L'Académie royale d'histoire d'Espagne, connue sous son nom officiel de Real Academia de la Historia, est l'une des institutions savantes les plus anciennes et les plus prestigieuses de la péninsule ibérique. Son rôle, défini par ses statuts fondateurs, consiste à étudier l'histoire sous toutes ses formes — antique et moderne, politique, civile, ecclésiastique, militaire, scientifique, littéraire et artistique — en se consacrant plus particulièrement aux diverses branches de la vie, de la civilisation et de la culture du peuple espagnol.
Les origines de l'institution remontent aux années 1730, dans le contexte intellectuel de la première moitié du XVIIIe siècle, qui vit en Espagne, comme dans le reste de l'Europe, une effervescence croissante pour les disciplines historiques et érudites. C'est à partir de 1735 que des débats réguliers autour de questions d'histoire commencèrent à être organisés au domicile de Julián Hermosilla, haut magistrat du royaume. Ces réunions informelles réunissaient des lettrés, des juristes et des érudits désireux d'échanger leurs vues sur l'histoire espagnole et de promouvoir une démarche rigoureuse fondée sur les sources primaires.
Ces cercles de discussion se déplacèrent ensuite dans les salons de la toute nouvelle Bibliothèque royale, institution fondée par Philippe V pour doter la monarchie espagnole d'un instrument de rayonnement culturel comparable à ceux des grandes cours européennes. Encouragés par ce cadre institutionnel, les participants sollicitèrent la protection officielle du roi. Philippe V répondit favorablement à cette démarche en instituant formellement l'Académie par un décret royal daté du 18 avril 1738, puis en en fixant les statuts par sa cédule royale du 17 juin de la même année.
Durant le règne de Charles III, grand promoteur des Lumières espagnoles, l'Académie connut de nouvelles évolutions importantes. En 1785, ce monarque réformateur ordonna le transfert de l'institution vers la Casa de la Panadería — la « maison de la boulangerie » —, bâtiment imposant situé sur la Plaza Mayor de Madrid, où la bibliothèque de l'Académie avait déjà été installée dix ans auparavant. Ce déménagement permettait de regrouper les collections et les activités savantes dans un cadre plus adapté.
Une étape majeure fut franchie en 1836, sous le gouvernement libéral de Juan Álvarez Mendizábal, dont la politique de désamortissement ecclésiastique allait profondément transformer le paysage patrimonial espagnol. Ce gouvernement fit remettre à l'Académie un grand nombre de codex, de manuscrits et de livres provenant des établissements religieux dissous, enrichissant considérablement ses collections. Il lui attribua également un ensemble immobilier situé rue du Lion à Madrid, dont les anciens propriétaires étaient les Hiéronymites de l'Escurial.
Le bâtiment actuel du 21, rue du Lion, à l'angle de la rue des Jardins, est l'œuvre de Juan de Villanueva, l'architecte qui avait également conçu le musée du Prado voisin. Ce choix architectural témoigne de l'ambition de l'époque : confier les grandes institutions culturelles espagnoles à un même maître d'œuvre, garant d'une cohérence esthétique et d'une dignité symbolique à la hauteur de leurs missions.
L'Académie fait partie de l'Institut d'Espagne depuis la création de celui-ci le 1er janvier 1938. Cette intégration dans un organe fédérateur regroupant les différentes académies royales espagnoles renforça son rôle de référence nationale dans le domaine des sciences humaines. Aujourd'hui, elle est composée de trente-six membres titulaires, auxquels s'ajoutent des académiciens correspondants répartis dans toutes les provinces d'Espagne et dans le reste du monde, dont le nombre s'élève actuellement à trois cent soixante-dix.
Depuis le 12 décembre 2014, la direction de l'Académie est assurée par Carmen Iglesias, historienne reconnue dont les travaux ont contribué à renouveler l'histoire intellectuelle et politique de l'Espagne moderne. Sous sa direction, l'institution a poursuivi ses efforts de numérisation de ses collections et d'ouverture au grand public, affirmant son rôle central dans la conservation et la diffusion du patrimoine historique espagnol à l'échelle nationale et internationale.


