Charles Ier d'Anjou vit le jour le 21 mars 1227 à Paris, dernier-né des douze enfants du roi Louis VIII le Lion et de la reine Blanche de Castille. Sa naissance fut marquée d'emblée par la tragédie : son père mourut peu après, faisant de lui un orphelin de père à quelques mois d'existence. Le prénom de Charles, inhabituel dans la tradition capétienne, mettait en avant ses origines carolingiennes, comme si sa famille avait voulu inscrire ce fils posthume dans une filiation glorieuse. Initialement destiné à une carrière ecclésiastique, son destin changea radicalement en 1232, lorsque la mort sans descendance de ses frères Jean et Philippe Dagobert fit de lui l'héritier de vastes domaines dans le centre de la France.
L'éducation de Charles se déroula dans l'atmosphère brillante et guerrière de la cour de France. Contrairement à son frère aîné Louis IX, dont la piété intense marqua profondément son règne et lui valut la canonisation, Charles fut attiré dès sa jeunesse par la poésie courtoise, la médecine et le droit. Il fréquenta les tournois, apprit l'art de la guerre et développa une ambition politique que rien ne semblait devoir contraindre. En 1242, à quinze ans, il participa à sa première campagne militaire en accompagnant Louis IX dans la guerre de Saintonge contre Hugues de Lusignan, découvrant ainsi les réalités du combat.
Le tournant décisif de sa vie survint le 31 janvier 1246, lorsqu'il épousa la comtesse Béatrice de Provence, fille du comte Raymond-Bérenger V de Provence et de Béatrice de Savoie. Ce mariage lui apporta le comté de Provence et de Forcalquier, territoires riches et stratégiquement situés au carrefour des routes méditerranéennes. La même année, en mai, Charles fut élevé au rang de chevalier à Melun. Trois mois plus tard, son frère Louis IX le nomma comte d'Anjou et du Maine, fondant ainsi la seconde maison d'Anjou. Mais Charles ne s'intéressa guère à ces terres du nord : il les confia à des baillis et porta son regard vers le Midi et la Méditerranée.
Son gouvernement de la Provence ne fut pas sans difficultés. Les grandes villes comme Arles, Avignon et Marseille, en plein essor économique, cherchaient à préserver leur quasi-indépendance et résistaient à ses tentatives de centralisation administrative. Cette tension entre les ambitions du prince et les aspirations autonomistes des cités provençales constitua un défi constant de ses premières années de gouvernement. Son action fut également interrompue par l'appel de la croisade. En 1248, il embarqua à Aigues-Mortes aux côtés de son frère Louis IX et de Robert d'Artois pour la septième croisade, débarquant à Chypre le 18 septembre. En Égypte, il combattit avec vaillance, mais le 6 avril 1250, il fut fait prisonnier à la bataille de Mansourah avec le reste de l'armée croisée. Il ne fut libéré qu'un mois plus tard, moyennant le paiement d'une lourde rançon, affaibli par le paludisme et soucieux des troubles qui agitaient son comté en son absence.
Revenu en Europe, Charles développa des ambitions méditerranéennes de plus en plus grandes. En 1266, avec l'appui de la papauté qui cherchait à chasser les Hohenstaufen du royaume de Sicile, il s'empara de ce royaume en battant et tuant Manfred de Sicile à la bataille de Bénévent. Il consolida cette conquête deux ans plus tard en faisant exécuter Conradin, dernier descendant des Hohenstaufen, à Naples, en 1268. Charles était désormais maître d'un vaste ensemble territorial qui s'étendait de la Provence à la Sicile, en passant par l'Italie du Sud, constituant l'esquisse d'un empire méditerranéen.
Son ambition ne s'arrêta pas là. En 1272, il se fit reconnaître roi d'Albanie, étendant son influence dans les Balkans. En 1277, il acquit le titre de roi titulaire de Jérusalem, achetant ses droits à Marie d'Antioche. En 1278, il devint prince d'Achaïe ou de Morée, renforçant encore sa présence dans le monde grec et byzantin. Dans les années suivantes, il prépara activement une grande croisade contre l'Empire byzantin, rêvant de reconstituer l'Empire latin de Constantinople. Charles accompagna également son frère lors de la huitième croisade en 1270, qui se termina par la mort de Louis IX devant Tunis.
Mais cet édifice impressionnant allait s'effondrer en partie à cause de la brutalité du régime français imposé à la Sicile. Dans la nuit du 30 au 31 mars 1282, une altercation devant une église de Palerme déclencha une insurrection populaire qui se répandit comme un feu de paille à travers toute l'île : ce furent les Vêpres siciliennes. Les Siciliens se soulevèrent contre la présence française et trouvèrent un allié de poids en Pierre III d'Aragon, qui revendiquait le trône de Sicile par sa femme Constance, héritière des Hohenstaufen. Charles fut chassé de l'île, réduit à contrôler la partie continentale du royaume, désormais séparée de la Sicile.
Charles Ier d'Anjou mourut le 7 janvier 1285 à Foggia, à l'âge de cinquante-sept ans, sans avoir réussi à reprendre la Sicile ni à réaliser son grand projet contre Byzance. Son règne avait été celui d'un bâtisseur d'empire aussi ambitieux que brutal, d'un stratège politique qui sut utiliser les ressources de la papauté pour assouvir ses appétits territoriaux, mais dont les méthodes suscitèrent une résistance populaire qui brisa son rêve méditerranéen. Premier roi de Naples de la dynastie angevine, il laissa derrière lui un royaume continental qui allait perdurer pendant des siècles, mais dont la puissance ne retrouva jamais l'éclat éphémère de son apogée.

