tragedias

Cabu

Dessinateur de presse français

5 min01/01/2024
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Jean Maurice Jules Cabut, que le monde entier connaîtrait sous le seul prénom de Cabu, naquit le 13 janvier 1938 à Châlons-sur-Marne, dans une famille catholique de la petite bourgeoisie. Son père Marcel Cabut, professeur de forge à l'École nationale supérieure d'arts et métiers et peintre amateur, l'éduqua avec la fermeté parfois rude de l'époque. Le jeune Jean effectua ses études au lycée Pierre-Bayen et au lycée d'Épernay, avant que le crayon et la caricature ne prennent définitivement le dessus sur toute autre vocation.

Le dessin manifesta son emprise très tôt sur cet enfant de la Marne. À quatorze ans, en 1952, Jean Cabut remporta le premier prix d'un concours de dessin organisé par le magazine Cœurs vaillants pour les stylos Meteore, gagnant une bicyclette et voyant son travail publié dans la revue Publimondial. Inspiré par l'humour graphique de Dubout, il continua à dessiner sous le pseudonyme J.K-Bu dans le journal du lycée, Le Petit Fum's, tiré à trois cents exemplaires. À quinze ans, sous le pseudonyme K Bu, il publia ses premières illustrations dans le quotidien régional L'Union de Reims, grâce au journaliste Jean-Marie Boëglin qui eut l'intuition de lui ouvrir les colonnes du journal.

En 1956, Cabu monta à Paris pour travailler comme apprenti dans un studio de dessin spécialisé dans les emballages alimentaires, situé au-dessus du Crazy Horse Saloon. La capitale lui offrit ses premières grandes émotions artistiques, notamment la découverte du jazz de Cab Calloway lors des passages des Harlem Globe Trotters en tournée de démonstration de basket-ball. Cette révélation musicale ne le quitta plus jamais : il se lança dans des reportages sur le jazz, sillonnant les salles de concert et les festivals pour rencontrer Cab Calloway, Lionel Hampton, Count Basie et Duke Ellington, et tint une chronique radio sur TSF Jazz. Cette même année 1956, il s'inscrivit à l'école Estienne et fréquentait le samedi l'académie Julian pour y croquer des nus.

Son premier dessin parisien fut accepté par Paris Match le 13 avril 1957 ; Cabu avait dix-neuf ans et illustrait déjà la vie des lycéens avec un œil acéré. Mais la parenthèse militaire interrompit brutalement cet élan créatif. Mobilisé en mars 1958 pour la guerre d'Algérie, il fut incorporé pendant vingt-sept mois au 9e régiment de zouaves basé à Bougie, à 220 kilomètres à l'est d'Alger. Confronté à la violence et à la cruauté de la guerre coloniale, il y forgea un antimilitarisme farouche et une vision anarchiste de la société qui marqueraient toute son œuvre à venir. Dix mois avant la fin de son service, il fut affecté à la rédaction du journal militaire Bled, distribué gratuitement aux soldats à 350 000 exemplaires, où il côtoya des signatures comme Philippe Labro et Francis Veber.

De retour à la vie civile, Cabu intégra les rédactions des journaux satiriques qui allaient définir la presse d'humour française. Hara-Kiri, puis Charlie Hebdo, et le Canard enchaîné : ces titres devinrent le cadre naturel de son talent corrosif. Il y créa deux personnages qui entrèrent dans la culture populaire française : le Grand Duduche, lycéen attardé et naïf, chronique douce-amère de la jeunesse provinciale, et le Beauf, incarnation satirique du Français moyen avec ses préjugés, ses certitudes et sa médiocrité confortablement assumée. Ces deux figures, à la fois tendres et impitoyables, constituèrent une œuvre sociologique autant que graphique, décryptant les travers de la société française avec une précision qui n'avait rien à envier aux analyses les plus savantes.

Parallèlement à ses activités dans la presse écrite, Cabu s'illustra à la télévision dans des registres très différents. Il participa à l'émission de débat Droit de réponse, où son crayon accompagnait les joutes intellectuelles en direct, puis collabora à Récré A2, l'émission jeunesse qui fit les beaux jours de la chaîne publique, dessinant en direct pour un public d'enfants fascinés par la magie de son trait.

Le 7 janvier 2015, la barbarie frappa au cœur de Paris. Des terroristes armés s'introduisirent dans les locaux de Charlie Hebdo, dans le onzième arrondissement, et assassinèrent de sang-froid douze personnes, dont Cabu, qui avait soixante-dix-sept ans. Ce massacre, perpétré au nom d'une idéologie qui ne pouvait tolérer la liberté d'expression, provoqua un choc planétaire et mobilisa des millions de personnes dans les rues de France et du monde entier sous le slogan « Je suis Charlie ». Cabu, caricaturiste de toujours engagé pour la liberté de penser et de rire, mourait en exerçant ce qu'il avait toujours considéré comme un devoir autant qu'une passion : dire la vérité en dessinant.

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