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Expédition Nimrod

Expédition britannique en Antarctique

7 min01/01/2024
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En janvier 1907, Ernest Shackleton annonça à la Royal Geographical Society un projet qui allait marquer l'histoire de l'exploration polaire. Ancien sous-officier de l'expédition Discovery menée par Robert Falcon Scott entre 1901 et 1904, il avait été renvoyé en Angleterre pour raisons de santé, Scott jugeant qu'il « ne devait pas poursuivre avec son état de santé ». Cette humiliation publique fut pour Shackleton un aiguillon puissant, une blessure d'orgueil qui ne cicatrisa jamais tout à fait, et qui le poussa à concevoir sa propre expédition vers le continent blanc.

Les premières années qui suivirent son retour furent consacrées à la recherche de financements. En 1906, Shackleton occupait un poste auprès du magnat industriel Sir William Beardmore, dont il gérait les communications. Son biographe Roland Huntford a relevé que la publication en 1905 du livre de Scott, The Voyage of the Discovery, qui contenait des allusions à la faiblesse physique de Shackleton, raviva ses ambitions et le poussa à planifier activement une expédition. Un document inédit datant du début de 1906 révèle qu'il estimait les coûts à environ 17 000 livres sterling, soit l'équivalent d'environ 850 000 livres en valeur de 2008. C'est en début d'année 1907 qu'il reçut un don de 7 000 livres de Beardmore, somme suffisante pour rendre son projet crédible et le présenter officiellement le 12 février 1907.

Le navire choisi pour l'expédition, le Nimrod, était un ancien trois-mâts goélette utilisé pour la chasse aux phoques. Robuste mais modeste, il donna son nom à ce qui deviendrait officiellement la British Imperial Antarctic Expedition 1907–09. Shackleton envisageait initialement d'utiliser l'ancien camp de base de l'expédition Discovery près du détroit de McMurdo, mais des complications logistiques et des tensions avec Scott allaient compliquer ses plans. En matière de transport, il opta pour des innovations audacieuses : des poneys de Mandchourie, un véhicule à traction motorisée et des chiens de traîneau, une combinaison expérimentale qui affichait des résultats contrastés mais qui influencerait néanmoins les expéditions suivantes.

L'expédition quitta l'Angleterre en 1907 et établit son quartier général sur l'île de Ross, en Antarctique. Dès les premières semaines, les équipes scientifiques entreprirent des relevés géologiques, zoologiques et météorologiques d'une richesse considérable. Ces travaux constituaient en eux-mêmes une contribution majeure à la connaissance du continent austral, indépendamment de toute performance géographique spectaculaire.

L'une des exploits les plus remarquables de l'expédition fut accompli par un groupe dirigé par le géologue Edgeworth David. Cette équipe atteignit l'emplacement approximatif du pôle Sud magnétique, un objectif scientifique de premier ordre depuis des décennies. Le même groupe réalisa également la première ascension du mont Erebus, le volcan actif qui domine l'île de Ross et qui constitue l'un des sommets les plus emblématiques du continent antarctique. Ces deux accomplissements à eux seuls auraient suffi à légitimer l'expédition.

Mais c'est la tentative de rejoindre le pôle Sud géographique qui retint l'attention du monde entier. Shackleton, accompagné de trois hommes, s'enfonça vers le sud sur le plateau polaire, repoussant toujours plus loin les limites du possible. Le 9 janvier 1909, l'équipe atteignit la latitude de 88°23' Sud, à seulement 180 kilomètres du pôle. C'était un nouveau record absolu, un « Farthest South » sans précédent dans l'histoire de l'exploration, symboliquement en dessous de la barre des 100 milles nautiques du pôle. Face aux provisions qui s'épuisaient et au danger croissant, Shackleton prit la décision douloureuse de faire demi-tour.

Cette décision, difficile mais lucide, est souvent citée comme l'un des actes de commandement les plus exemplaires de l'ère héroïque de l'exploration polaire. Shackleton lui-même aurait confié à sa femme : « Un âne vivant vaut mieux qu'un lion mort. » La survie de son équipe primait sur la gloire personnelle, et aucun des quatre hommes ne périt lors du voyage de retour.

À leur retour en Angleterre en 1909, Shackleton et ses compagnons furent accueillis en héros. Le roi Édouard VII lui conféra le titre de chevalier, et les honneurs se multiplièrent. Financièrement, cependant, la situation était moins brillante : il fallut une subvention gouvernementale pour combler les déficits de l'expédition. La gestion économique n'avait jamais été le point fort de Shackleton.

L'héritage de l'expédition Nimrod dépassa pourtant le cadre de ses réalisations directes. Les méthodes de transport expérimentées par Shackleton, malgré un bilan mitigé, furent étudiées et en partie adoptées par Robert Falcon Scott pour sa tragique expédition Terra Nova. L'inimitié entre les deux hommes, déjà palpable depuis l'épisode de la Discovery, s'en trouva aggravée, Scott voyant dans l'utilisation de son ancien camp de base une violation d'un accord tacite.

En trois ans seulement, le record de Shackleton fut dépassé : d'abord par Roald Amundsen, qui atteignit le pôle Sud le 14 décembre 1911, puis par Scott lui-même, arrivé un mois plus tard pour trouver la mort sur le chemin du retour. Amundsen, reconnaissant l'importance de ce que Shackleton avait accompli, déclara avec admiration : « Sir Ernest Shackleton sera toujours le nom écrit dans les annales de l'exploration en Antarctique en lettres de feu. »

L'expédition Nimrod est souvent éclipsée dans la mémoire collective par l'épopée tragique de l'Endurance, menée entre 1914 et 1916, au cours de laquelle Shackleton sauva miraculeusement tous ses hommes après le naufrage de son navire dans la mer de Weddell. Pourtant, c'est l'expédition Nimrod qui représente la contribution géographique la plus significative de Shackleton à l'exploration antarctique. Sa troisième et dernière expédition, au début des années 1920, fut tragiquement écourtée par sa mort en 1922, alors qu'il n'avait pas encore cinquante ans. L'expédition Nimrod demeure ainsi le sommet de son œuvre d'explorateur, le moment où il s'approcha le plus près de la gloire absolue sans jamais la saisir tout à fait — ce qui lui confère, peut-être, une dimension encore plus humaine et touchante.

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