Charlotte Augusta de Galles voit le jour le 7 janvier 1796, au Carlton House de Londres, résidence officielle de son père, le prince de Galles. Sa naissance est le fruit d'une union qui ne fut jamais une histoire d'amour. Ses parents, le futur George IV et Caroline de Brunswick, se sont mariés en 1795 dans des circonstances qui résument à elles seules l'absurdité des alliances politiques d'une époque : un prince criblé de dettes cherchant à obtenir une augmentation de sa dotation en contrepartie d'un mariage convenable, et une princesse germanique présentée comme une piètre alternative à une autre cousine, Louise de Mecklembourg-Strelitz.
L'histoire de ce mariage débute par une scène qui dit tout de l'état d'esprit du futur roi. Lorsque le diplomate James Harris, comte de Malmesbury, est dépêché pour escorter Caroline depuis le Brunswick jusqu'en Angleterre, il découvre une femme dont la mise et le comportement le consternent. Il consacre les quatre mois du voyage à tenter de corriger ses attitudes. La rencontre des fiancés au palais Saint James tourne à la catastrophe : le prince de Galles, à la vue de sa future épouse, s'exclame qu'il ne se sent pas bien et réclame un verre de cognac. Caroline, de son côté, trouve son futur mari fort gras et ne ressemblant en rien à son portrait. La cérémonie du mariage, le 8 avril 1795, voit le prince arriver en état d'ivresse avancée.
Neuf mois après une nuit de noces dont les deux protagonistes garderont des souvenirs très différents, Charlotte naît. George est déçu que l'enfant ne soit pas un garçon, mais le vieux roi George III, malgré ses accès de folie, accueille cette première petite-fille avec une tendresse particulière. Le couple royal, qui a fait chambre à part peu après la naissance, voit Caroline quitter finalement le pays, laissant Charlotte élevée sous la tutelle de gouvernantes et de serviteurs. Son père ne lui accorde que de brèves rencontres avec sa mère, décision qui marquera profondément la jeune princesse.
L'éducation de Charlotte est assurée par des gouvernantes qui lui inculquent les rudiments d'une formation royale, mais son caractère, vif et indépendant, s'épanouit en dehors des sentiers convenus. Héritière présomptive du trône britannique, elle représente l'avenir de la monarchie des Hanovre à une époque où l'Europe est bouleversée par les guerres napoléoniennes. Sa position, unique enfant légitime du prince régent, lui confère une importance politique considérable.
La question de son mariage est donc d'une importance dynastique capitale. Son père envisage dans un premier temps de la fiancer à Guillaume, prince des Pays-Bas et futur Guillaume II. Mais le prince de Galles se ravise. Charlotte elle-même montre peu d'enthousiasme pour ce prétendant. C'est finalement le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld qui est choisi. Ce jeune prince allemand, habile, cultivé et ambitieux, fait forte impression sur Charlotte. Leur mariage, célébré en 1816, semble être l'une de ces rares unions royales où un sentiment authentique accompagne les calculs dynastiques.
Léopold, qui deviendra plus tard le premier roi des Belges sous le nom de Léopold Ier, forme avec Charlotte un couple qui suscite une réelle sympathie dans le public britannique. La jeune princesse, vive et charismatique, était perçue comme une figure prometteuse pour une monarchie que les frasques de son père avaient considérablement discréditée. L'espoir d'une ère nouvelle était palpable.
Cet espoir fut cruellement brisé. Le 6 novembre 1817, après un accouchement difficile à Claremont House, Charlotte donne naissance à un fils mort-né. Elle décède elle-même quelques heures plus tard, à vingt et un ans à peine. La nouvelle se répand dans tout le pays et provoque un deuil national sincère et profond. Des pamphlets, des poèmes et des oraisons funèbres célèbrent une princesse que le peuple britannique avait appris à aimer.
Les conséquences dynastiques de cette mort sont considérables. Charlotte était la seule enfant légitime du prince régent, et sa disparition signifiait qu'aucun des autres fils de George III n'avait de descendance légitime susceptible de succéder au trône. Une véritable course au mariage s'engagea alors parmi les princes royaux. C'est ainsi que le duc de Kent, quatrième fils de George III et jusqu'alors célibataire, se marie rapidement et devient le père de la future reine Victoria, qui montera sur le trône en 1837 et régnera pendant soixante-trois ans.
La courte vie de Charlotte de Galles est donc, par un de ces paradoxes de l'histoire, indirectement à l'origine du plus long règne de la monarchie britannique avant celui d'Elizabeth II. Sa mort prématurée a redessiné la carte dynastique de l'Europe et donné au Royaume-Uni l'une de ses souveraines les plus emblématiques.

