tragedias

Attentat de Ouagadougou (2016)

Attaques terroristes en janvier 2016

7 min01/01/2024
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Le vendredi 15 janvier 2016, au crépuscule, Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, est secouée par l'une des attaques terroristes les plus meurtrières de son histoire. La ville, réputée pour son atmosphère relativement paisible en comparaison des foyers de tensions qui enflamment d'autres pays du Sahel, découvre ce soir-là qu'elle n'est pas à l'abri de la violence djihadiste qui ravage la région depuis des années.

Vers 19 h 30 ou 19 h 45, un commando de trois hommes, enturbannés et habillés à la manière des bergers peuls selon une rescapée, arrive à pied sur l'avenue Kwame N'Krumah, l'une des artères les plus fréquentées du centre-ville. Armés d'armes automatiques, les assaillants ouvrent immédiatement le feu sur la terrasse bondée du restaurant Le Cappuccino, un établissement prisé des expatriés et des touristes occidentaux. La brutalité de l'attaque est foudroyante ; les clients n'ont aucune chance de fuir.

Peu après 20 h 45, les trois hommes sont aperçus devant l'hôtel Yibi, voisin de l'établissement. Ils y incendient plusieurs véhicules et tirent en l'air pour disperser les badauds qui commençaient à s'attrouper. Ils pénètrent ensuite dans le Splendid Hotel, établissement réputé fréquenté par de nombreuses personnalités étrangères, et y retiennent des dizaines d'otages dans un climat de terreur indescriptible.

La réponse des forces de sécurité burkinabè se fait attendre. Jamais le pays n'avait connu un attentat d'une telle ampleur, et les autorités sont prises de court. Les premières unités n'arrivent sur place que deux heures après le début des attaques. À leur arrivée, les hommes se révèlent très mal équipés et les différentes unités éprouvent de sérieux problèmes de coordination. Faute de matériel adéquat pour donner l'assaut, les gendarmes burkinabè de l'Unité spéciale d'intervention de la gendarmerie nationale, l'USIGN, doivent patienter devant un Splendid Hotel en flammes et un Cappuccino ravagé par les tirs.

L'attente dure jusqu'à l'arrivée des forces spéciales françaises, dépêchées depuis le Mali où elles opèrent dans le cadre de l'opération Barkhane. À 0 h 30, cinquante hommes, Burkinabè et Français réunis, lancent l'assaut sur le Splendid Hotel. Les soldats français prennent la tête des opérations au rez-de-chaussée, tandis que les Burkinabè fouillent les étages. Les fouilles s'étendent de 1 h à 4 h 30 du matin, mais les djihadistes ne se trouvent plus à l'intérieur ; ils ont profité de la confusion pour s'en extirper et ouvrent le feu depuis l'extérieur du bâtiment. Un soldat français est blessé à la jambe lors de ces échanges.

Au fil de la nuit, les trois terroristes changent à plusieurs reprises de vêtements pour mieux se fondre dans la population et brouiller les pistes. Ils finissent par se retrancher dans le bar Taxi Brousse, un troisième établissement visé lors de l'attaque initiale. L'un d'entre eux tente de sortir et ouvre le feu, mais il se retrouve face aux blindés burkinabè et aux forces spéciales françaises postées sur le toit du Splendid. Il est abattu immédiatement. Vers 5 heures du matin, les deux derniers assaillants sortent à leur tour du Taxi Brousse et sont également abattus.

Le bilan humain est lourd : trente personnes ont perdu la vie, toutes tuées devant ou à proximité immédiate du restaurant Le Cappuccino. L'attaque à l'intérieur du Splendid Hotel a également fait de nombreux blessés parmi les otages. Une source mentionne par ailleurs un pompier tué à l'entrée de l'hôtel lors des opérations de secours.

La responsabilité de l'attentat est revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique, l'AQMI, et attribuée plus spécifiquement à la katiba Al-Mourabitoune, un groupe armé qui avait rejoint les rangs d'AQMI le 4 décembre 2015, soit moins de six semaines avant l'attaque. Le 17 janvier, AQMI publie un communiqué détaillé sur l'opération et révèle les noms de guerre des trois assaillants : Al-Battar Al-Ansari, Abu Muhammad al-Buqali et Ahmed al-Fulani.

L'enquête ultérieure révèle que l'attaque avait été minutieusement préparée. Les trois hommes, tous âgés d'une vingtaine d'années à peine, avaient réservé une chambre à l'hôtel Splendid pour repérer les lieux. Le jour de l'attentat, ils auraient prié à la mosquée dite des sunnites, proche des lieux des attaques, avant de passer à l'acte. Ils se seraient changés plusieurs fois dans la journée pour éviter d'être identifiés. Les enquêteurs soupçonnent également la présence de complices à l'intérieur même de l'hôtel ; dans la nuit, au moins quatre personnes parmi les otages évacués vers le stade du 4-Août ont été interpellées.

Cet attentat marque un tournant douloureux pour le Burkina Faso. Trois jours de deuil national sont décrétés. L'attaque confirme que le pays est désormais pleinement intégré dans la géographie terroriste du Sahel, une réalité que les années suivantes allaient encore dramatiquement confirmer, avec une multiplication des attaques dans l'ensemble du territoire burkinabè et une déstabilisation profonde de l'État.

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