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Catastrophe nucléaire de Tchernobyl

Catastrophe nucléaire majeure ayant eu lieu dans la nuit du 25 au 26 avril 1986 en Ukraine

7 min01/01/2024
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Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, à 1 heure 23 minutes et 45 secondes, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire Vladimir Ilitch Lénine, située à trois kilomètres de la ville de Prypiat et à environ 130 kilomètres au nord de Kiev, connut une série de dysfonctionnements en cascade qui aboutirent à la pire catastrophe nucléaire de l'histoire humaine. Ce qui avait commencé comme un test de sécurité de routine se transforma en un cataclysme aux conséquences sanitaires, écologiques et géopolitiques qui se font encore sentir des décennies plus tard.

La centrale de Tchernobyl avait été construite entre 1970 et 1977 en Ukraine, alors partie intégrante de l'Union soviétique. Elle se trouvait à vingt kilomètres au sud de la frontière avec la Biélorussie et à quinze kilomètres au nord-ouest de la ville de Tchernobyl. En 1986, la population vivant dans un rayon de trente kilomètres autour de la centrale était estimée entre 115 000 et 135 000 personnes. La ville de Prypiat, spécialement érigée dans les années 1970 pour loger les employés de la centrale et leurs familles, comptait environ 50 000 habitants. Souvent présentée comme une vitrine de la modernité soviétique, avec ses parcs, ses écoles, ses magasins bien approvisionnés et son parc d'attractions, elle allait devenir en quelques heures une ville fantôme.

L'accident fut provoqué lors d'un test de sécurité visant à vérifier si les turbines du réacteur pouvaient produire suffisamment d'électricité pour alimenter les pompes de refroidissement d'urgence en cas de panne de courant. Des défauts de conception du réacteur de type RBMK, combinés à des violations des procédures de sécurité par les opérateurs, conduisirent à une augmentation incontrôlée de la puissance du réacteur, qui dépassa de plus de cent fois sa puissance nominale. Cette montée en puissance soudaine provoqua une explosion de vapeur qui souffla le couvercle du réacteur de mille tonnes, puis une seconde explosion, probablement due à la réaction entre l'hydrogène et l'oxygène libérés par la décomposition de l'eau, qui projeta à l'air libre des quantités colossales de matières radioactives. Le cœur du réacteur, désormais à nu, brûla pendant plusieurs jours, envoyant des panaches radioactifs traverser l'Europe et se répandre sur l'ensemble de la planète.

Les premières heures qui suivirent l'explosion furent marquées par la confusion et l'inconscience du danger. Les pompiers de Prypiat furent envoyés combattre ce qui leur fut présenté comme un simple incendie de toiture, sans être informés de la nature radioactive de ce à quoi ils étaient exposés. Beaucoup d'entre eux allaient mourir dans les semaines suivantes des suites d'une irradiation massive. Une zone d'exclusion de dix kilomètres de rayon autour de la centrale ne fut créée que trente-six heures après l'explosion, et l'évacuation de Prypiat ne commença qu'à ce moment-là, alors que la population avait déjà passé une journée entière à vaquer à ses occupations dans une ville contaminée, certains observant même depuis leurs balcons ce qui leur semblait être un bel incendie coloré.

Au début du mois de mai 1986, face à l'ampleur croissante de la catastrophe, le rayon de la zone d'exclusion fut porté à trente kilomètres. Au total, 135 000 personnes furent évacuées des environs de la centrale dans les mois suivant l'explosion, et plus de 200 000 le furent définitivement. Des centaines de milliers de personnes, que l'on surnomma les « liquidateurs », furent mobilisées pour tenter de décontaminer les zones affectées, souvent dans des conditions d'exposition extrêmement dangereuses. Un premier sarcophage de béton et d'acier fut construit dans les mois qui suivirent l'accident pour contenir les matières radioactives encore présentes dans le réacteur. Sa construction fut un exploit technique accompli dans des délais extraordinairement courts, mais il se révéla insuffisamment solide sur le long terme. La construction d'un second sarcophage, surnommé « l'arche de Tchernobyl », débuta en 2012 et s'acheva en 2019, cette immense structure d'acier mesurant plus de 150 mètres de hauteur venant recouvrir l'ensemble du bâtiment détruit.

La gestion de l'information par le gouvernement soviétique fut sévèrement critiquée par la communauté internationale. Les autorités ne communiquèrent officiellement sur l'accident que plusieurs jours après les faits, en minimisant considérablement la gravité de la situation. Au sein même du Kremlin, la communication fut défaillante : Mikhaïl Gorbatchev, secrétaire général du Comité central, n'apprit officiellement la catastrophe que le 27 avril et dut faire appel au KGB pour obtenir des informations fiables. Cette opacité initiale renforça les suspicions occidentales à l'égard du régime soviétique et contribua, selon certains historiens, à accélérer le processus de glasnost — la politique de transparence — que Gorbatchev entendait mener.

Le bilan humain de Tchernobyl reste controversé à ce jour. Les rapports des agences onusiennes publiés dans des revues scientifiques font état de 43 à 4 000 morts directement imputables à l'accident. D'autres analyses non publiées dans ces revues avancent des chiffres beaucoup plus élevés, prenant en compte les cancers induits par l'irradiation sur le long terme et les maladies liées à la contamination des terres agricoles et de l'eau. L'accident a été classé au niveau 7, le plus élevé, de l'échelle internationale des événements nucléaires, un niveau qu'il partage avec l'accident nucléaire de Fukushima survenu au Japon en 2011, bien que les rejets radioactifs de Tchernobyl aient été sensiblement plus importants.

L'héritage de Tchernobyl est multiple et durable. Sur le plan environnemental, la zone d'exclusion de trente kilomètres, paradoxalement abandonnée par les humains depuis près de quatre décennies, est devenue un laboratoire naturel unique où la faune et la flore se sont développées sans intervention humaine, parfois de manière surprenante. Sur le plan politique, la catastrophe contribua significativement à la délégitimation du régime soviétique et à l'effondrement de l'URSS. Sur le plan de la culture populaire, enfin, Tchernobyl est devenu un symbole universel des dangers de la technologie nucléaire mal maîtrisée, une référence permanente dans les débats sur le nucléaire civil qui agitent encore les sociétés contemporaines.

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