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Califat abbasside

Troisième califat (750-1258) gouverné par la dynastie abbasside

7 min01/01/2024
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Le Califat abbasside constitue l'une des périodes les plus riches et les plus complexes de l'histoire islamique médiévale. Gouvernant une large partie du monde musulman de 750 à 1258, cette dynasty transforma profondément le visage de l'islam, faisant de Bagdad l'une des villes les plus brillantes et les plus cosmopolites du monde médiéval, tout en présidant paradoxalement à l'amorce du déclin de la puissance politique arabe.

Les origines du Califat abbasside sont indissociables d'une véritable révolution politique et idéologique qui secoua le monde musulman au milieu du VIIIe siècle. La dynasty des Omeyyades, qui régnait depuis Damas sur un empire s'étendant de l'Espagne à la Transoxiane, était de plus en plus contestée. Leur domination, perçue par beaucoup comme trop favorable aux Arabes au détriment des nouveaux convertis à l'islam, notamment les Iraniens, nourrissait un ressentiment profond. Les Abbassides, descendants d'Al-Abbâs, un oncle de Mahomet, su exploiter habilement ces tensions religieuses, économiques et ethniques.

La révolution abbasside éclata avec une force irrésistible. Le général Abû Muslim, homme de génie militaire et politique, mobilisa les mécontents de l'est de l'empire, particulièrement au Khorasan iranien. Après plus de trois ans de guerre, les Omeyyades furent définitivement défaits en 750 à la bataille du Grand Zab, un cours d'eau de l'actuel Irak. Le fondateur de la nouvelle dynasty, As-Saffah, pouvait dès lors proclamer le premier califat abbasside.

Le déplacement du centre de gravité politique de la Syrie vers l'Irak symbolisa la profonde transformation que connut l'islam sous les Abbassides. En 762, le calife Al-Mansur fonda une nouvelle capitale, Bagdad, sur les rives du Tigre, dans une position géographique idéale au carrefour des grandes routes commerciales reliant l'Orient et l'Occident. Construite selon un plan circulaire, "la ville ronde", Bagdad devint en quelques décennies l'une des métropoles les plus peuplées et les plus sophistiquées du monde médiéval.

L'âge d'or du Califat abbasside coincida avec les règnes des califes Al-Mansur, Al-Rashid et Al-Ma'mun. C'est sous le règne du légendaire Harun ar-Rashid, rendu immortel par les contes des Mille et une Nuits, que Bagdad atteignit le sommet de sa splendeur. La civilisation arabo-musulmane rayonnait sur un empire s'étendant de l'Ifriqiya jusqu'aux rives de l'Indus. Les sciences, la philosophie, la médecine et les lettres fleurirent comme rarement dans l'histoire humaine, portées par le formidable mouvement de traduction des oeuvres grecques et persanes que patronna notamment Al-Ma'mun avec sa célèbre Maison de la sagesse.

Mais cette brillante façade dissimulait des fragilités croissantes. Dès les premières décennies de leur domination, les Abbassides virent leur empire se fragmenter. En Espagne, les Omeyyades rescapés avaient fondé un émirat indépendant qui refusait de reconnaître leur autorité spirituelle. En Égypte et en Tunisie, des souverains locaux s'arrachèrent progressivement leur indépendance tout en revendiquant parfois le titre et la dignité califales. La montée en puissance des dynasties iraniennes, notamment les Bouyides, puis des tribus turques fraîchement converties à l'islam, les Seldjoukides, réduisit le pouvoir réel des califes à une simple autorité symbolique, même à Bagdad qu'ils envahirent.

La révolution abbasside elle-même portait en germe ces contradictions futures. Les Abbassides avaient promis une participation égale aux Iraniens convertis, mais la réalité du pouvoir resta souvent le privilège d'une élite arabe. Les nombreuses séditions qui jalonnèrent toute la période omeyyade, et qui avaient ouvert la voie au triomphe abbasside, reflétaient des tensions sociales et religieuses profondes que la nouvelle dynasty ne parvint jamais à résoudre définitivement. L'épuisement militaire de l'empire omeyyade sur de nombreux fronts avait également laissé des séquelles financières et humaines considérables.

Malgré ces difficultés politiques, la fructification culturelle du califat se poursuivit pendant des siècles. La langue arabe s'imposa comme la lingua franca du savoir dans l'ensemble du monde islamique, permettant une circulation des idées et des connaissances d'une ampleur remarquable. Les mathématiques, l'astronomie, la médecine, la philosophie et la littérature connurent des développements considérables sous l'égide de la civilisation arabo-islamique abbassside, dont les travaux allaient irriguer la Renaissance européenne des siècles plus tard.

Le coup de grâce vint de l'extérieur, sous la forme des armées mongoles. En 1258, les forces de Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan, s'abattirent sur Bagdad avec une violence dévastatrice. La ville fut pillée et incendiée, des centaines de milliers d'habitants périrent, et le calife al-Musta'sim fut exécuté. Ce sac de Bagdad marqua la fin effective du Califat abbasside, effaçant en quelques jours l'une des civilisations les plus brillantes du monde médiéval.

Une restauration symbolique eut lieu en 1261, lorsque le sultan mamelouk Baybars accueillit au Caire un descendant des Abbassides. Mais ce califat du Caire n'était qu'une fiction politique : les califes abbassides qui y siégèrent jusqu'en 1517 n'exercèrent aucune autorité politique réelle, à l'exception d'al-Musta'in pendant quelques mois en 1412. C'est finalement la conquête de l'Égypte par l'Empire ottoman en 1517 qui mit fin à cette dernière survivance symbolique du califat abbasside, tournant définitivement la page d'une des dynasties les plus importantes de l'histoire islamique.

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