1460 et mort vers 1521. Cette traduction, parue en 1590, fut rapidement mise à l'Index librorum prohibitorum par le Saint-Siège en raison de ses aspects cabalistiques et théosophiques, ses rééditions étant par la suite interdites. Cet épisode illustre la complexité des environnements intellectuels dans lesquels évoluait Inca Garcilaso, à la croisée des traditions lettrées européennes et des censures religieuses de son époque.

En 1605, il publia La Florida del Inca, une histoire de la conquête de la Floride par Hernando de Soto. Pour rédiger cet ouvrage, Garcilaso recueillit les témoignages de participants à l'expédition qu'il avait croisés au Pérou et en Andalousie. Ce travail de collecte de mémoires orales allait constituer l'une des sources majeures utilisées par les historiens pour reconstituer le déroulement de cette expédition dramatique, qui s'était soldée par la mort de Soto lui-même en 1542.

Son chef-d'œuvre, les Comentarios Reales de los Incas, fut publié en deux parties distinctes. La première partie parut en 1609 et présentait l'histoire de ses ancêtres maternels, les souverains incas, depuis les origines légendaires de la civilisation andine jusqu'à la veille de la conquête espagnole. La seconde partie, publiée à titre posthume, traitait de la conquête du Pérou par les Espagnols. Dans la rédaction de cet ouvrage monumental, Garcilaso s'appuya notamment sur des extraits de l'Histoire des Incas du père Blas Valera, jésuite métis lui aussi, dont les manuscrits étaient partiellement perdus.

Ce qui distingue les Comentarios Reales de tous les autres récits de la conquête est précisément la position unique de leur auteur. Contrairement aux chroniqueurs espagnols qui observaient le monde andin de l'extérieur, Inca Garcilaso en connaissait la langue, les traditions, les structures politiques et les croyances religieuses de l'intérieur. Il offrit ainsi une vision moins européanocentrée, plus nuancée et plus respectueuse de la civilisation inca que ses contemporains. Son œuvre constitue à ce titre un témoignage unique sur l'organisation sociale, politique et spirituelle d'un empire qui venait d'être anéanti.

Inca Garcilaso de la Vega mourut le 23 avril 1616 à Cordoue, en Espagne. Il est universellement reconnu comme le premier grand écrivain péruvien et comme le premier Latino-Américain à avoir écrit sur l'Amérique depuis l'Europe. Son œuvre fut traduite en français dès 1633, sous le titre Le Commentaire Royal, ou l'Histoire des Yncas, Roys du Peru, dans une traduction de J. Baudoin publiée à Paris chez A. Courbé.

Son héritage dépasse largement les frontières de la littérature coloniale. En réconciliant deux héritages que le choc de la conquête avait violemment opposés, il inventa une façon inédite de raconter l'histoire de l'Amérique — non pas depuis les palais de Madrid ou de Lima, mais depuis la mémoire vivante d'un monde englouti. Les éditions modernes de ses Commentaires royaux, notamment celle des Éditions La Découverte en 2000 et la réédition aux Belles Lettres en 2024, témoignent de la vitalité durable de cette œuvre fondatrice, qui continue d'alimenter la réflexion sur les identités métisses et la mémoire coloniale.

Anúncio
Anúncio

Lisez celle-ci et plus de 800 autres histoires dans l’app World in Stories — gratuit

Histoires en vidéo, shorts, mystères et « c’est arrivé un jour comme aujourd’hui ». Téléchargement gratuit, sans carte.

Télécharger l’app — gratuit

iPhone, iPad & Android • PT, EN, ES, DE, FR

Related Stories