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Amédée VI de Savoie

Comte de Savoie

5 min01/01/2024
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Amédée VI de Savoie, surnommé le comte vert, naquit le 4 janvier 1334 à Chambéry, dans le comté de Savoie, et mourut de la peste le 1er mars 1383 à Campobasso, dans le royaume de Naples. Pendant quarante années, il gouverna avec énergie et habileté ses territoires alpins, étendant son influence par les armes, la diplomatie et le prestige chevaleresque bien au-delà des frontières héritées de ses prédécesseurs.

Il était le premier enfant du comte Aymon de Savoie et de Yolande de Montferrat. Baptisé le 11 janvier 1334 par l'évêque de Maurienne, Aimon II de Miolans, il hérita du titre comtal en 1343, à l'âge de neuf ans seulement, à la mort de son père. La régence fut placée sous l'autorité de ses oncles, le baron Louis II de Vaud et le comte Amédée III de Genève, qui dirigèrent les affaires jusqu'à la majorité du jeune prince en 1348.

Le surnom du comte vert, qui lui est resté attaché pour l'éternité, lui vint d'une circonstance précise et pittoresque. En 1348, lors d'un tournoi organisé à Chambéry, Amédée VI choisit de porter une armure et une livrée de couleur verte, couleur qu'il aurait adoptée en signe d'errance tant que la compagnie de chevaliers qu'il avait formée n'aurait pas accompli quelque entreprise mémorable. Cette élégance chevaleresque, associée à un idéal de bravoure et de quête héroïque, définit parfaitement l'esprit de ce souverain médiéval.

À partir de 1352, il manifesta son autorité souveraine sur le plan monétaire en frappant des pièces d'or imitant le florin florentin, avec l'écu savoyard comme marque distinctive, tout en copiant également les écus et les moutons français. Cette politique monétaire affirmait le prestige et l'indépendance du comté de Savoie dans un contexte européen où la monnaie était un symbole de puissance.

La politique extérieure d'Amédée VI fut remarquablement active. En 1355, le conflit delphino-savoyard trouva un règlement par le traité de Paris. Cette même année, son mariage avec Bonne de Bourbon, nièce du roi Philippe VI de Valois, renforça considérablement les liens avec le royaume de France et permit d'acquérir la province du Faucigny en échange d'une renonciation au Viennois. La frontière entre la Savoie et la France se trouva ainsi solidement établie.

Les années suivantes furent jalonnées de conflits et de victoires. En 1357, une querelle éclata avec la branche cadette des Savoie-Achaïe. Amédée VI combattit son cousin Jacques, prince de Piémont, avant de parvenir à un accord qu'il imposa également au fils et successeur de ce dernier. En 1359, l'apanage de Vaud fut récupéré. Il lutta également contre les marquis de Salucces et de Montferrat, et réussit à neutraliser la puissante famille Visconti de Milan entre 1360 et 1363. En 1364, il rejoignit l'alliance formée par le pape Urbain V contre les routiers qui dévastaient la Provence.

L'une des réalisations les plus originales d'Amédée VI fut son élévation au rang de vicaire perpétuel et héréditaire de l'Empire dans l'ancien royaume d'Arles, titre qu'il obtint en 1365 de l'empereur Charles IV du Saint-Empire, de passage à Chambéry. Ce titre de Reichsvikar faisait de lui le représentant régional du pouvoir impérial dans un territoire comprenant les diocèses de Sion, Lausanne, Genève, Aoste, Ivrée, Turin, Maurienne, Tarentaise, Belley et le comté de Savoie lui-même.

La dimension chevaleresque et religieuse de son règne s'exprima également dans la fondation de deux ordres distincts. En 1352, il créa l'Ordre du Cygne noir, puis en 1362, il institua avec quatorze autres chevaliers l'Ordre du collier de Savoie, qui devait devenir l'un des ordres de chevalerie les plus prestigieux d'Europe. Cet ordre de chevalerie resta l'un des symboles de la maison de Savoie pendant des siècles. Il fonda également une Chartreuse à la forteresse de Pierre-Châtel, dans l'actuel département de l'Ain, avec douze pères chargés de la prière perpétuelle pendant que les chevaliers partaient guerroyer contre les Turcs en Méditerranée.

La grande expédition contre les Turcs constitue peut-être l'épisode le plus spectaculaire de son règne. En 1366, Amédée VI participa à l'élaboration d'une ligue qui rassembla, à ses côtés, le roi de Hongrie, la flotte génoise et le roi de Chypre Pierre Ier. Il dirigea une expédition en mer Noire qui triompha des Bulgares et reprit aux Turcs la ville de Gallipoli, sur les Dardanelles. Il se dirigea ensuite dans les eaux de la mer Noire pour libérer son cousin Jean V Paléologue, empereur romain d'Orient, qui se trouvait en captivité. Cette entreprise, parfois considérée comme une croisade, illustre l'ambition politique et la dévotion religieuse qui animaient ce souverain.

La mort d'Amédée VI vint interrompre sa dernière grande aventure militaire. Parti pour une expédition en Italie méridionale afin d'y soutenir les droits de la couronne de Naples, il fut emporté par la peste à Campobasso le 1er mars 1383, à l'âge de quarante-neuf ans. Cette fin brutale et prématurée priva la Savoie d'un souverain qui l'avait portée à un niveau de puissance et de prestige sans précédent.

Son legs à la maison de Savoie fut considérable. Par ses conquêtes territoriales, sa diplomatie habile, son prestige chevaleresque et la création de l'Ordre du Collier, Amédée VI avait transformé un comté alpin en une puissance régionale reconnue et respectée. Le comte vert demeure dans la mémoire de l'histoire savoyarde comme l'un des grands princes de son temps, un souverain dont le règne marqua profondément le destin d'une maison dynastique qui allait, cinq siècles plus tard, jouer un rôle décisif dans l'unification de l'Italie.

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